LA COMTESSE, LONGUE-ÉPÉE
LONGUE-ÉPÉE S approchant. Vous m'avez fait appeler , madame ?
LA COMTESSE. Oui, dis-iiioi... Depuis combien de jours es-tu à Constantinopie ?
LONGUE-ÉPÉE. Depuis deux jtjurs.
LA COMTESSE. As-tu dcs amis dans ce palais ?
LONGUE-ÉPÉE. AuCUU.
LA C03ITESSE. Tu es bon chrétien ?
LONGUE-ÉPÉE. Chrétien!... je ne le suis pas, madame. Je n'ai pas eu de père ou de mère pour me porter enfant au prêtre et me faire baptiser. . .
LA COMTESSE. Mais tes parens?
LO\GUE-ÉPÉE. Je n'ai point de parens.
LA COMTESSE. Qui donc prit soin de ton enfance ?
LO\GUE-ÉPÉE. Je me souviens vaguement d'un coup de tonnerre qui frappa un vieux laboureur c|ui m'appelait le fils de la tempête , que seul alors je suivais des hordes de Patzinaces , pour ramasser à leur suite quelque reste de pain d'orge, et que, tout enfant , ils m'accueillirent dans leur tente... \oilà mes seuls souvenirs d'enfance.
LACOAITESSE. Sans mère pour t'aimer. ..
sans parens pour te plaindre... sans espoir, car la religion , c'est l'espoir.
LONGUE-ÉPÉE. Oh I jem'en suis faitune, madame; j'ai aussi ma Vierge , j'ai aussi mes saints.
LA COMTESSE. Et quels sont tes saints .'
LONGUE-ÉPÉE. Messaintssontles preux, les vaillans dont j'ai entendu raconter les exploits... les Robert, les Tancrède... Mes saints , madame, sont encore le comte de IMontfort, votre pèie, qui portait ime armuredegéant, et le braveHuguesde Montfort votre frère, qui mourut le dernier dans une citadelleqnil défendait aveccent hommes contre toute une armée... J'ai souvent évoqué leurs ombres au milieu du combat, et j'ai plus d'une fois, enivré de leur so;'. venir, décidé la victoire.
LA COMTESSE. Et pourquoi n'es-tu pas capitaine ?
LO.\GLE-ÈPÉr . Parce i|ueje ne suis pas chi l'tien ; j'ai pu gagner l'estime des chefs, mais jamais leur confiance.
LA cOMTESSi:. ^t si je l'accordais la mienne anjuurd hui ?
LONGliE-i:pÉE. Ello ne serait pas trompée, madame
LA COMTESSE. Si je te thaigPais d'une mission importante?
LONGUE-ÉPÉE. Je la remplirais fidèle-
LA COMTESSE. Ecoute : tu iras en grande hâte au monastèie de Galiaua. .. C'est la résidence du prince Alexis .. tu lui diras cfue l'empereur ordonne qu'il se revête de l habit d'un de ses gardes, qu'd entre seul à Constantinopie , à minuit , par la porte Orientale, et qu'il garde l'incognito jusqu'à ce qu'il soit dans l'intérieur de ce palais.
LONGUE-ÉPÉE. Je ne connais pas les chemins, madame : comment tiouver ce monastère?
LA COMTESSE. Dès quc tu seras sur l'hippodrome, regarde à l'occident : tu l'apercevras devant toi, de l'autre côté du
MAGASIN THKATRAL.
Bosphore... Son dôme est de bronze et ses
tours sont dorées Va par ce cljemin ,
pour éviter les regards.
LOXGUE-ÊiPÉi:. Merci à vous, madame, qui faites un lionMned'uu maudit!
LA COMTKSSF.. Tu seras muei pour tout le monde?
LONGUE-ÉrÉE. Comme la tombe.
LA COMTES.se, le suh'ant des yeux. Pauvre jeune homme! Ah ! je veux qu'il soit heureux !.. j'ai du bonheur à le voir, à l'entendre... c'est qu'il a l'âge qu'aïuait mon fils! ( Âperceuanl Agnès qui entre, ) Ah ! te voilà, ma fille!
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