‹ Magasin théâtralChapitre 831 sur 1711 · SCENE lU · texte numérisé non relu

SCENE lU

ALTAVILLA, ?dARINO, JEANNE, une

lettre à la main; Seigneurs au fond.

JEANNE , lisant. « Si la reine vourait » monter aujourd'hui sur une de ses ga- » lères pour jouir de la beauté du jour >» sur le golfe de Naples , et permettre au » plus humble et au plus dévoué de ses » sujets de l'y accompagner, elle rendrait » bien reconnaissant d'un tel honneur le » comte Lorenzo. » Allons! enfin... il y avait pi'ès d'un jour entier que je ne l'avais vu ; mais cette lettre que m'a remise Matteo prouve qu'il pense à moi. {Au major^ dôme.) <)uo la galère soit prête dans un , quart d'heure...

MARiiVO. Eli bien ! madame, vous avez reçu l'ambassadeur d'Aragon?.... quel a éié le résultat de cette audience?., sans doute, vous avez continué à le ménager? et avez-vousreçula réponse dii Saint-Père?

JEANNE. Vous saurez tout quand nous seions seuls... Pourquoi tous ces gentilsliommes rassemblés?

!\îARi\'0. Ils veulentvous exprimer leurs craintes pour tous nos intérêts, pour les vôtres, et déposer à vos pieds de respectueuses réclamations, que tous jugent nécessaires au salut du royaume... La reine nous pardonnera de lui répéter encore que peut-être sa vigilance, sa sollicitude infatigable, son énergie, si rare dans son sexe, ne suffisent pas aux exigences du pays et aux besoins de la couronne ! Nous ne nous croirons donc pas trop hardis en demandant de nouveauà Votre Altesse que parmi les nobles princes qui recherchent sa main... elle veuille en choisir un pour l'associer à son pouvoir.

JEANNE. Encore des remontrances après des murmures... toujours la même leçon q u'on veut me faire sous toutes les formes. . . On croit donc ma patience bien longue... voilà cependant assez de temps qu'on en use...

MARixo. Madame, excusez notre témériié; mais votre noblesse, votre peuple entier demandent une réponse... veuillez la leur donner.

.îE.VNNE. Cliancelier, avez-vous enfin scellé le litre qui élève le comte Lortnzo à la dignité de camerlingue du palais?

niABiNO. Quoi! madame, non contente de l'avoir fait comte, vous persistez , mal- {\ié nos prières, à confier cette importante fonction à un officier si jeune, et dont l'élévation subite a soulevé tant de haine I

JEANNE. Ail! silence sur ce point!...

Chancelier... j'ai pu tolérer jusqu'à un certain degré l'imprudente leçon que la noblesse est venue me faire par votre voix ; mais que je laisse attaquer devant moi mon j)lus fidèle serviteur... oh! ne l'espérez pas.

MARINO. I\Iais vous savez, madame, que ce nom fatal a été mêlé justement à tous les malheurs du royaume. Déjà plus j d'une sanglante émeute a protesté con- i tre le pouvoir que vous accordez à ce gen- 1 tilhomme. La Calabre s'est révoltée , le mal gagne jusqu'au cœur du royaiune, Naples s'agite à son tour et ne demande peut-être qu'un prétexte... Voulez-vous le donner au peuple en lui jetant pour signal

cette nomination qu'il proscrivait d'avance?

JEANNE. Croyez-vous m'effrayer, chancelier? et dussent vos craintes être fondées, croyez-vous que Jeanne de Duras recule devant une révolte, elle qui fut élevée au bruit des armes? Ce bruit ne me rappellerait pas que je suis femme, il me ferait souvenir que je suis la sœur d'un héros. Vne dernière fois, chancelier, voulez-voussavoir comment ma dignité protège contre l'envie les serviteurs qui m'ont vaillamment défendue? voidez-vous savoir jusqu'à quel point votre résistance est insensée? Cet officier, auquel vous vous attaquez en ce moment, l'ambassadeur du roi d'Aragon semblait l'avoir désigné devant moi dans une insulte. J'ai laissé a l'ambassadeur du roi d'Aragon deux heures pour

sortir de Naples C'est la guerre?....

j'aurai la guerre! Cet officier, auquel vous vous attaquez en ce moment, le Saint-Père qui croit avoir en lui un ennemi , me demande son exil, ou sur-le-champ il doit mettre Naples en interdit, et ofirir ma couronne à qui voudra la prendre; ehbien! Naples sera mis en interdit, et la couronne offerte à qui voudra la prendre ; mais jusque-là je la porterai sans plier.

îiAuiNO. Que de malheurs! Dieu veille sur nous!

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