‹ Magasin théâtralChapitre 1396 sur 1711 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Joseph MARTIN; puis ANITA, AMÉNAIDE, JULIE.

J. MARTIN

Je me trouve dans un de ces moments d'hallucination qui plon{;ent l'ame dans un ravissement délicieux... Ce M. Biroiteau ne me faisait

pas l'effet d'un génie et cependant il est le

mien, il est mon ange tutélaire.... car enfin, cette association qu'il me propose pour ses trois fils... quand j'ai trois demoiselles... c'est clair, ça ne peut pas s'entendre autrement :

c'est une bénédiction nuptiale et j'en suis

ivre de joie au point que j'en ferais une pirouette...

LES DEMOISELLES, en dehors.

Mon papa! mon papa!...

J. MARTIN

Mes rejetons!... rentrons dans la vie privée.

LES TROIS DKMOISELLES.

AiB : De vous rendre hommage.

Heureuses, Joyeuses De vous caresser, Nous accourons pour vous embrasser.

Heureuses, Joyeuses , Papa , Nous voilà!

De vous aimer Peut-on nous blâmer ! . . .

ASITA.

Papa, Jeannette vient de nous dire qu'il vous arrivait...

J. MARTIN

Des comestibles... oui, mes enfants.

TOUTES TROIS

Des comestibles?

Accompagnés de plusieurs autres objets, qui vont être celui d'un entretien particulier que nous allons avoir ensemble, si vous voulez bien le permettre?

AMÉiSAÏDE, tragiquement.

Nous vous écoutons, respectable auteur de nos jours.

JULIE, chantant.

Nous connaissons, toutes trois, les devoirs De la piëte' filiale.

ANITA, dansant la Cachucha.

Tra la... la la la...

J. MARTIN , l'arrêtant avec stupeur.

Encore!... quoi... encore... Anita!... lorsque Je vous ai expressément défendu de vous livrer

à cette danse, que je ne puis souffrir... d'abord, parceque je suis trop bon Français pour ne pas

détester ce produit étranger ensuite, par-

cequ'elle menace de détrôner nos danses nationales... ce qui amènerait ma ruine... et puis, enfin... ma fille... enfin... j'ai d'autres raisons.

ANITA

Lesquelles, papa?...

J. MARTIN

Qu'il vous suffise de savoir que je les sais.... j'espère que vous ne me ferez pas repentir de vous avoir laissée aller à l'Opéra, oîi vous vîtes M"'= Fanny Elssler s'abandonner à cette danse, que je qualifie de... choquante... de blâmable... comme père de famille.... et de.... sans aucun

principe, en ma qualité de professeur Je

songe à vous établir, ô mes enfants!... et la Cachucha voyez-vous si l'on savait.... oh!

ciel!... vous entendez, Anita... s'il vous arrivait encore... et vous aussi, mesdemoiselles...

JULIE et AMÉNAÏDE.

Oui, papa...

J. MARTIN

A la bonne heure.... Maintenant, posez-vous giacieusement, fermez la bouche, et ouvrez les oreilles.

(Il s'assied, ses filles l'entourent; Anita s'appuie sur son épaule.)

TOUTES TROIS

Nous y sommes.

J. MARTIN

Mes colombes, il arrive un moment où celui qui possède des enfants classés par le sort dans le sexe dont vous êtes le plus bel ornement, un jour où il est bien dédommagé de toutes ses tribulations, c'est le jour où il trouve pour ces mêmes enfants un appui.... un.... ami.... tranchons le mot, un mari...

TOUTES TROIS

Un mari!

Ce jour-là... ces enfants quittent leur famille, se livrent à de nouvelles affections, ne s'occupent plus de leurs parents; et c'est alors que ceux-ci peuvent se dire : Ah ! qu'on est heureux d'être père ou mère !

AMÉNAÏDE, avec sentiment.

Oh oui!

J. MARTIN

Eh bien! mes enfants, ce jour a lui pour moi.

JULIE

Ah!...

ANITA , h part.

Est-ce qu'il saurait ! ...

J. MARTIN

Un de mes amis m'adresse de son endroit trois de ses fils, pétris d'esprit et de science, et j'espère que vous les recevrez avec toute l'aménité qui vous caractérise.

LA CACHUCHA

JULIE

Des provinciaux !

j. màrti>.

Préparez-vous à les captiver par vos manières distinguées et le charme de votre conversalion... enchaînez-les à vos chars.

AKITA.

Vous savez, mon papa, combien nous sommes soumises à votre volonté... mais aujourd'hui...

J. MARTIN

Aujourd'hui?... j

ANITi.

Certainement, mon bon père.... vous nous avez donné des talents.

J. MARTIN

A remuer à la pelle...

ANITA

Toutes trois nous savons lire , écrire et daiiser...

J. MARTIN

Comme Terpsichore .. toi, surtout, Anita, tu as acquis dans cet art une supériorité...

ANITA

C'était mon goût... ma vocation... surtout la découverte de la Ca...

.^J. MARTIN, l'arrêtant.

Anita!...

ANITA

J'avoue que la danse me plaît, m'enivre, m'électrise...

JULIE

La musique a sur moi le même empire...

AMÉNAÏDE

Et moi je suis passionnée pour le drame moderne... et déjà quelques succès sur des théâtres de société ont entr'ouvert à mes yeux un horizon hérissé de couronnes et de triomphes. Vous savez, mon papa, dans cette belle tirade : « Qu'est-ce ceci , mesdames , c'est une « fille de théâtre !... etc. »

J. MARTIN

Je le sais , vous êtes trois artistes... mais je ne vois pas...

AMÉNAÏDE

Vous ne voyez pas qu'à des âmes d'artistes il faut des âmes pour les comprendre... il faut une scène vaste, un monde éclairé et sympathique pour se produire...

J. MARTIN

Eh bien ?

JULIE

Et vous voulez nous unir à des provinciaux, qui ne seront pas en harmonie avec nous !

J. MARTIN

Un instant!... je saisis ce que vous voulez dire avec votre harmonie : vous voulez parler de ces trois musiciens du 49S ^"^ j'^*^-^ l'imprudence d'accueillir dans ma classe de danse, l'hiver dernier.

ANITA

Des jeunes gens très aimables...

Trop!... beaucoup trop aimables. .. c'est pourquoi j'allais me décider à les mettre à la porte de chez moi , nonobstant leurs énormes moustaches , lorsqu'ils reçurent l'ordre d'aller tenir garnison en province... ou ailleurs...

AMENAÏDE.

Que concluez-vous de tout cela?

J. MARTIN

De tout cela je conclus que vous devez oublier les trois virtuoses à moustaches... ces genslà , ô mes filles, sont fort aimables, il est vrai... mais ce sont des maris qu'il vous faut... entendez-vous... des maris... c'est pour cela qu'en père qui veille au bonheur de sa postérité , je vous ordonne de séduire nos trois provinciaux... voilà mon ultimatum...

ANITA

Cependant...

J. MARTIN

Voilà mon ul-ti-ma-ton... je crois que je parle français.

Air : Je regardais Madelinette.

Adieu ; chacune ici, j'espère, Suivra mon avis paternel , Car votre bonheur sur la terre Dépend de ce jour solennel.

ANITA

Mais ces messieurs sont-ils aimables?

JULIE

Sont- ils riches?

AMÉNAÏDE

Sont-ils aimants?

J. MARTIN

Ils vous paraîtront agréables.

Et vous goûterez leurs présents.

ENSEMBLE

LES TROIS DEMOISELLES

Je ne sais , hélas ! comment faire Pour suivre l'avis paternel.

Ah ! notre malheur sur la terre Dépend de ce jour solennel.

J. MARTIN

Adieu, chacune ici j'espère, etc.

Meeeeeeeeeseoeeeoeoeoeeeeeaeeoeeseeeeeeeeeseaeeeoeseesses

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