‹ Magasin théâtralChapitre 438 sur 1711 · LA COMTESSE, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, HÉLÈNE

HÉLÈNE, en habit de pensionnaire.

Ah! ma mère! ma mère!

LA CO.VITESSE

Remets-toi, mon enfant, et par ton émotion, •n'ajoute pas à celle que me cause cette entrevue. HÉLÈNE, avec bonheur.

Ah! qu'il y a long-temps!... Oh! vos mains, vos mains !

Elle les Laise à plusieurs reprises.

LA COMTESSE, vivement émue.

Mon Hélène chérie, combien je suis sensible à tes douces caresses! .. Mais retiens le charme que lu as pour m'atiendrir, car je serais faible, je pleurerais avec toi, et je suis venue, tu le sais, pour une affaire grave et sérieuse!

HÉLÈNE

Oh! ma mère, si généreuse, si dévouée, en vous voyant, en sentant vos bras autour de moi!... vos lèvres sur mon front, j'avais tout oublié; je n'avais plus qu'une pensée... manière... du bonheur par ma mère !...

L'ABBAYE DE CASTRO

LA COMTESSE, la faisant asseoir près d'elle sur un banc.

Eh bien ! s'il est vrai que tu m'aimes, prouvemoi-Ie donc aujourd'hui; tu le peux, Hélène, écoute-moi... Ton père, qui avait juré de ne plus te voir, ton père va venir !

HÉLfeKE, tremblante.

Mon pèrel

LA COMTESSE

Sa présence, n'est-ce pas toi qui l'as réclamée?

HÉLÈNE, caressante.

Oh! c'était pour avoir la vôtre, dont j'étais privée depuis si long-temps!

Songe, ma fille, que de celte entrevue solennelle va dépendre ton bonheur, le mien, notre repos à tous... Ton père est irrité; ton père est malheureux; il pleure tous les jours son fils bien aimé, un fils que ta funeste passion... HÉLÈNE, vivement.

Oh ! ma mère, ce n'est pas lui, je le jure î

LA COMTESSE

Je le crois, mon enfant; nous serions trop coupables, toi de l'aimer encore,- moi, de ne pas le maudire !

HÉLÈNE

Oh! ma mère! ma mère!

Elle sanglole dans ses ])ras.

LA COMTESSE

Hélène, ma fille, pourquoi donc nourrir encore de folies espérances?... Tu sais bien qu'à présent cet homme a fui l'Italie, qu'il n'y peut jamais reparaître?... lui-même par sa conduite ne t'a-t-il pas tracé la tienne? .. il a bien compris qu'à présent, tout était brisé entre vous, et jamais une lettre...

HÉLÈNE

Oh! c'est vrai! {Avec désespoir.) Et pourtant, il ne peut m'avoir oubliée, c'est impossible!

LA COMTESSE

Eh! malheureuse enfant, qu'espères-tu donc? je ne puis te le cacher , si aujourd'hui ton père te trouve rebelle à ses volontés, il est décidé à te faire prononcer des vœux!

HÉLÈNE, avec terreur.

Des vœux!... à moi, des voeux!... LA COMTESSE, Se levant.

Oui, des vœux éternels, irrévocables!... Hélène, songe donc, séparée de moi, de ta mère, toujours !.. par un cloître, où jamais personne n'a pénétré !.. Et sais-tu quelle est la femme qui commande dans cette abbaye de Castro?... la femme dont les volontés sont des lois, dont chaque arrêt souvent est un arrêt de mort?... c'est l'aïeule des Orsini!... des Orsini, dont tu repousses l'alliance... c'est l'àme, et comme le génie redoutable de cette puissante famille, dont, du fond de sa retraite, elle règle et dirige à son gré les plans ambitieux... Ohl malheur, malheur sur toi, ma fille, si, après un refus, qui se-

rait un outrage ponr sa famille et pour elle, tu tombais entre les mains de sa vengeance !

LVIDGI.

Monsieur le comte arrive à l'iastant au couvent de l'Ave-Maria.

LA COMTESSE

Lui!... déjà !...

LriDGI.

Il a demandé madame la supérieure!

LA COMTESSE, tremblante.

0 mon enfant, il n'y a plus à balancer. Ecoute, écoute ce que j'avais juré de ne jamais dire, et ce que la nécessité me force à te révéler. Tu sais que notre parente, avant d'être nommée, par le crédit de noire famille, supérieure de cette pieuse maison, était à l'abbaye de Castro?... Hé bien! elle y avait une amie, une amie d'enfance, qui osa braver l'abbesse souveraine... Trois jours après, un mal inconnu la saisit ; sous prétexte de lui prodiguer des soins, on la transporta dans une cellule écartée... l'infortunée! sa maladie fut bientôt mortelle; notre parente obtint de la veiller une nuit, la dernière de sa vie!... Agenouillée près de son lit de mort, elle priait en pleurant, lorsque tout-à-coup la malheureuse victime, recouvrant un éclair de force et de raison, pâle, amaigrie, dévorée par la souffrance, se tourna vers elle, et d'une voix dont l'agonie rendait les accens prophétiques : «Fuis, lui dit-elle, fuis les murs de ce cloître, car ces murs sont meurtriers! fuis cette cellule surtout, car celte cellule donne la mort ! »

HÉLÈNE

Grand Dieu !

LA COMTESSE

Juge, après cette affreuse révélation que je liens de notre parente elle-même, juge de mon effroi, en pensant que toi, mon Hélène, toi, mon enfant chéri...

HÉLÈNE, faisant un effort.

Eh bien! ma mère... eh bien! vous saurez tout.

LUiDGi, annonçant.

Monsieur le comte!

HÉLÈNE

Mon père !

LA COMTESSE

Silence I

Le Comte paraît : il est sombre et vêtu d'iiahits de deuil, Hélène court au-devant de lui et fléchit le genou.

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