SCENE lY
SERINGUINOS, SOTTINEZ, BABILAS, RODRI- GUEZ, Alguazils.
SERINGUINOS.
Es-tu bien sûr de ce que tu dis, Babilas?
BABILAS.
Autant qu'on peut en être sûr de ce temps-ci , OÙ tout est sens dessus dessous... Je suis certain que j'ai vu entrer dans cette maison la signora Isabelle et ce damné peintre français! Mais dire que le diable n'a pas pris leur tlgure... c'est ce que je ne sais pas.
SOTTINEZ.
Mon beau-père t
SERINGUINOS.
Mon gendre 1 mon illustre gendre!
SOTTINEZ.
Si votre élève dit vrai, ma fiancée est dans cette maison.
Très-bien 1
SOTTINEZ.
Il s'agit d'enfoncer la porte, d'arriver auprès de la signora, et de nous emparer, soit par ruse, soit par la force, de sa personne chérie.
SERINGUINOS.
Fortbien!... Rodriguez faites enfoncer la porte.
RODRIGUEZ
Un instant! je ne puis entrer dans la maison sans l'auguste présence du corrégidor... faisons de l'arbitraire, mais légalement.
SOTTINEZ.
Mais on séduit ma fiancée! plus nous attendrons, et plus on la séduira... vous comprenez, alguazil ?
RODRIGUEZ
Je comprends parfaitement, jeune hidalgo ; dépêchez-vous donc d'aller chercher le corrégidor.
SERINGUINOS.
II a encore raison. Allons, mon gendre, allons chercher le corrégidor; vous, Rodriguez, faites garder les rues par vos soldats ; toi, Babilas, reste là... je t'ai pris pour tout faire.
Sottinez et Seringuinos sortent ; Rodriguez place les alguazils aux deux coins des rues ; BaLiïas se promène de long en large.
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BABILAS, seul.
Se donne-t-il un mal pour épouser une femme qui ne veut pas de lui, ce seigneur Sottinez!... J'aime bien Paquita, notre gentille cainériste; mais si elle se sauvait avec un autre, je ne courrais pas après... mais il n'y a pas de danger ; pourtant elle est assez coquette, cette petite Paquita, et je crois m'étre aperçu qu'elle faisait des yeux doux à ce gros lourdaud de Magloire.
LA FOLIE, «OMS les traits de Paquita, lui donnant un souffltl.
Ah! je suis coquette! ah! je lai des yeux à Magloire !
BABILAS.
Eh bien! quoi donc? qu'y a-t-il donc? Ah! c'est vous, Paquita? j'aurais dû vous reconnaître tout de suite au soufflet ; c'est assez votre genre.
LA FOLIE
Et c'est ce que mérite un méchant garçon {tendrement) qui doute de mon amour et de ma fidélité.
BABILAS.
J'ai tort, la, j'ai tort, Paquita.
LA FOLIE
Vous n'aurez plus de ces mauvaises pensées-là?
BABILAS.
Non, sans doute... ah çà, mais vous avez donc quitté la maison en même temps que la signora Isabelle?
Il le fallait bien : je ne voulais pas la laisser seule avec ce jeune Français, et justement j'ai profité d'un instant où l'on ne me voyait pas pour prévenir le seigneur Seringuinos qu'ils vont sortir à l'instant même. Où est-il , mon Dieu, où est-il?
BABILAS.
Il vient d'aller avec Sottinez chercher le corrégidor...
LA FOLIE
Il ne reviendra pas à temps; ne pourrais-tu pas courir après lui ?
BABILAS.
Mais qui veillera à la porte?
LA FOLIE
Moi!
BABILAS.
Ah ! c'est vrai, je n'y pensais pas.
LA FOLIE
Va vite, cours, mon garçon.
BABILAS.
Oui, gentille camériste... l'amour va me donner des ailes.
Il court.
A l'autre maintenant.
Elle se transforme en grosse servante de cabaret, et se dirige vers le coin de rue où est placé Rodriguez.
RODRIGUEZ
On ne passe pas.
LA FOLIE
Et pourquoi donc ça?
RODRIGUEZ
C'est l'ordre.
LA FOLIE
Mais l'ordre ne peut pas m'empêcher d'envoyer mes garçons au marché. Je suis la marchande de vin du coin ; est-ce que vous ne me reconnaissez pas?
RODRIGUEZ
Ah ! je vous reconnais maintenant ; c'est que la
nuit...
LA FOLIE
Quant à mes garçons et à ma servante , je leur donnerai'ma lanterne, et ce sera le mot d'ordre pour passer, n'est-ce pas?
RODRIGUEZ
C'est convenu. Vous entendez, vous autres, vous laisserez passer ceux qui auront une lanterne.