SCÈNE XII
JEANNETTE, puis Georges MARTIN.
JEANNETTE, les regardant sortir.
Tiens... tiens... tiens... est-re que mon moyen ne serait pas bon? On dirait que les cœurs des provinciaux battent déjà la générale. Comme c'est combustible les cœurs de province! à Paris ils sont bien plus imperméables. Faut pourtant en débarrasser ces demoiselles... Les militaires sont venus me parler tout-à-1 heure... et je leur ai dit qu'on était à diner... Ils voulaient d'abord se cacher quelque part ; mais ensuite ils ont mieux aimé repasser... et ils vont revenir. Eh ben ! moi qui oublie d aller servir à table!...
G. MARTIN, en dehors.
Cet homme n'est jamais à sa boutique. (Entrant vivement.) M. Martin!
JEANNETTE
Comment, monsieur, encore vous ?
G. MARTIN
Encore moi... c'est fort impoli !... M. Martin ! vous dis-je; il me le faut.
Vous venez encore pour votre effet.
G. MARTIN
Il s'afjit bien d'autre chose, à présent : mon effet est chez l'huissier! Savez-vous, mademoiselle, que votre maître me ruine en omnibus? depuis ce matin je ne quitte pas ces véhicules.
JEANNETTE
Ce n'est pas sa faute.
G. MARTIN
Sa faute ou non... ça n'en est pas moins fort
désagréable pour moi Ah! mon Dieu! ça
sent bien bon ici.
JEANNETTE
Enfin, qu'est-ce qu'il y a donc encore?
G. MARTIN
Il y a , que j'attends de Giiéret des comestibles distiujjués — j'ai du monde aujourd'hui , et ces objets n'arrivant pas, j'ai le sinistre pressentiment qu'ils se sont trompés d'adresse.
JEANNETTE, à part.
Ah ! mon Dieu !... le dindon... est-ce que ce serait lui qui devait le recevoir?
G. MARTIN
Voyons, avertissez vite votre maître.
Mon maître , monsieur! il est sorti ; il dîne en ville.
G. MARTIN
Il dîne en ville!... cependant il y a ici une odeur...
JEANNETTE
C'est rien... c'est mon dîner... à moi... toute seule...
G. MARTIN
Votre dîner, jeune fille... je crois que vous vous moquez de moi... cette odeur...
JEANNETTE
Mais, monsieur, je vous assure...
G. MARTIN
Vous me trompez... je le sens... Ah! pourquoi n'ai-je pas le droit de faire ici une visite domiciliaire ?...
JEAHNETTE.
Mais, monsieur...
G. MARTIN
Si j'étais persuadé qu'on se jouât de moi!... Air de l'Apothicaire.
Songez-y bien , si par malheur Vous receviez mes comestibles , Redoutez toute ma fureur...
Les Martiiis sont fort irascibles,
Calmez, monsieur, ce grand courroux.
Ne craignez pas de gaspillage; .Si vos come.stibl's vienn'nt chez nous , On n'en fra pas mauvais usage.
Croyez que s'ils viennent chez nous On n'en Fra pas mauvais usage.
G. MARTIN
Je l'espère bien !... Sorti... sorti. Allons ! je retourne chez moi... Quelle odeur!... Dites bien à votre maître... que s'ils se présentaient chez lui, il envoie à mon domicile les êtres truffés dont est question.
JEANNETTE
Soyez tranquille. (A part.) Il parait qu'ils se sont passés de moi là-dedans.
G. MARTIN, flairant toujours.
Encore une course inutile!... je n'ai jamais consommé autant d'omnibus... Je suis aude-sus de ça quant à rar{^ent... mais il est bien fastidieux de se colporter ainsi d'un quartier dans un autre... (A la fenêtre.) Voici la voiture... Allons!... elle est pleine... plus de place!... Ah! si... celle du président... Cocher!... cocher! Encore trente centimes !
(Il sort vivement.) JEANNETTE, le reconduisant.
Soyez tranquille , monsieur ; je ferai votre commission.
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