‹ Magasin théâtralChapitre 589 sur 1711 · ARA' IDE · texte numérisé non relu

ARA' IDE

Et puis? chfr

Et puis j'ai vu déporter deux mille Suédois, et puis beaucoup de malheureux morts de la peste ou d'inanition.

ARVIDE.

Il paraît que c'est là-bas comme ici... Tu n'as vu que cela?

ÉRIC

J'ai vu aussi pendre et brûler un homme.

ARVIDE.

Et cet homme était un voleur?

ÉRIC

Non.

SEVERIN

il avait tué ?

ÉRIC

Non.

PIERRE

Qu'avaii-il donc fait?

ÉRIC

Il avait écrit.

ARVIDE.

Qu'avait-il écrit?

Je ne sais; tiens, si tu es plus curieux que moi, lis... {Il lui présente un petit livre.) Voici un exemplaire de son libelle prohibé.

ARVIDE, parcourant.

Voyons!... Oh! c'est cela, toujours des insultes au gouvernement du roi danois, {Lisant.) « Le » roi Christiern na pas conquis la Suède, il l'a » volée... » {Parlant.) Belle nouvelle! ( Lisant. ) « La conquête se fait par les armes, et non par » la trahison : il ne veut pas l'asservir, mais la » tuer. Malheur à toi, roi, qui, comme un meur- » trier tue un homme, tues un peuple ! malheur à » toi, peuple que la misère torture, affaiblit, que » la peste ravage librement sans redouter un seul » de tes efforts !... » Mais c'est un vrai sermon. PIERRE, se levant.

Continuez,

ARVIDE.

Cela vous intéresse, l'ouvrier? volontiers... {Il continue.) « Malheur à toi, peuple que l'on dé- » cime encore par la déportation, et qui n'as plus

CHRISTOPHE LE SUEDOIS

Il un battement, plus une pens(?e, plus un souvenir... » [Parlant.) Je vous le disais, c'est un prêche.

SEVERIN

C'est le portrait fidèle de ce peuple demi-mort, que l'on dit vouloir se soulever pour un prince Gustave que l'on nous fait chercher.

Mais il existe donc vraiment ce prince?

ARVIDE.

Il faut le croire, puisque des écrivains se dévouent à sa cause.

PIERRE

Mais comment a-t-on découvert l'écrivain ?

ÉRIC

11 a signé de son nom, voyez... [Lisant.) « Pe- » ters-Owell... »

SEVERIX.

Celui-là, sans doute, aimait mieux mourir par la corde que par la faim.

ARVIDE.

Adroit seulement celui qui sait éviter l'une et l'autre et qui peut s'endormir dans l'ivresse tandis que les autres ont faim. [Tapant de la main suri escarcelle d'Éric.) N'est-ce pas, Éric? ÉRIC, gaiement.

C'est pardieu bien mon avis.

ARVIDE.

Et si tu m'en crois, nous partirons de suite pour Hédémora; la nuit est triste et froide ici, et sitôt le jour, nous éveillerons l'aubergiste de l'abbaye.

ÉRIC

En route! [S'approchant de Pierre) Noussuivras-tu, Pierre?

PIERRE, avec intention.

Non, je reste.

Mais j'ai bien des choses à te dire.

PIERRE

Parle avant de partir.

ÉRIC, à Ârvide ci Severin.

Partez devant, compagnons, je vous auraibienlôt rejoints.

SEVERIN

Ne tarde pas, Éric, car sans toi nous sommes le corps sans lame.

ÉRIC

Dans un instant.

ARVIDE.

Tu nous le promets ?

ÉRIC

Voulez-vous une garantie?

ARVIDE

Laquelle?

ÉRIC

Mon escarcelle et mes florins.

SEVERIN, prenant vivement l'escarcelle.

Bien parlé! Viens Arvide. [BasàÀrvide.)Q\ie\ imbécile!

ARVIDE, bas Mon ami, c'est aux |)auvres d'esprit qu'appartient le royaume des cieux.

SEVERIN, bas.

Éric ira tout droit.

ARVIDE.

Ainsi soit-il!

Ils sorlcnl.

■\\w\w vvw

Page 1