‹ Magasin théâtralChapitre 981 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

FLAVV, BfARIE, pâle et é<jarCe.

FLAVY, û pari.

Comme elle est pâle!

MARIB.

Me voici, monseigneur,

Marie, est-ce que vohs souffrez?

MARIE , s'cvertuant.

Moi? non, monseigneur.

l'LAVV, désifjuanl la fenêtre de droite. Cette fenêtre... l'air de la nuit...

11 va puui la ïiitnst,

MARIB , vivement.

Il me ranime au contraire, monseigneur.

FLAVV, fermant celle de gauche.

Je puis fermer celle-ci.

Il !a ferme.

MARIB, à part, jetant un coup d' œil sur le trousseau de clefs.

D'Orbendas le veut : c'est Dieu pour moi. J'aurai la force de triompher de ma terreur. FLAVT, s'avançanl.

Marie!...

MARIB.

Monseigneur?

FLAVT.

Dans quelques heures l'ennemi m'attend ; je partirai, je vous quitterai, peut-être pour ne plus vous revoir 1

MARIE

Pourquoi ce pressentiment, monseigneur ?

FLAVT.

Marie, si vous m'aimiez, si vous consentiez à me donner une légère preuve de cet amour, oh ! alors, je le sens, je reviendrais sain et sauf de la bataille; je vivrais pour vous.

MARIE, à part.

Oh! mon courage! mon courage!

FLAVV.

Eh bien! vous ne répondez pas?

MARIE, cherchant un ton dégagé.

Doit-on parler d'amour d'une façon aussi sérieuse?

FLAVT.

Quoi!

MARIE

Doit-on, pour plaire, se préoccuper de sinistres idées ?

FLAVT.

Que voulez-vous dire?

MARIE

Qu'au lieu de craindre une défaite , demain, vous devez espérer une victoire, et passer le temps d'ici là, comme la veille d'un triomphe, joyeusement.

FLAVT, i' a7ii\HaB!sm Eh bien! oui, plus de pensées ie guerre, de bataille ; plus de Français, plus d'Ajiglais. Qu'il n'y ait ici qu'un homme passionné, une femme jeune et belle, et l'amour entre eux deux, rien de plus, ici, jusqu'à demain... je vous aime.

HAiiit:, avec douceur.

Je vous aime aussi, monseigneur.

D'amour?

BIARIE.

Parlons d'autre chose.

FLAVV.

D'autre chose ?

MARIE, prenant le trousseau.

N'importe laquelle, pour attendre le jour. 11 est bien étonnant, monseigneur, que ce manoir de MoutlouYter ait autant de portes.

LJie di-'po9c U troaMsiu,

LE MANOIR DE MONTLOUVIER

FLAVV.

Anssi l'appelle- 1 -on Montlouvier aux cent portes, comme Thèbes.

MARIE

Il faut avoir l'habitude pour s'y reconnaître.

FLAVV, à part.

C'est une enfant! [Haut. ) Laissons cela, Marie; un baiser sur votre main?

MARIE

Non, monseigneur.

FLAVY, souriant.

Si je l'exigeais, cependant I

Exiger? non. Supplier, à la bonne heure.

FLAVY

Eh bien! je vous supplie, Marie.

MARIE , à pan.

Gagnons du temps, (ffaut.) Je suis trop bonne; mais j'aime mieux m'en rapporter au hasard que de rendre ma volonté complice de ma faiblesse, en vous accordant ce que vous demandez. FLAVY, à part, avec regret.

Elle faiblit! [Haut.) Quelle est votre pensée?

MARIE

Je connais le nom de toutes les portes du manoir, et je n'ai jamais vu ces clefs.

Elle reprend le trousseau.

FLAVY

Eh bien?

MARIE

Convenons, monseigneur, que, toutes les fois qu'une clef désignée par moi, ne sera pas celle de la porte que j'aurai nommée en même temps, vous gagnerez la faveur d'un baiser. ( Elle montre sa tnaiti.) Et qu'au contraire, vous n'aurez rien, toutes les fois que je rencontrerai juste.

FLAVV.

Vous me faites beau jeu. ( A part. ) Mon illusion s'en va; l'homme du passé se réveille 1

MARIE, montrant une clef et la détachant du trousseau.

Porle franche.

FLAVV, lui baisant la main.

Non. porte royale.

MARIE, déposant cette clef sur la table et en disi-

gnnni une autre dans le trousseau, et ainsi de

suite.

Ah çà, monseigneur, vous y mettrez de la bonne foi?

FLAVY

Oui, oui. [A part.) Pas si dupe.

MARIE

V^otrc parole de gentilhomme?

FLAVY

Quoil tu veux?

MARIE

Sans cela, plus de jeu.

FLAVY

Je te la donne. {A part.) Je suis pris.

MARIE, montrant une clef.

Porte de Bourgogne?

FLAVV.

j'ai perdu*

MARIE

Porte du Bois.

J'ai du malheur.

MARIE

Portedu Pape.

FLAVY

Non, porte du Diable.

Il tui Laisn la main.

H IRIE.

Porte des Cygnes. ( Flavy va pour lui prendre la main. Marie répète. ) Porte des Cygnes? FLAVY, s' abstenant et reculant.

Oui, oui, c'est juste.

MARIE

Porte des Archers.

FLAVY

Non, non, porte du donjon d* l'Aigle.

MARIE, très-emue, tendant la main.

Prenez-en deux, monseigneur, pour avoir attendu. (Continuant.) Porte...

FLAVY

Non, arrêtez.

MARIE

Ce jeu-là vous ennuie.

FLAVV, ardent.

Il me brûle, il m'enQarame; il me remplit le cœur de raille désirs.

MARIE, à part.

Mon Dieu! mon Dieu!

Voyez, Marie : la nuit est sombre, nous sommes seuls. Le silence règne partout.

MARIE, désignant la porte d'entrée n gauche.

Excepté dans cette galerie, où j'entends les pas d'une sentinelle.

FLAVY, allant à la porte.

Si ce n'est que cela... [A lu sentinelle.) Senti-, nelle , rentrez dans votre quartier, rejoignez vos camarades.

MARIE, G part.

Cette clef ouvre la porte qui est au bas de cet escalier.

Elle désigne le fond. Tandis que Flavy esl allcj parler à la senlinellc, Marie a vivement diitaclie la clef dudonjon de l'Aigle, et l'a jetée par la fenêtre de droite.

FLAVY, revenant.

Plus d'indiscret témoin, plus aucun bruit qui arrive à notre oreille, que celui de nos paroles d'amour.

MARIE

Je me retire, monseigneur; à demain.

FLAVY

Demain , guerre et alarmes I cette nuit , bonheur et plaisir I

Il la regarde avec passion.

MARIE

Ah! monseigneur, détournez de moi ces regards : ils me troublent, ils me font peur... Je s lis épouvantée...

tpouvanlce? pourquoi?

MARIE

C'est qu'il me semble que la courtoisie veut qu'un gentilhomme tempère l'ardeur de ses regards devant une femme tremblante, et ne se présente pas à elle avec ces instrumens de combat qui intimideraient la plus résolue.

Elle désigne Tëpe'e et le poignard de Flavy. FLAVY.

Je suis sans armes; les voici.

Il les donne à Marie.

MARIE, les prenant et sur le point de les déposer sur la table.

Trop près de nous encore. Leur aspect rappelle des souvenirs de puissance et de force , et monseigneur, je pense, ne veut pas être ici un maître

qui commande?

FLAVY, galant.

Un esclave qui obéit.

MARIE , désignant sa chambre.

Je vais les porter là. [Flamj sourit à Marie, et lui fait signe qu'il consent. A part.) Oh! il est temps qu'on vienne à mon aide !

Elle entre dans sa chambre.

FLAVT, à la fenêtre de droite. Le jour bientôt va paraître, et un signal de bataille peut se faire entendre d'un moment à l'autre.

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