‹ Magasin théâtralChapitre 858 sur 1711 · JEANNE, LE MAJ0RD03IE · texte numérisé non relu

JEANNE, LE MAJ0RD03IE

LE MAJORDOME. Madame, le comte Lorenzo était parti ; on court sur ses traces.

JEANNE. Et vous n'avcz rien trouvé chez lui?...

MAGASIN THEATHAL.

LE MAJORDOME. Nous avoiîs visité son appartement, et enfin nous avons découvert ces lettres dans une cassette que nous aV'Ons brisée.

JEANNE. Des lettres... Enfin elles vont 8ue révéler l'infâme qui était sa complice, -sa maîtresse, sans doute. Grand Dieu!... «is lettres, ce sont les miennes, et ces liomuies les ont vues. Honte et opprobre!...

LE !\1AJ0RD0ME, lui remetlant une autre lettre. 3IadameI... enfin une preuve décisive!... on vient d'arrêter un paysan qui portait un message au comte Lorenzo, et qui, ignorant sans doute sa fuite prématurée, rôdait autour du palais pour accomplir sa mission... Voici l'écrit qu'il portait.

JEANNE. Donnez... donnez... {^Lisant.) « Cher Lorenzo, quelque précieux que M soient les momens... il est un devoir » que tu dois accomplir, puisque je n'ai »> pu le faire; un devoir dont l'oubli nous »> maudirait, si j'en crois mes pressenti- » mens... Entre dans le cimetière qui est » aux portes de la ville , et fais une prièi-e » sur la tombe de mon oncle Fabrizio, qui » est mort de la douleur de ma perte après » l'avoir causée ; cette œuvre pieuse nous » méritera sans doute le bonheur qu'es- " père avec toi celle qui t'attend.

» Francesca. »

Francesca!... se peut-il! est-ce un rêve?... N'est-ce pas assez des vivans pour me trahir ? faut-il que les perfidies sortent pour moi de la tombe ! Mais elles y rentreront, je le jure. Oui, j'ai paru imiter les fautes de Jeanne I'*, j'imiterai ses crimes, puisqu'on m'y force... Oui , ce palais fut le témoin de bien des meurtres, dont il se souvient encore. .. Terribles confidences qu'il a gardées, et dont il fait pour moi des inspirations aujourd'hui.

C'est ici que fut étranglé André de Hongrie avec le lacet que sa femme avait tissu elle-même. C'est ici que fut ordonnée la mort de Jeanne I", qui avait tué André :1e Hongrie. C'est ici que fut égorgé Charles de Duras, qui avait assassiné Jeanne I"^®. De tant de formidables exécutions, il est resté dans ces murailles comme une odeur de sang ! Dieu m'assiste!... je crois qu'elle me porte à la tète aujourd'hui !

Le majordome entre.

LE MAJOnoOME. Madame ! je vous annonce avec douleur que le comte Lorenzo est sorti de la ville par la porte de Pouzzole.

JEANNE. C'est impossible; d'après l'édit proclamé, ni lui ni aucun autre ne pou-

vaient sortir qu'avec un ordre scellé du grand sceau de l'état.

LE MAJORDOME. H était accompagné d'un inconnu qui portait un de ces ordres dans toutes les règles. L'officier qui commandait à la porte de Pouzzole a dû le reconnaître pour valable.

JEANNE. Misérable Lorenzo! il a profité de l'accès facile qu'il avait dans le palais pour se servir frauduleusement des sceaux de l'état. Ah ! ce dernier crime anéantit à jamais sa grâce. Mais on peut le poursuivre, le retrouver encore. A moi!... à moi!... à moi!... le chancelier. .. le connétable... le conseil d'état... Majordome, que tous mes dignitaires se rassemblent... Il y a trahison dans Naples, il faut qu'il y ait châtiment.

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