GENEVIÈVE, MARIE
GENEVIÈVE
Je n'ai pas été maîtresse de moi, je me suis emporU'c... j'ai eu tort; mais toujours à la vue de cet
homme-..
MARIE
Allons, ne songez plus à lui; vous voyez bien que nous sommes seules à présent... Mon Dieu ! vous étiez si joyeuse cematin! Pourquoi faut-il...
GlîNEViÈVE.
Oui, cematin... et ça va revenir, je l'espère bien.
MARIE
Avec lui, avec votre fils.
GENEVIÈVE, se levant.
/ Pierre!... il tarde bien!... je suis d'une impatience. .
Et moi donc!... il a été si bon pour moi, M. Pierre; avec vous, il a pris soin de mon cn- 'mce... de près comme de loin, il n"a pas cessé un instant de songer à la pauvre Marie... ellorsqu^il est venu ici, il y a deux ans, pendant ie.s six mois qu'il a p;\ssés auprès de nous, que de soins, quelle affection tendre et généreuse!... aussi, jamais ses bienfaits ne sortiront de ma mémoire... je vous aime comme une mère... et lui , lui qui est votre fils, mais qui m'appelle, ainsi que vous, sa lille, je ne sais si jedoisi'ainiercommeunfrère, ou comme un père.
GENEVIÈVE, à part.
Un frère ou un père!... ce n'est pas mal; mais il faudra qu'elle l'aime encore autrement.
KIARIE.
Plaît-il? je n'entends pas...
GENEVIÈVE
Rien, rien, mon enfant. {A part.) Pierre, tu l'as voulu... je t'ai promis de ne pas lui direunmotde notre projet, et, quoi qu'il m'en coûte, je tiendrai ma promesse.
SIAHIE, à part.
Qu'a-t-elle donc à se parler ainsi? {Haut.) Ma mère, expliquez-moi donc une parole, une seule, que je n'ai pas bien comprise dans ce que vous avez dit tout-a-l'heurc ù M. Miithicu.
GEPTEVIÈVE.
Une parole !... quoi donc?
Vous avez dit , oh ! oui, je me le rappelle, j'en suis bien sûre, vous avez dit : Marie est promise. GENEVIÈVE , avec embarras.
Promise!... ah! j'ai dit cela ?
MARIE
Oui, ma mère; et vous avez ajouté : Elle sera la femme d'un brave et honnête homme.
GENEVIÈVE, à part.
Ah! sainte Vierge !... comment me tirer de là? Et ma promesse I...
MARIE
Eh bien! oh! parlez, parlez vite, cela me regarde un peu, ma mère, et j'ai bien le droit d'être curieuse.
GENEVIÈVE
C'est juste, c'est juste, mon enfant. ( Elle lui fait signe de regarder si personne ne peut les entendre, et dit à part ;) Au moins, ne lui disons que la moitié du secret, ce sera toujours autant de sauvé pour l'acquit de ma conscience.
MARIE
Personne ne nous écoute... j'attends.
GENEVIÈVE
Apprends donc que Pierre m'annonce dans sa dernière lettre qu'il veut te donner un mari.
MARIE
Ah! un mari... et il vous annonce en môme temps, sans doute, quel est celui qu'il a choisi?
GENEVIÈVE
Oui, il me l'annonce...
MARIE
Un marin, peut-être.
GENEVIÈVE
Précisément, un marin... un lieutenant de vaisseau.
MARIE
Ahl comme M. Pierre.
GENEVIÈVE
Juste... comme lui.
MARIE
Et... c'est... un jeune homme?
GENEVIÈVE
Dame!... oui, c'est un jeune homme. {A part.) Quarante-deux ans, c'est le plus bel âge pour se marier.
MARIE
Et je vais le voir bientôt ?
GENEVIÈVE
Oui, bientôt.
MARIE
Aujourd'hui.
GENEVIEVE
Dans un instant.
ici?.,.
îci.
GENEVIÈVE
MARIE
Mais, ma mère, vous n'y songez pas... nous n'avons plus que la chambre réservée à M Pierre. lillc montre le petit pavillon 'a la droite du puLlic.
LE [NAUFRAGE DE LA MEDUSE
GENEVIÈVE
Eh bien! il la partagera.
MARIE
Ah: c'est juste... entre amis...
GENEVIÈVE
Oui, ton prétendu est le meilleur ami de mon Qls.
MARIE
Son nom?
GENEVIÈVE
Sonnera?.. {A part.\ 0\\'. ma foi, Pierre en dira ce qu'il voudra, mais je n'y tiens plus. (JïoMt.) Apprends donc, ma chère amie...
MARIE
Quoi ?
GENEVIÈVE
Rien, rien, tu es trop curieuse.
Elle rentre.
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