SCÈNE VI
NAPOLÉON, COLA1NCOURT.
Eh bien?..
CAULAINCOUBT.
Sire, je suis venu en toute hâte de Châtillou, et me voilà prêt à y retourner.., J'ai donné aut membres du congrès un prête (te plausible de mon absence...
NAPOLÉON
Et moi, j'ai voulu vous voir en secret .. Maintenant, mes moindres démarches sont épiées, interprétées, on les commente, et les esprits mal intentionnés pourraient en tirer parti... On a les yeux ouverts sur ces négociations auxquelles vous prenez part... Si elles tournent bien , tant mieux , si elles échouent , je ne veux pas qu'on s'en serve pour juger ma conduite... On dirait, en vérité, que ma pui— sance s'ébranle, puisqu'on ose y porter un regard investigateur... Où en sommos-noii* ?. .
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C M l. klHCOl RT.
Sire, les alliés ne veillent entendre à aucune concession...
NAPOLÉON
Comment!., se croient-ils donc déjà maîtres de Paris?..
CAt LAINCOURT,
Ils espèrent v entrer...
NAPOLÉON
Comme on entre dans un volcan, n'est-ce pas?., ainsi flonc, ils ne renoncent pas aux conditions humiliantes qu'ils osaient me proposer?..
CAULAINCOURT
Non, Sire,
NVPOLKON.
Je me lie à vous pour être assort que vous avez tenu an langage digne de ia France, digne de vous, digne de moi !..
CAULAINCOURT
Oui, Sire, c'est le langage que j'ai tenu... NAPOLÉON,
Et ils veulent que je fasse rentrer dans ses limites de 80 cet Empire qui s'est étendu des bords du Tibre aux rivages du Zuyderzée!..
CAULAINCOURT
Oui, Sire...
napoléo:..
Mais, c'est me prepesernne lâcheté, une in- • famie !.. Comment ! j ai hérité de la France républicaine; j'ai agrandi son territoire, et j'irais aujourd'hui consentir à ce qu'on attente à sa grandeur!.. Je laisserais mettre toutes nos victoires, toutes nos conquêtes de vingt-cinq ans dans un des bassins de la balance, et je les verrai enlever par l'épée de ses ennemis accoutumés à la défaite, habitués à trembler devant nous!.. Ce n'est pas un Russe, ce n'est pas un Anglais qui disait jadis : Malheur aux vaincus!..
CAULAINCOU.n.T.
Sire, cette campagne de France vous l'avez illustrée par des prodiges de génie... Brienne, Craonne, Montmirail, sont des noms qui ne périront pas... Vous pouvez tout sauver... Mais, les souverains alliés foulent le sol de la patrie, ils avancent vers la capitale ; c'est à la frontière qu'il fallait les arrêter, ou bien, la frontière franchie, la terre de la patrie devait les engloutir... Je ne comprends que trop leurs espérances...
NAPOLÉON
Nous reculons, il est vrai de victoire en victoire... Je rassemblerai les corps épars de l'armée, je frapperai un coup décisif, terrible... Je déchaînerai le peuple, s'il le faut, et je le jetterai sur l'étranger avec sa fougue de 91... Je dirai à ceux que trop de prospérité a rendus timides : retirez vous! ne vous mettez pas entre le peuple et moi ! C'est dans le peuple qu'est le dévouement !.. Je frapperai la terre du pied, et il en sortira des bataillons... Retournez au congrès, Caulaincourt : dites-leur bien que la France gardera ses limites ou que je mourrai à la peine...
CAULAINCOURT
C'est votre dernier mot, Sire?..
NAPOLEON
Mieux que cela, c'est ma volonté, c'est mon devoir, c'est mon point d'honneur!..
CAULAINCOURT
Ça n'est pas moi qui blâmerai votre généreuse détermination...
NAPOLÉON
A bientôt... Dites qu'on m'apporte la carte du pays ; elle est entre les mains de l'oflicier d'escorte... Votre main, Caulaincourt...
CAULAINCOURT
Sire...
(Il sort.)
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