‹ Magasin théâtralChapitre 374 sur 1711 · LÉONOR, PEREZ · texte numérisé non relu

LÉONOR, PEREZ

LÉONOR, à part.

Je n'ose m'éloigner et je me sens perdue PEREZ, s' approchant d'elle.

Léonor 5

LÉONOR, timidement.

Mon père !

PEREZ, cherchant à paraître calme.

Tout à ma colère, tout à ma vengeance, je vous ai méconnue, outragée... j'ai douté de votre soumission, de votre obéissance. Vous êtes une fille bien élevée, vous... esclave de votre devoir, vous n'auriez pas refusé de répondre à votre père... oui, sans peine, sans retard, j'aurais su de vous ce qu'il m'importait de savoir... (// lui prend la main.) Vous m'auriez dit la vérité. {Silence de Léonor.) N'est-ce pas que vous me l'auriez dite? H'est-ce pas que vous allez me la dire? {Léonor fait un geste d'effroi, Perez reprend avec plus de calme.) Oh ! ne craignez rien, je n'ai plus de haine pour vous... {La regardant avec tendresse et lui prenant les deux mains.) Vous, Léonor, vous êtes l'enfant unique de mon amour pour votre mère, vous êtes ma fille toujours chérie... vous avez été étonnée, je le comprends, émue peut-être par l'audacieuse tentative, par les protestations brûlantes d'un... {bien bas) d'un misérable... {plus haut) qui se disait entraîné jusqu'à vos pieds par le délire de sa passion.... et , quand vous avez vu sa vie menacée, parce qu'il était venu vous dire : Je vous aime, une pitié naturelle à votre âge, à votre faiblesse, vous a prise au cœur malgré vous. Cette pitié, je vous la pardonne ! vous ne pouviez pas savoir... je ne vous avais pas dit encore que ces étrangers qui pillent nos temples saints qui brûlent nos villes, qui se parent de nos dépouilles, pour mettre le comble à leurs insultes et à nos misères, se font un jeu... {mouveme7it de Léonor) oui, ma fille, se font un jeu cruel de séduire nos épouses ou nos filles. Ils pouvaient leur faire violence après les fureurs d'un assaut; mais ils aiment à se vanter de n'en avoir pas eu besoin. {Amèrement.) Ils vous méprisent assez, femmes, pour croire que vous trompez sans remords vos maris, vos pères tout sanglans encore des blessures qu'ils ont reçues à vous détendre... oui, que vous nous trompez sans honte, que vous n'avez ni retenue ni pudeur, et que votre nature, à vous, femmes Espagnoles, c'est la débauche et le déshonneur I... les infâmes I

LÉONOR

Ah I mon père, mon père 1 {On entend du bruit à la porte de gauche. Léonor comme frappée d'un souvenir .) Et le malheureus qui va venir 1 0 mon Dieu! mon Dieu! que m'a-t-il dit?

PEREZ, qui l'examine.

Tu frissonnes d'horreur 1 c'est bien, c'est bien, Léonor I le sang d'une véritable Espagnole coule dans tes veines, la voix de ton père a trouvé de l'écho dans ton cœur.M abl qu'elle y étouffe cetta

L'ELEVE DE SAINT-CYR

pitié mal entendue qui n'est qu'un encouragement pour le crime, car c'est un crime que le mensonge, et ces gens-là sont tous des imposteurs... Leur amour qui n'est qu'une profanation de l'amour véritable, ils le promènent de ville en ville, ils en flétrissent chaque jour des victimes nouvelles pour se délasser du meurtre et de l'incendie. LÉOKOR, à part.

S'il arrivait en ce moment, il serait perdu.

FEREZ

Nomme-le-moi donc, le misérable !

LÉONOR

Mon père!

FEREZ

Rien ne doit plus te retenir.

LÉOKOR.

C'est impossible.

FEREZ

Impossible !

LÉONOR

J'ai fait un serment.

FEREZ

Le père José t'en déliera.

Il ne le saurait, mon père. J'ai juré par la sainte Vierge, ma patronne, que ce nom resterait renfermé dans mon sein.

FEREZ, furieux, la saisit; Léonor tojnbe à ses pieds.

Et moi, j'ai juré par le salut de mon ame que jel'en arracherais.

LÉONOR

Grâce, mon père, grâce pour votre fille !

FEREZ

Le nom, le nom de ce misérable?

LÉOXOR.

Jamais!

FEREZ, euu.s;/t)c cl tiiiuii an poignard Jamais!

JF.ppo, eitlranl du fond.

Seigneur Ferez...

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