SCÈNE X
CAMPBELL, entrant seul, agité.
Le duc Campbell! je suis duc, et comte
d'Oxford, et baron deTorn-IIill, et connétable d'Angleterre... Je viendrai après le roi, avant les princes; je marcherai entre la terre et le ciel... Mais ma fille! ma fille!... Oh! elle était perdue sans cela... perdue par sa faute... et mieux vaut une honte royalement habillée qu'une infamie toute nue... Pourtant... Oh! l'ambition , le remords, la joie , le désespoir... Oh ! je suis fou... la tête me tourne... je ne puis ni vivre avec cela ni vivre sans cela... Que faire , ô mon Dieu ! Qu'est cela ? ( L prend la lettre. ) u Ce matin... neuf heures... je serai seule... Ne laisseï entrer que vous... » Folle! qui croit que je l'ai;me encore... Dans une heure elle aura pour réponse un ordre de déportation que je lui ferai porter par un constable... Qu'ai-je entendu? le roi! — Non. — Je tremble... Il me semble à chaque instant voir arriver cet homme pour me prendre ma fille sous mes yeux... Horreur ! — Je ne sais que devenir. — Ah! si je voyais ma fille... peut-être qu'à sa vue mon ame se calmerait et qu'une résolution me viendrait. — Holà, Peters! Peters! (Peters entre.) Priez miss Clary de se rendre ici.
PETERS
Milord, miss Clary est sortie.
CAMPBELL
Encore sortie!... seule?
PETERS
Non, milord, avec le lord Glenarvon.
CAMPBELL
Glenarvon! mille malédictions!... toujours ce nom! toujours cette famille!... Il l'aura emmenée dans son hôtel» sans doute... mais c'est une proie qu'il ne gardera pas long-temps. (U prend son chapeau.) Ah! la lettre! (Il la ramasse.) Cela m'ouvrira toutes les portes... Ah! milady Glenarvon ! tu avais raison ; il était écrit que j'irais à ton rendez-vous.
( Il fait quelques pas.) PETERS.
Milord , vous allez à l'hôtel Glenarvon?
CAMPBELL
Oui. .
PETERS
Seul?
CAMPBELL
Oui... eh bien ?
PETERS
Permettez-moi, milord , de prendre ma grande épée à deux mains et de vous sui\Te.
CAMPBELL
Merci ; c'est inutile.
PETERS
Milord, ces gens-là vous joueront quelque mauvais tour.
CAMPIlELL.
Ils n'oseraient; sois tranquille.