‹ Magasin théâtralChapitre 24 sur 1711 · SCENE IIL MARIE, ANDRÉ, MATHIEU, au fond · texte numérisé non relu

SCENE IIL MARIE, ANDRÉ, MATHIEU, au fond

MARIE

Pauvre jeune homme... ce qu'il dit est vrai...

A>'DRÉ.

Supérieurement vrai !... Quel dommage qu'il soit venu une dix-huitaine d'années trop tard, er qu'il n'ait pas eu l'avantage de perdre une jambe ou un œil dans un combat naval !

André, vous convenez enfin qu'on est bien iajustc envers lui ?

A?fDBK.

A qui le dites-vous?... moi qui l'exécrais toulà-l'heure.

MARIE

Et M^e Geneviève, si bonne d'ordinaire, semble toujours trembler de colère à son approche... Mais pourquoi lui en veut-elle?

A>'DRÉ.

Oui, le motif!.., on demande le motif.

MATHIEU, s'avançant.

Le motif!... je vais vous le dire.

MARIE

Ah ! monsieur Mathieu !

A>DRÉ.

Tu étais là, toi'?

MATHIEU

J'arrivais, et je ne suis pas fâché de vous être bon à quelque chose... M^e Geneviève n'a qu'un rêve, une idée fixe, le mariage de son fils avec vous, mademoiselle Marie, et son plus grand ennemi, c'est toujours celui qui lui parait un obstacle à cette union... Voilà pourquoi elle déleste aujourd'hui^, le chevalier Arthur, autant qu'elle me détestait il y a un an, lorsque je vous ai demandée en mariage.

Mais je ne vous comprends pas.

A>DRÉ.

Ni moi non plus.

MATHIEU

Il lui a été facilede voir queje n'étais pas pour Pierre un rival bien dangereux; aussi, elle ne songe plus à moi... mais pour M. Arthur, c'est dififérent, il vous aime.

MARIE

Il m'aime!

AîïDRÉ.

Ahl mon Dieu ! qu'est-ce que tu dis là, toi?

SIATUIKU.

Et de plus, vous l'aimez aussi, mademoiselle.

AXDKÉ.

Serait-il possible !

MARIE

Moi, je l'aime!. .. André, ne le croyez pas ; je vous jure...

MATUIEC.

Ne jurez pas, ça porte malheur!... vous l'aimez sans vous en douter, peut-être; mais je m'y connais, moi, et j'en suis sûr, et M™' Geneviève qui s'y connaît aussi en a peur... Du jour même où v^ousavez vu M. Arthur pour la première fois, où vous lui avez donné, sans consulter personne, la chambre destinée à Pierre, la bonne vieille a tremblé pour les amours de son fils; elle a oublié ça pendant les premiers mois de sa maladie, mais ça lui est revenu depuis la convalescence... On a va le jeune homme rôder souvent du côté de cette auberge, on a voulu savoir ce qu'il venait y chercher; et l'on s'est assuré qu'il n'y parlait jamais qu'à une seule personne... ce n'était ni le fils ni la mère, c'était la fiancée... on a remarqué que la jeune fille était triste, rêveuse, toutes les fois que

l'officier venait de s'éloigner d'elle... on a remarqué [ enfin mille autres choses... innocentes, parfaitement innocentes... M. Arthur est un bon jeune homme, et M^'* Marie est la vertu même; mais c'est égal, ils sont tous deux du même âge. Elle est jolie, il n'est pas trop mal, on ne peut pas s'empêcher de dire que c'est dangereux, c'est trèsdangereux.

AnDRÉ.

Au fait, sais-tu que tu me fais peur, Loucliard? Pauvre Pierre, je le connais, il vous aime tant, mamselle Marie!... Savez-vous bien que ne pas le payer de retour ce serait le tuer ?

MARIE

Le tuer! Pierre, mon bienfaiteur!... pour prix de tant de soins et de tendresse!... le tuer! oh! mai? je vous répète, André, que je l'aime, et que je n'aime que lui; j'ai pu défendre devant vous celui que tout le monde avait méconnu ; j'ai pu être émue, comme vous, à l'instant, lorsqu'il nous a parlé de ses souffraiices; mais puisqu'on peut soupçonner que je raiine, je ne veux plus le revoir, je ne veux plus songer à lui.

Est-ce que ça se commande, l'amour ?

MARIE

Mais pour vous rassurer, quel parti prendre?... que faire?

ANDRÉ

Dam! voiKi, quel parti prendre?

MATHIEU

Il y en a bien un, c'est de partir avec Pierre et sous sa protection à bord de la Méduse.

KIARIE.

Partir !

ANDRÉ

Et pourquoi pas?

MATHIEU

Dam! voyez, ça vous regarde; vous aimez le chevalier Arthur , ou vous aimez Pierre... choisissez.

MARIE, apercevant Pierre qui entre.

Le voici... André, je vous prouverai bien que c'est lui seul que j'aime.

ANDRÉ

Bien, bien, mademoiselle ; merci, Louchard.

MATHIEU

Il n'y a pas de quoi... Tu ne peux pas deviner quel plaisir j'aurais à la voir à bord du navire... Au revoir, mon vieux.

Il sort par le fond.

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