SCENE X
LE COMMANDANT, MATHIEU LOUCHARD, TOUS LES Officiers, tout l'Équipage, PA- RISIEN, DANIEL, GRAINDESEL.'
CHOEUR GÉNÉKAL.
Air de H an d'Islande *.
Ah ! quel honneur ! ali ! quel plaisir I
Voici l'heure du baptême.
Il vient à bord, il vient lui-même ; Sur ses pas, hâtons-nous d'accourir.
Oui, le pèr' la Lign' va nous convertir. Tra, la, la, la ; Ira, la, la, la ,
Voici l'heure du baptême.
Ah! quel honneur! ah.' quel plaisir!
Le bonhomme à bord vient tous nous bénir.
A la fin de ce chœur, et après l'entrée detous les personnages, nouvelle explosion de coups de pistolets et de fusils, le père la Ligne se levé debout sur l'aflût qui lui sert de trône.
GRAINDESEL.
Silence! silence!... Écoutons le père la Ligne!
tous.
Écoutons! silence! écoutons!...
LE PARISIEN
Mes enfans, officiers, matelots et mousses de la marine royale, dieux et déesses, tritons et tritonnes, salut! salut!
' Pour rcmpl.icer cet air, on peut exécuter crescendo à l'orchestre, le ch<cur infernal de Robert le Diable, pcaduiit la danse bravante des matelots.
LE NAUFRAGE DE LA MEDUSE
TOUS
Salut ! salut !
DANIEL
Oh! le père la Ligne 1 c'est ce gueusard de Parisien l
LE PARISIEN
Silence, Champenois!.:. Pour lors... avant de procéder à la cérémonie pour laquelle j'arrive exprès du firmament, autrement dit de la calotte des cieux, j'ai à vous faire un petit discours soi- ^né et ficelé... Soyez tranquilles, je vois que vous êtes pressés d'en venir au fait, je serai bon garçon, et je tâcherai...
DANIEL
H tâchera de ne pas blaguer trop long-temps.
LE PARISIEN
Silence! Champenois!... Il n'est pas, mes enfans, que vous n'ayez entendu parler plus ou moins de la création du monde... A cette époque, le soleil, chargé par le Père éternel d'éclairer la terre, ne dut d'abord parcourir autour d'elle qu'une ligne droite... C'est ce que vous appelez l'équateur.
J' connais pas.
LE PARISIEN
Mais à peine avait-il une fois fait ce chemin, que de toutes parts on lui adressa des plaintes, des reproches, des réclamations et des pétitions.
DANIEL
Des pétitions au soleil...
LE PARISIEN
Silence, Champenois!... Personne n'était content; les uns avaient trop chaud, les autres grelottaient ! ici des jours sans nuit, là des nuits sans jour ; d'un côté on voyait trop clair, de l'autre on n''y voyait pas du tout... Alors le soleil trouva un moyen très-adroit de remédier à tout ça, de répartir également sa clairté et sa chaleur; pour lors, il inventa deux jumeaux qui sont les tropiques... en vertu desquels nous allons administrer à ce jeune Champenois...
DANIEL
Plaît-il ?
LE PARISIEN
Un baptême abondant pour le corps, et salutaire pour l'ame... moyennant quoi, mes enl'ans... deux millions de milliards de tonnerres dans le lit de tous vos ennemis, et les plus belles femmes des quatre parties du monde dans vos hamacs ; c'est ce que vous souhaite le père la Ligne et ma'me son épouse, qu'il a celui de vous présenter.
JEAN
Sacré nom! mes enfans, je %mi enchantée de faire votre connaissance.
Vive le père la Ligne et son épouse!
TOCS.
Vive le père la Ligne !
Des démons viennent se saisir de Daniel, cl le placent 3ur la cuve , qui est recouverte d'une planclic.
DANIEL
Qu'est-ce que vous me voulez, vous autres?... Mlons donc, pas de bêtises... Tiens, on a' est pas
mal là-dessus! {On enlève la 'planche, et il tombe dans la cuve. Daniel, tout inondé, relève la tête.) Ahl que c'est mauvais celle farce-là, Parisien !... Dieu! que vous êtes bête, père la Ligne!
LE PARISIEN
Silence, Champenois!... Tu fais serment d'être toute ta vie un bon et franc matelot?
DANIEL
Je le jure !
GRAINDESEL, dirigeant sur sa tête ta pompe à incendie.
Cric!
TOCS.
Crac !
A mesure qu'il prononce un serment, on le replonge dans la cuve, et toutes les fois qu'il relève la tête, la pomno à incendie,dirigéeparGraiadesel,p!ace'dans les liautbans, lui lance de l'eau à la figure, ou bien un matelot placé auprès de lui lui jette un seau d'eau sur la tête.
Tu jures de supporter en riant et en chantant les bourrasques, les tempêtes, les coups de sabre et les biscaïens, la faim, la soif et toute la sacrée séquelle des tribulations maritimes?
DANIEL
Je le jure !
GRAINDESEL.
Cric!
TOUS
Crac!
Même jeu de scène *.
LE PARISIEN
Tu fais serment de ne jamais faire la cour ni à la femme, ni à la maîtresse d'un matelot? DANIEL, allongeant tout le corps et une jambe hors de la cuve, et cherchant à s'échapper.
J'ai assez juré comme ça, j' n'en joue plus. [On le replonge et on l'inonde plus fort qne jamais.) Eh bien, si, je le jure... Parisien, père la Ligne, tout ce que vous voudrez, sacré père la Ligne, je le jure.
LE PARISIEN
A la bonne heure ! te v'ià suffisamment baptisé, et avant de passer à un autre, j'ordonne une réjouissance en ton honneur.
Daniel se trouve Lientôt entouré de tous les personnages, dieux, tritons, gendarmes, animaux, etc., qui exécutent une danse grotesque en répétant de toutes leurs forces le choeur du galop infernal. Vers la fin du cbant et de la danse, des éclairs brillent, et bientôt le ciel est tout en feu, on. entend un violent coup de tonnerre qui domine tout le bruit fait à bord du navire. La danse et la musique s'arrêtent tout-à-coup. Pierre et Artbui, tous deux pâles et dans la plus violente agitation, entrent, l'un par le fond, venant du dessous du navire, l'autre, par l'extrême gauche, venant de l'avant.
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