SCENE XV
Les Mêmes, ANATOLE, JOLIBOIS.
JOLIBOIS, entrant avec Anatole et le major. Tu crois ça, mon vieux ? eh ben ! tu te trompes ' . LÉONOR, apercevant Anatole.
Ciel!
C'est lui 1 Mon fils!
PAQUirA.
LE COLONEL
ANATOLE
Bon espoir, mon père, bon espoir !
JOLIBOIS
Silence 1 on nous observe.
Ils se séparent, el cliacun va prendre sa place.
LE GÉNÉRAL, conlinuc sa revue, il examine encore avec plus de soin que les autres tous les hommes de la compagnie du colonel; arrivéprés d'Anatole, il s'arrête^'.
Eh bien, lieutenant, qu'avez vous donc, vous êtes bien pâle?
*Le Colonel, le General, Perez, Jeppo, Paquita, Le'onor
** Le Chirurgien-major, Jolibois , Anatole, le Colonel, le Général, Perez, Jeppo, Paqaita, Léonor.
ANATOLE
Moi, général, jen'ai rien. [Anxiété du colonel, de Jolibois, de Léonor et Paquila. Anatole continuant après avoir regardé Léonor.) Jamais je ne me suis niieuxporté. (4part.)0h ! quejesouffre! que je souffre!
LE cÉKÉRAL, à Auatole qu'il examine toujours attentivement.
Bonne tenue ! mais ce bras-là ne tombe pas assez d'aplomb sur la cuisse gauche.
LÉo:iOR, poussant un cri.
Ali!
LE GÉNÉRAI., qui a placé lui-même le bras d'Anatole.
Là, comme ça, à la bonne heure! Maintenant deux pas en avant.
LE COLONEL, à part.
Sacredieu I que va-t-il faire ?
JOLIBOIS
Je n'ai pas une miette de salive dans le gosier.
ANATOLE, à part.
0 mon père! ô Léonor!
Pauvre jeune homme I
JEPPO, à Ferez.
Dites donc, est-ce que le général croirait?... mais non, ce garçon a deux bras et deux mains comme vous et moi.
LE GÉNÉRAL
Anatole Derneval, en présence de vos frères d'armes assemblés, je me plais à vous témoigner toute la satisfaction que m'a fait éprouver votre jeune courage à la prise de cette ville; je vous donne les épaulettes de capitaine et vous attache à ma personne en qualité d'aide de camp.
ANATOLE
Ah ! général !
LE GÉNÉRAL
De plus, en vertu des pleins pouvoirs que l'empereur a daigné me concéder , je vous nomme membre de la Légion d'Honneur!
LE COLONEL'
Qu'entends-je I
ANATOLE
A moi, à moi la croix des braves!
LE GÉNÉRAL, arrachatit sa croix.
La voilà!
Anatole met uu -eiiou eu terre, tt le Ge'ne'ral lui attache 1,1 croix, sur sa poitrine.
Capitaine et décoré! c'est ficelé Çal LE GÉNÉRAL , tirant son épée et remplissant le cérémonial d'usage.
Anatole Derneval, je vous fais chevalier.
Anatole se relève, et le Ge'ne'ral lui donne l'accolade aux cris re'pe'te's de vive l'empereur ! le Ge'ne'ral continue sa revue.
* Le Cbirurgisn-major, Jolibois, le Colonel, Anatole, le Général, Perei, Jeppo, Paquita et Léonor.
LE COLONEL
Sacredieu! j'en pleure de joie. Mais, mon Dieu, mon Dieu! à quelles rudes épreuves on l'a mis l Ciel! il chancelle! {Courant à lut.) Mon fils^ JOLIBOIS, qui s'est avancé aussi.
Mon lieutenant!
ANATOLE, à mi-voix.
Ne craignez rien, j'ai de la force encore !
LÉONOR
Je respire!
Anatole regagne sa place, accompagné de son père et de Jolibois.
LE GÉNÉRAL, qui a terminé sa revue, est revenu en scène, et s'adressant à Ferez.
Seigneur Ferez , vous étiez venu me dénoncer un crime et je vous avais promis justice : j'ai passé une revue générale de tous les hommes qui devaient être présens sous les armes; des officiers délégués par moi ont fait en même tempg l'inspection des malades et des blessés; et je l'atteste sur l'honneur , le coupable que vous cherchez n'cbt point parmi les soldats français.
FEREZ**
Il y est, je vous le jure!
LE GÉNÉRAL
Seigneur Ferez !
FEREZ
Oh! je ne suspecte pas votre loyauté, général; mais , comme moi , vous êtes le jouet d'une affreuse machination. Général, deux heures encore de délai, deux heures encore sans que nul puisse sortir de la ville, et j'engage ma foi, ma foi d'Espagnol et de chrétien, que d'ici là je vous aurai nommé l'auteur du crime de cette nuit.
LÉONOR, à part.
Juste ciel!
LE GÉNÉRAL
Soit, je consens.
JOLIBOIS
Et nous allons droguer comme ça deux heures!
ANATOLE
Oh! mon courage, mon courage, ne m'abandonne pas I
LE GÉNÉRAL
Pourtant j'ai des dépêches pressées à faire parvenir à l'armée de Catalogne, et je veux excepter de la consigne générale celui de mes officiers chargé de celte mission.
LE COLONEL, s' avançant vivcment .
Général, c'est mon fils.
FEREZ
Eh bien ! le fils du colonel peut porter vos dépêches, général! je ne m'oppose pas à ce qu'il soit privilégié, celui-là.
JOLIBOIS, à part.
Bonne pâte d'homme, va!
FEREZ
Qu'il sorte de la ville, mais qu'il en sorte seul.
LE GÉNÉRAL
Il en sortira seul
* Le Chirurgien-major, Jolibois , le Colonel , le Général, passant dans les rangs, Perei, Jeppo, Pac^uita et ' Léonor, toujours au balcon.
"Le Chirurgien-major, Jolibois, Anatole, le Colonel^ l le Général, Jeppo, Paquita, Père», Léonor,
Ijll-LtVll, UE SAUM-CYR.
ANATOLE, à part et avec souffrance.
Si je peux!
JEPPO, à Ferez.
Ah çà I seigneur Ferez, quel est donc voire projet? Comment vous y prendrez-vous pour découvrir votre homme? Ça n'est pas aisé, ça!
FEREZ
Ma fille m'aidera.
JEPPO , à part.
Je n'en crois rien.
x'SXTOh^, jetant un cri.
LE COLONEL
Sacredieu!
ANATOLE, à son père cl à Jolibois.
Mes amis, j*ai long-temps lutté; mais je cède, je suis vaincu!
11 lombe évanoui eutre ks bras de son père et de Jolibois. LE GÈKERAL.
Eh bien! qu'est-ce donc?
LE COLONEL
Rien, général, rien.
JOLIBOIS
Mon général, la joie, la satisfaction de son nouveau grade, de sa croix, tout ça a tourné sur le cœur du lieutenant ; et voilà !
JEPPO, à Ferez.
C'est drôle, hein?
FEREZ, s'avançant rapidement vers Anatole.
Mais peut-être que des soins...
JOLIBOIS, se jetant au-devant de Ferez et lui moti'
trant le major qui s'était empressé d'accourir
auprès d'Anatole.
Merci, seigneur Ferez, merci, c'est pas la peine ; le chirurgien-major est là. {A part.) Cré coquinl tu n'avanceras pas, va, ou je t'avalerais plutôt en travers !
LÉONOR
Ah! Paquita, Faquila, il est perdu l
PAQUITA
Qui sait!