SCENE V
Les Mêmes, MARIE.
MARIE, entrant par le pavillon, à gauche.
Quoi donc? qu'est-ce que vous avez, monsieur Mathieu ?
tous, se dtJcoiivrant avec respect.
Ah! maraselle Marie!
marie, allant à André, et lui serrant la main.
Bonjour, mon bon André, bonjour! votre servante, monsieur Jean, et vous aussi, monsieur le Parisien. Eh bieni parlez... M"<= Geneviève veut absolument savoir le motif de votre discussion, et moi, je le veux aussi, entendez-vous... Parlez vite, je le veux.
ANDRÉ
Voici le fait, mamzelle Marie,
MATHIEU
Laisse-moi parler, animal,
ANDRÉ
Du tout, c'est moi.
MATHIEU
C'est moi,
MARIE
Encore!... allons, l'un après l'autre ; toi, d'abord, André;
ANDRÉ
M'y v'ià. C'est pour vous dire que les ouvriers du port viennent d'achever hier la construction de la frégate la Méduse {il indique le fond du théâtre ; tousse retournent, et regardent le navire en construction), et aujourd'hui, en réjouissance, ils donnent ici même chez la bonne M™e Geneviève, la mère des marins et des ouvriers, une fête...
TOUS
Une fête 1
ANDRÉ
Une grande fête à laquelle ils invitent tous les matelots de Rochefort, et c'est moi, comme le plus ancien de tous les matelots, y compris les maîtres d'équipage, entends-tu, Mathieu Louchard, c'est moi qu'ils ont choisi pour inspecter, visiter, et,,, comment disent-ils donc ça ?.., et critiquer leur ouvrage. C'est moi qui le premier mettra le pied sur le pont de la Méduse, en attendantque le navire soit mité, gréé, armé et goudronné ; enfin.
c'est moi qui sera aujourd'hui le commandant de la frégate et le roi de la fôtc.
TOUS
Oui, oui, c'est André !
MATUIEU.
Et moi, je soutiens que ce doit être moi, que mon grade...
MARIE
Et moi, je soutiens que ce ne sera ni l'un ni l'autre.
TOUS
Comment?...
IWARÎE.
Ce sera votre ami à tous, votre chef, le lieutenant Pierre, qui doit être de retour ici avant une heure.
TOCS.
Le lieutenant !
JEAN
Avant une heure !
ANDKÉ.
Est-il possible !
MARIE
Oui, nous allons le revoir; il l'a écrite sa mère... quel bonheur! n'est-ce pas que vous êtes tous de mon avis, et qu'à lui, André, vous céderez sans peine l'honneur qui vous attendait?
A^DRÉ.
Fichtre oui! à celui-là, je ne dis pas... si quel- ;îju'un a le droit de commander la frégate, c'est lui, et ça leur portera bonheur à tous les deux, au lieutenant et au navire.
MARIE
El vous, monsieur Mathieu, vous ne dites rien! est-ce que vous n'approuvez pas?...
BÎATHIEO.
Si fait, si fait, mademoiselle; du moment que vous l'ordonnez... va donc pour M. Pierre!... [A part.) Que le diable emporte le lieutenant.
MARIE
Ainsi c'est convenu, je vous laisse, et je vais tout dire à M°i8 Geneviève, qui va venir tout-àl'heure avec moi vous remercier tous de votre amour pour son (ils. Au revoir, mes amis, au revoir!...
Elle sort.
Les Mêmes, excepte MAUIË.
JEAN
Est-elle gentille! est-elle gentille!
LE PARISIEN
La jolie petite corvette! comme on aimerait à en être le pilote, quitte à se laisser gouverner au ZfcHr de gouverner soi-même! Hein! les enfans, n'est-ce pas que ça vous irait assez d'avoir un camarade de hamac comme celui-là ?
GRAÎNDESKI-.
Certainement, ça m'irait.
TOUS
A moi aussi I à moi aussi !
ANDRE
Un moment! pas de bêtise, c'est un oiseau trop huppé pour vous, mes camarades... Telle que vous la voyez, c'est la fille d'un grand seigneur, d'un duc et pair pour le moins.
GRAINDESEL.
Plaît-il?
ANDRÉ
Oh ! c'est une histoire qui remonte à quinze ans.
JEAN
Et qui se rattache à celle du brick anglais dont je vous parlais tout-à-l'heure.
Ça serait trop long à vous raconter; seulement, je vous réitère que ce n'est ni moi, ni vous, ni toi, ni lui qui épousera M"« Marie. Fichtre, il lui faut mieux qu' ça, à c'te jeunesse.
MATUIEU.
Mieux qu' ça ! Cependant je connais quelqu'un qui n'est pas bien loin et qui est décidé à la demander en mariage.
TOUS
En mariage! quelqu'un!
MATHIEU
Oui, quelqu'un que vous n'aimez pas trop, vous autres, et qui s'en fiche parce qu'il est arrivé, et qu'il arrivera toujours, malgré vous tous; quelqu'un à qui tout a réussi jusqu'à ce jour, et qui a mis de côté de bonnes petites rentes pour les offrir à sa prétendue; quelqu'un enfin...
ANDRÉ
Est-ce que ça serait toi par hasard ?
MATHIEU
Moi-même; c'est toi qui l'as nommé.
ANDRÉ
Toi, l'époux de M"e Marie! fichtre!
LH PARISIEN
Excusez ! c'te chance !
JEAN
Plus souvent!
MAiniEU.
Et pourquoi pas? elle a beau être, comme tu dis, la fille d'un grand seigneur, elle n'a pas le sou, pas d'autre dot que ses beaux yeux, je m'en contente, et je la défie de trouver un mari qui vaille mieux pour elle que moi.
LE PARISIEN
En V'ià un qui ne s'égratigne pas.
MATHIEU
Vous allez voir ; la v'ià qui revient avec M"<= Geneviève, je vais leur faire ma demande à l'instant même.
LE PARISIEN
Fameux!., nous allons rire.
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