‹ Magasin théâtralChapitre 593 sur 1711 · ANDRÉ, MARGUERITE · texte numérisé non relu

ANDRÉ, MARGUERITE

ANDRÉ

Oui, ma pauvre fille!. . tous ces malheurs n'arriveraient pas si Christophe était avec nous.

MARGUERITE

Et que ferait son travail? Mon père, aujourd'hui les bourgeois d'ilédémora sont si pauvres, qu'ils se servent eux mêmes.

ANDRÉ

Peut-être qu'en arrivant plus tôt j'aurais vendu mon bois, ( à part ) ne fût-ce que pour un morceau de pain. {Haut. ) Mais ma vieillesse s'affaisse sous le fardeau ; je me traîne , j'arrive trop lard; je supplie, j'attends... on me repousse; et quand, après une journée de fatigue et de vain espoir, je rentre ici, je n'ai pas même un morceau de pain à donner à ma lille.

MARGUERITE

Pierre va venir sans doute, comme tous les soirs.

Pierre!... oui, Pierre; et c'est là ce qui augmente encore mon mal,

MARGUERITE

Et pourquoi donc, mon père?

ANDRÉ

Pourquoi? parce que c'est humiliant pour moi devoir que, depuis un mois, c'est lui qui nous a nourris. Et quand pourrons-nous le lui rendre? Pierre, un étranger qu'il y a trois mois nous n'avions jamais vu , un ouvrier à qui nous prenons la moitié de la faible part que la famine accorde à chacun! Et pourtant il nous l'apporte généreusement, parce qu'il est bon, parce qu'il a compris sans doute que je suis un père incapable de nourrir mon enfant, et qu'il a pitié de toi .. [Arec désespoir. ) De la pitié!... ( Il s'assied prcs d'une

André, Marsuei ite.

table à droite.) A moins que ce ne soit de l'amour ; ce qui serait plus malheureux encore.

MARGUERITE

Il ne me l'a jamais dit.

ANDRÉ

Et quand il l'aimerait, il est si naturel de l'aimer ! et quand il te l'aurait dit, il en a presque le droit : il te fait vivre.

MARGUERITE

Mon père !...

ANDRÉ

Et c'est cruellement vrai, ma fille, et je n'ai pas encore pu lui refuser un jour.

Il faut refuser, mon père... la faim n'est pas une aussi grande souffrance que l'humiliation.

ANDRÉ

Refuser... mais quand?

MARGUERITE

Aujourd'hui... je ne me sens pas tourmentée par la faim; mais... mais... vous, mon père?

ANDRÉ

Oh ! ne pense pas à moi , et si tu dis vrai, Marguerite, permets que je refuse, et demain, dès le point du jour, j'irai te chercher du pain, dusséje en mendier... Permets que je refuse, Marguerite...

MARGUERITE

Oui, mon père, je ne veux plus rien accepter de lui; et d'ailleurs, à cette heure, il ne viendra plus sans doute ; il est très- tard. [Pierre paraît au fond.) Mon Dieu, le voici!

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