SCENE III
Les MÊMES, MARIGXON, DUVAL.
MARIGNON.
Ah ! te voilà , Marie ! eh bien?
DUVAL
Votre tante , comme se trouve-t-elle , ce malin?
Mieux, beaucoup mieux... Elle sommeillait paisiblement quand je Talquittée pourvenirvous rassurer un peu.
MARIGNON.
Merci, ma bonne enfimt!.. (il l'embrasse.) Cette^ nouvelle va me donnei- du cœur pour toute'la journée... les sacs de mille francs ne pèseront pas un quarteron. Et maintenant, (Allant à son bureau.) excuse-moi, ma nièce; parce que, vois-tu, il y a là quelque chose de sacré qui m'appelle.
DUVAL , à Marie.
Et vous avez laissée seule votre tante malade?
MARIE
Non, Joseph ; j'ai prié Henriette de rester près d'eUe.
DUVAL
Encore M"* Henriette ! (Avec un accent de reproche.) Je vous avais prié , Marie , de ne plus la voir !
MARTE
Mais... après tous les services qu'elle m'a rendus , puis-je, sans ingratitude , rompre avec elle ?
DUVAL
Des services!.. Convenez plutôt, Marie, que vous aimez Henriette , parce qu'elle flatte vos rêves de grandeurs, de coquetterie, de luxe!..
MARIE
Ce soupçon, M. Duval...
Est injuste , peut-être !.. soit ; pardonnez- moi
ma sévérité. (L'examinant.) Comme vous êtese®.. ne lui ditrien.
Oui penserait, à vous voir ainsi , que vous êtes une pauvre ouvrière ?
MARIE , embarrassée.
C'est que... c'est que je devais aller... (Duval se dirige vers son Inireau sans l'écouter.) MARIGNON , sortant de son bureau , à .Moulinet. Eh bien! et toi, garçon, tu ne dis rien... qu'est-ce qui l'amène ?
MOULINET
D'abord, père Marignon, j'ai accompagné votre nièce en qualité de porte-respect, pour la garantir des voitures, des gants serins, et autres cannes à pommes d'or...
MARIGNON.
Je comprends.
MOULINET
Ensuite, j'attends votre iils Dominique, pour la chose de la mairie.
MARIGNON.
Oui , c'est aujourd'hui que vous tirez tous les deux à ia conscription.
MOULINET
Il m'a donné rendez-vous ici... Dans une heure, je plonge ces cinq doigts-là dans le chapeau de Monsieur le Maire.
Tu ne crains donc pas de devenir soldat ?
MOULINET
Je ne l'ai jamais craint.
MARIGNON.
Tu es brave, mon ami !
MOULINET
Je suis brave... et e.xempt du service. Mon père m'a fait assurer le jour de ma naissance.
^lARlGNON.
C"est une précaution que j"ai prise à l'égard de mon Dominique.
^MOULINET
Il ne se presse guère, le Dominique en question!.. Je vais me promener en l'attendant; je vais regarder les piles d'écus, ça me divertira... Moi , il n'y a que deux sortes de boutiques devant lesquelles je m'arrête, les changeurs elles marchands de comestibles ; deux états qui m'auraient bien convenus! les comcsiiblos, surtout! M.ARIE , regardant du côté de Duval , à part.
Il est fâché contre moi... Je ne voudrais pourtant pas m'en aller sans lui parler. (A Marignon.) Allons, mon oncle, je retourne auprès de votre femme.
MARIGNON.
Va, mon enfant; ne la quitte pas , surtout. (Elle s'éloigne en regardant toujours du côté de Duvai.) Eh bien ! tu ne dis rieii à ce pauvre Duval? MARIE , timidement.
Il paraît bien occupé... je crains de le déranger...
MARIGNON.
Bah! Joseph!..
DUVAL, sortant d'une profonde rêverie.
Hein?., que me veut-on ?
MARIGNON.
Eh ! pardieu ! c'est Marie qui s'en va, et cette enfant est toute chagrine de voir que son fiancé
LLS GARÇONS DE RECETTE
M"' Maiicî.. oui, uic voilà... je croyais... [11 sort de son bureau, j MARJG>0.>.
Va donc, mais va donc... Moi, je vais examiner ta caisse... Je sais bien qu'il n'y a pas d'erreur, mais c'est égal. (Bas.) Ça me donnera une contenance plus respectable pour moi, et... (Souriant avec bonhomie. ) et moins gênante pour vous...
(Il va au bureau de Joseph et compte do l'argent avec préoccupation. Duval se dirige vers Marie, puis s'arrête étonné en voyant lîidaut qui s'approche d'elle et lui parle cavalièrement.)