SCENE III
SFORCE, seul.
Je vais donc avoir l'épée de connétable... je ne m'en battrai pas mieux... mais ce n'est plus en campagne que sont maintenant mes champs de bataille. .. c'est avec ie sacrifice de ma liberté que je l'achète pourtant, cette épée , c'est cher... La jeune fille est bel le, du moins à ce que j'ai cru voir, car je ne l'ai pas beaucoup remarquée. Il n'importe, c'est bien cher!... surtout pour n'être que connétable. Car, dût cette di gnité suffire à mon ambition, elle ne satisferait pas mes condottieri , mes impatiens compagnons de fortune , à qui j'ai promis ma grandeur future pour prix de leurs fatigues et de leurs pèlerinages guerriers. J'ai donné à ces aventuriers mercenaires toutes les jouissances de la victoire : j'ai livré à leurs pillages des cités opulentes ; mais ce n'est plus la richesse qu'ils me demandent , ce n'est plus la gloire, c'est une patrie. Ils déserteraient tôt ou tard un chef qu'ils ne pourraient changer en roi. Il faut donc que l'armée de Sforce, cet empire errant, ce peuple de combat, cette nation de passage et de hasard, se naturalise par la conquête dans quelque territoire dont elle aura d'abord servi les maîtres en esclaves. En attendant, il faut acheter l'épée de connétable à quelque prix que ce soit.
Cette dignité est un premier échelon
(Apercevant Marina.) Le chancelier?... lui parleiai-jede ma nomination prochaine?...
Je n'ose... Fabrizio s'est réservé de me servir d'intermédiaire aui)rès de la nouvelle reine que je ne connais pas ; il m'a cent fois répété qu'en me mêlant moimême de cette affaire, je l'entraverais... Potuqiioi le croire? si j'avais eu de
MAGASLN THEATRAL.
ces liinidités-là, serais-je maintenant capitaine de condottieri I... Allons donc! pas de faiblesse!... plus on ose, moins on risque. D'ailleurs le chancelier doit être le plus franc des hommes : tout le monde à la cour en dit du mal. {Haut.) Chancelier