SCENE XI
Les Mêmes, PIERRE, ARTHUR.
PIERRE
Arrêtez, arrêtez! malheureux !... je l'avais prévu et l'on n'a pas voulu me croire; la frégate échoue !
* Celle scène est la reproduction fidèle du tableau de M. EiARD, le Baptême sous les tropiques, exposé au Louvre ea 1834>
ABTIIOn.
Oui, commandant, nous sommes perdus, les courans nous entraînent, et la vague nous roule sur des bancs de rochers.
Cri gênerai. Mouvement terrible de lout l'équipage. Les mâts se balancent de manière à indiquer un tangage très-prononce'. Dans uu moment, une partie des matelots iettent à la mer leurs déguisemens; les autres vont s'en débarrasser au debors, el-il ne reste bientôt plus aucune trace de mascarade. On revoit André au milieu des autres matelots. Pendant ce temps, le commandant a fait un signe à Matbieu, et de nouveau des pilotes sondent la mer.
Dix brasses! fond a. -ableî
LE COMMANDANT
Essayons de virer de bord... changeons de position,'et que notre énergie du moins répare les tristes effets de notre imprudence.
Il donne tout bas divers ordres à ceux qui l'entourent. PIERRK.
Je suis à vos ordres, monsieur; vous laisserez peut-être au passager le droit de mourir en cherchant à sauver l'équipage.
ANDRÉ
Siï brasses I sable partout ! eau trouble!
MATHIEU
Plus d'espérance 1 malheur ! malheur !
LE COMMANDANT, leporte-voix à la main Pare à virer !
La foudre éclate et vient frapper ie grand mât: une vernue se brise et menace de tomber sur la tête do Mûrie, qui vient de reparaître sur le pont, suivie de quelques passagers ; puis en tombant la vergue change de direction, el va écraser le commandant. Tous les personnages eu scène tombent à genoux, et lèvent les mains vers le ciel.
' MARIE
O mon Dieu ! pitié ! pitié, mon Dieu !
Pierre est "a genoux comme les autres.
ARTHUR, touchant le CiJiur du commandant, qui vient de tomber auprès de lui.
Mort! [Marchant à Pierre, el lui touchant légèrement l'épaule.) Monsieur, il n'y a plus que vous maintenar/t qui puissiez relever leur courage ; ma voix, ils ne l'entendraient pas... Tant que durera le péril, oublions, il le faut, notre haine et nos in-
jures; commandez-les à ma place, et je vous obéirai à mon tour comme le dernier des matelots.
JEAN et ANDRÉ.
Oui, Pierre! c'est lui qui est notre chef, c'est lui qui nous sauvera!
TOUS
Pierre ! Pierre I
PIERHE, se relevant avec énergie.
Ah! à moi doue, à moi !e commandement du navire!... Tous debout sur le pont, et chacun a son poste.. . Aide-toi, le ciel t'aiàtra.{Don7wnt avec énergie des ordres que répète Arthur, et qu'exécutent tous les matelots.) Sonnez la cloche!... tout le monde aux pompes!... Attention à gouverner, timonnier!... La barreau vent! Allons, enfans! en haut lesgabiers!... Laisse arriver!... Bon plein nord, et ne ralinguons pas !
MATHIEU, avec désespoir.
La barre est au vent, et le navire n'arrive pas ! tout est largue, et rien n'amène... rienl la frégate est perdue!
ARTHUR
Au lieu de trembler après avoir fait le mal, aidez-nous donc h le réparer, monsieur.
PIEt'.RE.
Que toutes les embarcations soient mises à là mer, la grande chaloupe, les canots... on sauvera d'abord les femmes, les enfans; puis les soldats de marine, les matelots ; puis enfin après tout, l'équipage, les officier». (On jette au dehors une chaloupe qui était amarrée contre le grand mât. Pierre remet Marie évanouie entre les mains d'André qui L'emmène; on fait partir les passagers par les bastimjages et de tous les côtés du navire. Mathieu va les suivrCy et déjà il a un pied hors de la frégate; Pierre le retient et le ramène vivement en scène.) Restez, monsieur, restez 1 vous êtes le chef des matelots, donnez l'exemple, et comme nous, attendez votre tour, attendez!
Kouveau coup de tonnerre. Cri général. Le navire corn menée à sombrer à l'cx-trémilé, et la poupe est près de disp.uailre. Pierre, un pistolet en main, lient toujours Mathieu en respect et l'empêche de fuir. La toile tonibe.
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