SCÈNE IV
JEAN-BAPTISTE, CATHEPJNE, arrivant par le fond.
JE as-Baptiste. Entrez, Catherine... entrez... vous voilà dans l'asile où je devais vous conduire... vous y serez en sûreté, j'espère.
Il la fait asseoir à droite.
Catherine. Mais, Madeleine... où donc est-elle?... elle ne nous a pas suivis...
JEAN-bapïiste. Elle est restée là-bas à l'entrée , avec Mathieu Libois ; je vais les prévenir. . .
Il va vers la porte.
Catherine, qui a jeté les yeux autour d'elle. Ociel!... où suis-je!... où m'avezvous amenée. . . Jean-Baptiste ?. . .
Jean-Baptiste, revenant. Ou'avez-vous donc ?. . .
Catherine , dans le plus grand trouble. Ce salon... ce parc. .. je les reconnais... voilà la porte qui s'est refermée sur moi... voici le panneau qui s'est ouvert... Jean-Baptiste fuyons... fuyons, je vous en supplie... le lieu de mon déshonneur ne peut être celui de mon refuge...
jean-baptiste. Vous resterez, Catherine, il le faut.
^ Catherine. Mais, pour me parler ainsi, c'est donc que vous doutez de la certitude ! de mes souvenirs... Croyez-moi, mon ami, nous sommes ici chez l'auteur de tous nos ' maux.
jean-baptiste. Vous êtes chez celui que ! je nommais mon frère. . . vous êtes chez votre époux , Catherine.
CATHERINE. Que dites vous?
jean-baptiste. La vérité... car le cou- i pable se repent, et c'est pour réparer sa j aute qu'il m'a ordonné lui-même de vous amener ici... Voici sa lettre.
Il la lui montre.
D'Orvilliers, de Marans. I
Catherine. Moi. . . je serais sa femme ! jean-baptiste. C'est moi qui ai décidé ce mariage... ne vous en effrayez pas... vous serez heureuse ; car si le vicomte a eu des torts , c'est la faute de ce monde dans lequel il a vécu ; mais son cœur n'y était pour rien... je le connais au fond, c'est un honnête homme... ce qu'il fait aujourd'hui le prouve bien... aussi, au nom de cette amitié dont vous m'avez donné tant de preuves , il faut me promettre de ne pas le repousser.
Catherine. Ce que vous me demandez est au-dessus de mes forces.
jean-baptiste. Si, Catherine, vous aurez le courage de l'accomplir cette union qui va donner à votre fils un nom plus noble, plus beau que le mien... le nom de son pète... C'est un adieu éternel qu'il faut nous dire... Après ce qui s'e-t passé aujourd'hui à Saint- Germain, entre le vicomte et moi, vous ne pouvez plus hésiter. . . Je ne suis qu'un pauvreouvrier qui ne peut plus rien pour vous... avec lui la fortune, la considération ; avec moi, la pauvreté, la honte...
CATHERINE, vivement. Eh bien, je choisis la pauvreté... je choisis la honte...
jean-baptiste. Choisir !... Catherine, vous n'en avez pas le droit... et votre enfant...
Catherine. Ecoutez-moi, Jean-Baptiste:
autrefois, quand je paraissais fière, orgueilleuse, insensible, j'aimais cependant... j'aimais un être que je croyais inconnu , mais dont l'amour s'était révélé à moi par tant de délicatesse que, malgré ma volonté même, mon cœur lui appartenait déjà; et plus tard, quand je vous ai vu si généreux dans mon malheur... si dévoué dans mon infortune, cet amour est devenu un culte, de la vénération, de l'idolâtrie!
jean-baptiste. Oh! ne me dites pas cela, Catherine, oubliez qui je suis... somenezvous que vous allez être vicomtesse d'Orvil tiers.
CATHEBINE. Ne me donnez pas ce titre, il ne m'appartiendra jamais... Vous me menacez de la honte avec vous; mais il n'y a pas de honte à aimer le plus généreux des hommes; il n'y pas de honte à consacrer sa vie à celui qui s'est dévoué pour nous.
Air du Gondolier.
Et puis que m'importe le blâme,
Et le monde et l'honneur ?
Je n'entends que mon cœur.
D'un autre, ah! puis-je être la femme.)
C'est trahir mon époux,
Car je suis toute à vous.
Ici, d'Orvilliers parait au fond.
Que le déshonneur m'accompagne.
Je le subirai sans regrets,
Uti
Si, moi, la sœur et ta compagne, Je puis De te quitter jamais.
Pour moi Tu donnais tout sans cesse; Ta tendresse Est ma loi, Je donne tout pour toi !
JEAN-BAPTISTE. Non, Catherine, je ne veux pas, je ne peux accepter...
CATHERINE. Oh! mon Dieu!... il me repousse...
d'orvilliers, à part. La force m'a manquée pour parler... j'ai écrit.
JEAN -BAPTISTE, apercevant d'Orvilliers.
Ah ! vous !
d'orvilliers, à voix basse. Silence... j'ai tout entendu... laisse-moi seul avec elle.
jean-raptiste. Et vous tiendrez votre promesse ?
d'orvilliep.s. Je l'ai juré par notre mère, laisse-nous, mon ami.
JEAN-BAPTISTE. Adieu, monsieur le \icomte.
D'ORVJLUERS , lui prenant la main.
Adieu... non pas... au revoir, frère.
Jean-Baptiste sort.