CHRISTOPHE, OLAUS
CHRISTOPHE
Que voulez- vous?
Je viens de te rendre un service, et je veux t'en demander un.
CHRISTOPHE
Je ne pourrais rien pour vous, moi ; il faut que je parte.
OLACS.
Oh ! je ne puis compter que sur toi, car il me faut le secours d'un Suédois. Moi, Danois, je ne puis dans ce pays me confier à aucun de ses enfans sans redouter sa rapide vengeance, si ce n'est à toi, qui viens de me tendre la main parce que nous avons été tous deux déportés; et je veux te donner , si tu veux me servir, l'occasion de faire ta fortune.
CHRISTOPHE
Je n'attends rien des hommes.
OLAUS
Pourtant si l'homme peut tout?
CHRISTOPHE
Il ne pourra jamais assez... Je pars en exil avec mon père.
OLAUS
J'aurai sa grâce.
CHRISTOPHE
C'est impossible.
Son crime ?
CHRISTOPHE
Aucun.
OLAUS
J'aurai justice alors.
CHRISTOPHE
Il faudrait pour cela la toute-puissance de Dieu.
OLAUS
Et si je deviens un dieu pour la Suède?
CHRISTOPHE,
Vous ! et comment ?
OLAUS
Quand tu traversais cette ville, as-tu vu passer un homme que la foule reconnaissante enveloppait dans ses cris d'enthousiasme et d'admiration?
CHRISTOPHE
Oui, je l'ai vu.
OLAUS
Eh bien, ces cris , ces acclamations , cette vénération, ce triomphe enfin, tout cela devrait m'appartenir.
CHRISTOPHE
A vous?
Oui , parce que c'est moi qui ai créé le livre divin dont Frédage , qui me croit mort, a osé se dire l'auteur.
CHRISTOPHE
Vous?... et qui êtes-vous donc?
OLAUS
Olaus Pétri.
CHRISTOPHE
L'ancien ministre ?
OLAUS
Lui-même,
CHRISTOPHE LE SUEDOIS
CHRISTOPHE, à part. ;
C'est lui qui a signé ma condamnation. (Haut.) Mais comment ce livre est-il en son pouvoir ? i
OLAUS. j
Il me l'a volé !
CHRISTOPHE
Volé! à vous? quand donc?
OLACS.
Il y a trois mois.
CHRISTOPHE
Et que ne l'avez-vous accusé de vol?
OLACS.
L'ai-je pu?... le voleur m'a fait traîtreusement déporter.
CHRISTOPHE
Ah! oui. ( A part. ) Comme moi. i
OLArS.
Comprends-tu maintenant quelle sera ma puissance?...'Et ton père et toi , pouvez m'aider à la conquérir. j
CHRISTOPHE. j
Et comment? |
OLAUS
Ceux qui m'ont vu tenter et accomplir secrè- \
tement cette grande œuvre ont été tués par la ;
peste ou la guerre, il vous suffira de déclarer '
que vous en avez été les témoins. i
CHRISTOPHE
Mon père et moi ?
OLACS.
Tous deux.
Mais Frédage pourra peut-être prouver le contraire.
OLAUS
Il sera tombé d'abord.
CHRISTOPHE
Et qui le renversera ?
OLAUS
Toi.
CHRISTOPHE
Moi?
OLAUS
Oui, en l'accusant d'un grand crime.
CHRISTOPHE
Que ne le faites-vous?
OLAUS
J'ai des raisons pour ne vouloir paraître à la cour que lorsqu'il en sera disparu.
CHRISTOPHE, à part.
Les deux voleurs se craignent. {Haut.) Mais de quoi l'accuserai-je ?
OLAUS
Tu l'accuseras d'avoir, il y a quinze ans, assassiné par le poison le sénateur Éricson Wasa.
CHRISTOPHE
D'avoir assassiné... Répétez, j'ai mal entendu...
Le sénateur Éricson Wasa, le père du régent Gustave.
CHRISTOPHE, rapidement.
Mais le sénateur Éricson Wasa a été tué par un capitaine infidèle.
OLAUS
Wolgann, n'est-ce pas?... Wolgann, condamné par des juges vendus au roi.
CHRISTOPHE
Je n'ai pas souvenance de son nom. .. mais personne pourtant n'a pu pénétrer dans le château qu'il gardait.
OLAUS
Si, car Wolgann avait un enfant malade...
CHRISTOPHE
Et alors?...
OLAUS
Il fit entrer un médecin de Bohème qui empoisonna traîtreusement la boisson préparée pour le sénateur.
CHRISTOPHE
Et ce médecin?
OLAUS
C'était Frédage.
Oh! VOUS dites cela, vous,.. Mais qui pourrait le prouver ?
OLAUS
Moi.
CHRISTOPHE
Vous?..: Mais vos preuves, quelles sont elles?...
OLAUS
Une lettre de Frédage dans laquelle il raconte au roi son succès criminel en demandant sa récompense.
CHRISTOPHE
Et cette lettre?... vous l'avez...
OLAUS
Je l'aurai.
CHRISTINE
Où la trouverez-vous?
OLAUS
A Stockholm... parrais des papiers secrets du roi.
CHRISTOPHE
Mais ces papiers doivent avoir été anéantis pendant cette révolution.
OLAUS
C'estimpossible, jeles ai jadis cachés moi-même dans un lieu secret et sûr.
Mais cette lettre accusatrice quand me la donnerez-vous ?
OLAUS
Dans deux jours, à Stockholm, place des Chevaliers, au lever du soleil.
CHRISTOPHE
J'y serai, monseigneur... Et alors, preuves en mains, je ferai tomber l'assassin. Bientôt mon père et moi viendrons attester vos travaux dans la montagne... et vous rentrerez au palais.
OLAUS, glorieux.
Avec une auréole de gloire, n'est-ce pas?
CHRISTOPHE
Bien méritée, monseigneur... bien méritée.
OLAUS
Et alors, je ferai faire justice à ton père.