‹ Magasin théâtralChapitre 820 sur 1711 · MARINO, SFORCE · texte numérisé non relu

MARINO, SFORCE

MAUIXO. Capitaine...

SFOïiCE. Excusez -moi ; quoique peu connu de votre seigneurie , les services que j'ai rendus au roi Ladislas enhardissent à vous aborder un officier, perdudans celte cour nouvelle ou il est étranger !

MARINO. Qui a parlé si bien aux ennemis de nos rois, a bien droit de parler à leurs amis... Je vous écoute.

SFOiiCE. J'avais chargé le marquis Fabrizio Malacarne d'une demande auprès de vous... Mes prétentions au titre de connétable ont été transmises à la reine, grâce à lui qui les a fait valoir.

M.\,niivo. Grâce à lui!... mais croyezvous que la reine Jeanne ait besoin d'un fie ses courtisans pour apprécier le mérite d'un de ses capitaines? Dieu merci!

elle qui porte avec une si mâle énergie le fardeau de la couronne n'avait pas attendu les sollicitations du protonotaire pour assigner dans sa pensée cette récompense à vos services !

SFORCE , à part. Et lui qui m'avait fait accroire que son crédit seul... Ah! mon pauvre Sforce , dans les guerres de cour

tu n'es encore qu'une mauvaise recrue

[Haut.) Ainsi le marquis Fabrizio n'est pas le seul auteur de ma nomination, si je l'obtiens }

MvuiNO. Capitaine, je ne suis ministre que depuis l'avènement de la reine Jeanne, qui était comme une fille pour mon amour avant de devenir ma souveraine, et que j'ai toujours suivie, malgré mon âge... même dans sa grandeur. J'étais auparavant magistrat, et je n'ai accepté mes fonctions nouvelles que pour appliquer la justice du magistrat à la politique du ministre. Cette ligne de conduite m'a déjà valu la haine mortelle du conseil d'état, et , je crois , de tout ce qui n'est pas le peuple et la reine. Il n'importe, j'y persisterai. Jugez maintenant si j'aurais fait à un solliciteur la concession du choix d'un connétable, si j'aurais prostitué à la faveur cette épée glorieuse qui porte le salut de l'état au bout de sa lame et qui en ren-

ferme ia tranquillité au fond de son fourreau !...

SFORCE. Et moi qui achetais au prix de ma liberté... Ah! je ne me pardonnerai jamais nron innocence.

MARixO. Mais attendez... vous me rappelez une promesse dont le souvenir m'était échappé. Le marquis Fabrizio INIalacarne m'avait en effet demandé de lui laisser le droit exclusif de vous annoncer cette bonne nouvelle... Il s'était fondé, en le réclamant, sur l'intérêt qu'il vous portait, sur les liens de famille qui bientôt, disait-il, devaient vous unir ce qui

m'avait étonné. La nièce du protonotaire est recherchée depuis long-temps par un jeune gentilhomme qu'elle aime, et je croyais cette union approuvée du tuteur, comme elle l'est de tous. Je ne crois pas , du reste, que mon oubli involontaire puisse avoir le moindre inconvénient.

SFORCE. Au contraire , seigneur chancelier, et je ne puis vous dire quel service vous me rendez .. ( A part. ) Eh bien! le marquis Fabrizio se faisait payer un peu cher par moi le droit de message. [Haut.) L'un des plus fidèles serviteurs de la reine est donc aujourd'hui son connétable?

MARINO. Vous pouvez m'en croire! et mieux encore, prenez ce titre, rendezvous à la chancellerie; l'épée vous sera remise dès ce soir pour paraître devant la reine.

SFORCE. Ma nomination!..., ( y^ />ar/.) Quel malheur de ne pas savoir lire!..

( Marino remonte la scène. ) Sforce, lorsque, poiu- consulter le sort , lu as jeté ta cognée dans l'arbre de Cotignola , ce n'est point le hasard qui l'y a retenue , c'est la destinée. Il y avait dans le tranchant de cette cognée de quoi forger mieux qu'une épée de connétable... Oui... oui... la couronne d'Italie est une couronne de fer... Espérance!...

Il sort par la gauclic.

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