SCENE IIL Les Mèhes , excepté DANIEL
ANDRÉ
Que le Père éternel vous bénisse!... Vous êtes donc bien beureux, vous autres, pour rire et crier comme vous faites, depuis une heure.
Eh bien! et toi... tu es donc bien malheureux, l'ancien? Depuis que tu es de quart à l'arrière delà frégate, tu es resté là-bas dans ton coin, comme un ours, et sans nous regarder, sans nous dire un mot... Excusez... qu'est-ce que tu as donc?
ANDRÉ
J'ai... j'ai... rien du tout, fichez-moi la paix... c' que j'ai... c' n'est pas votre afifaire, c'est la mienne.
JEAN
C'est un peu la nôtre aussi, mon vieux. Vous ne savez pas, vous autres, notre ancien lieutenant est ù bord?
TOUS
Pierre!...
ANDRÉ
Veux-tu te taire?...
JEAN
Ah! bah! c'est des amis, c'est des bons... on peut leur confier ça... oui, Pierre, engagé comme matelot parMathieuLouchard... Pourquoi? Dans quelbut?... Inconnu... Mais c'est un fait... Vous vous rappelez qu'à un quart environ delà rade de l'île d'Aix, le feu a pris à la cambuse; mais il a été éteint presque sur-le-champ... Par qui?... Par Pierre... et alors, après lincendie, c'était à qui voudrait embrasser son lieutenant, se jeter à ses genoux. Nous n'étions pas là , nous autres, ni vous, ni moi ; c'est p't-èlre heureux, sacristie!... ça nous aurait menés aune révolte complète contre les officiers blancs... Mathieu Louchard est survenu au moment où ça commençait à devenir sérieux... et c'est alors qu'il a fait mettre aux fers huit ou dix niatelots pour quinze jours... aujourd'hui le quatrième.
GRAINDESEL.
El notre brave lieutenant...
ANDRÉ
Aux fers comme les autres... seulement il avait trouvé le !Tîi>ycn t\c glis.scr quelques mots à l'oreille d'un soldat de marine, qui est venu nous les redi.'-e de sa part, à Jean et à moi... 11 nous recommandt; à tous... écoutez bicu , camarades;
il recommande à ses amis, à ses frères (c'est comme ça qu'il nous appelle), de ne plus voir en lui qu'un matelot, rien qu'un simple matelot comme nous tous, et d'obéir sans murmurer à nos chefs d'à présent, comme nous lui avons toujours obéi à lui-même... Il faut ça, qu'il a ajouté, pour conserver la vieille gloire de notre marine, et puis aussi pour la sûreté de la frégate, qui court des dangers, à ce qu'il paraît... lesquels, je n'en sais rien... enfin, c'est convenu, n'est-ce pas? on obéira.
TOCS, à voix basse et avec lut seuthuenl de regret.
Oui, on obéira.
PARISIEN
Sans murmurer, mais en crevant dans sa peau.
JEAN
Silence! v'ià l'maître d'équipage!...
GRAINDESEL.
M. Mathieu Louchard...
PARISIEN
Tu te trompes de nom, gamin, c'est M. Mathieu... Mouchard.
GRAINDESEL.
Comme il nous regarde!... Est-ce qu'il va faire un rapport sur nous?
JEAN
Ses rapports!... j'm'en fiche!
PARISIEN
Et moi, j'm'en contrefiche !
Il se trouve presque nez à oez avec Matliieu Louiluid, cl se remet à fredonner d'un air indillcrenlle rulidiuqu'ii cliantait au lever du rideau.
En v'ia deux, mon cber amant ,
Leliieu vient en naviguant.
Tous les matelots répètent ce refrain en s'éloignant. André seul est resté. Il a brusquement tourné le dos à l'aspect de Louchard, et il est allé se replacer à son poste.
W'VVWVWVXVV\VV\V\\^V\\\\V\'V\V'V\VVXVV\ VXXfcWWXVWvwVWXVW