I.'AlUVnANT
i^Ionsiour rtiispertour accorde , pour aujourd'hui, une heure de repos aux travailleurs. Tors.
Ah!
i.'adjidant.
La ration de vin sera doublée si , pendant la visite qui va avoir lieu, on observe le silence et iine tenne convenable...
CUAMHORAN.
Des visiteurs!., fameux... Des milords, peutêtre?..
MARIGNON.
Encore une nouvelle humiliation!
i.'ADjnnNT.
H s'agit de deux grands personnages : un
Barloir.
CIIAMRORAN.
Oui, oui, des milords russes ! compris... (Tous les forçats se placent, les uns debout, d'autres assis ou couchés.)
SCKNE V.
Les Mêmes, LE CONSUL, entouré de nombreux valets; 11 donne le bras à JOSEI'H DUVAL, qui est richement vêtu, mais son visa^^e pâle, ses cheveux rares, sa taille courbée accusen: de longs ciingrins.
l'adjudant, désignant les forçais.
Jean Mardoché !
C1IAMD0RAN.
Dit le gai Chamboran.
l'adjidant.
11 a déjà tenté de s'évader quatre fois.
CnAMBORAN.
Cinq, si ça vous est égal , mon Adjudant.
LE CONSfL.
Passons , Monsieur, passons !
l'adjidant.
Pierre Marignon !
DIVAL.
Marignon !.. (Il sYloigne avec épouvante.)
l'adjidant.
Ancien garçon de recette... Il a volé la Banque.
MARIGNON.
Non, cola est faux! cela est faux!..
DUVAL, à part.
Lui. ..lui, ici!
l'adjidant.
Allons, silence !.. Si on les croyait, ils seraient tous innoccns.
MARIGNON.
•Mon Dieu! mais n'est-ce donc pas assez de mes tortures de chaque jour... faut-il qu'oa m'accable sans cesse de honte et d'infamie... et que je n'aie pas le droit de crier : Je ne suis pas coupable !.. je ne suis pas coupable!.. l'adjudant.
Silence , encore une fois !
DLVAL, s'élançant de manière à dérober ses traits à Marignon.
Arrêtez!., et... sien eflet ce malheureux... avait été injustement condamné ?..
l'adjudant.
C'est ce qu'ils disent tous , Monsieur.
MARIGNON, à Duval, qui détourne la tête. Je vous remercie. Monsieur, de l'intérêt que vous daignez me témoigner... Vous êtes le premier, le premier depuis plus de huit ans!.. Entouré de respects et d'honneurs, vous prenez pitié du pauvre galérien... c'est au ciel seulement qu'il appartient de vous récompenser!.. DLVAL, à part.
Oh ! quelle épreuve, mou Dieu !.. je sensque la force et le courage m'abandonnent.
LE CONSUL , allant à Duval.
Ou'avez-vous ilonc , moi: ami?
DUVAL
t^: Rien... je suis si souftrant, Monseigneur! cl
56 LES GARÇONS DE RECETTE
puis la vue de ces malheiueux... me fait mal! ^J'aurai besoin de monnaie i^our mon voyage des
Grandes-Indes.
l'adjudant.
Tu viendras m'en demander au moment de ton départ.
CIIAMBORAN , à part.
LE CONSLL.
Celui-ci surtout paraît produire sur vous une impression étrange. . .
DUVAL
C'est que le sort de cet homme me touche en effet bien vivement... Je vous ai dit qu'autrefois , avant mon voyage en Russie , avant que les services que j'ai rendus à votre pays m'eussent enrichi , je vous ai dit que je n'étais qu'un pauvre enfant du peuple, et que j'avais vu condamner injustement...
LE CONSUL
Un galérien dont je sollicite la grâce près du gouvernement français... Mais ce galérien était, il me semble , à Toulon.
DUVAL
Et c'est ici que je le retrouve... Le voilà!.. Oh ! comme la douleur l'a brisé ! voyez , cette grâce arrivera trop tard.
LE CONSUL
Mais il faut relever son courage , lui apprendre que bientôt il sera libre peut-être.,, libre par vous...
Oh! non... non!
LE CONSUL
Que craignez-vous donc?
DUVAL
Je ne veux pas lui donner lui espoir qui peut encore s'évanouir... et puis... et puis je vous le répète , l'horrible mal qui me tue est trop violent en ce moment... Oh! emmenez-moi, Monseigneur, emmenez-moi!..
l'adjudant.
Si ces Messieurs désirent continuer...
LE CONSUL
Non... (A un valet.) Faites avancer la voiture, votre maître est souflVant. . . (Le domestique sort. ) Venez, venez, mon ami,..
DUVAL
Oh! nous le sauverons, n'est-ce pas, Monseigneur?..
LE CONSUL , à rAdjiidant.
Monsieur, nous nous relirons.
(Il lui donne une bourse.) DUVAL, à part.
S'il m'avait reconnu , mon Dieu ! je sens que je serais mort à ses pieds.
LE CONSUL, à l'Adjudant.
Veuillez distribuer ceci aux plus nécessiteux , et aux moins coupables.
(Il sort avecDuval elles valets.)