GUILLAUME, LAROCHE
laroche , à lui-même. Ce vol de mes papiers... ce nom de Béuard... cette entrevue my-iéneu^e que l'on m'a demandée !... oh ! d y a dans tout ceci un secret fatal.
Guillaume, à part, et très-agité. Non... non... j' peux plus y tenir... faut que ça change... ou ben alors...
laroche , se retournant. Qu'est-ce que tu fais là, toi? Va-t'en !
Guillaume, s' 'avançant, et froidement.
J'ai à vous pailer, monsieur Laroche.
Laroche. Je n'ai pas le temps... Demain !
GUILLAUME. Tout de suite!
laroche, se levant. Mais tu ne vois donc pas que je suis furieux?... tu n'as donc pas peur de m' irriter encore ?
GUILLAUME. .l 'suis pas une vieille femme ou une jeune ûlle pour trembler d'vant vous.
laroche, $' avançant sur lui. Bein?...
qu'est-ce que c'est? (Guillaume le regarde avec calme, et Laroche reprend avec plus de douceur.) Voyons, parle... qu'est-ce que tu as à me dire?
'Laroche, Guillaume, Clarisse, Armand, M°>e Gervais.
LE CANAL SAINT-MARTIN
Guillaume, avec force. Que vous ne tenez pas vos promesses, monsieur Laroche, et que j'viens vous les rappeler...
Laroche. Comment! ta oserais?
GUILLAUME, l'interrompant. Il y a vingt ans, je venais d'être condamné et j'allais être transféré à Melun... Vous meliies demander au greffe... vous teniez par la main une belle petite fille de deux ans... la mienne !... Une pau re créature qui allait être abandonnée à la charùé publique. « Tu ne me connais pas, m'a\ez -vous dit, j'arrived' Amérique, j'ai pe-du dans la traversée une tille de l'âge
de celle-ci Donne-la moi, je l'éle*erai. ..
elle portera mon nom... Soins, tendresse, bonheur, lien ne lui manquera... et plus tard, el e héritera de toute ma fortune !... Je n'y mets qu'un* condition, c'est qu'elle ne saura jamaisqu'elle estlahMede Guillaume le meurtrier! »
laroche. Eh bien ! oui, ce sont mes paroles... parbleu !... Je ne les ai pas oubliées !
Guillaume. J'avais le cœur brisé... la tête perdue... Une tache éternelle pesait sur ma vie... et pour en épargner la honte à ma fille, je consentis à tout ce que vous exigiez ; et au moment où l'on m'entraînait pour partir avec mes compagnons d'infortune, vous, monsieur Laroche , vous emportiez dans vos bras mon enfant, mon seul bien sur la terre.
Il pleure.
LAROCHE. Mais il me semble que ce que j'avais promis, je l'ai fait!... Clarisse, n'a-telle pas reçu une bonne éducation?
Guillaume. C'est vrai !
Laroche. Son avenir n'est-il pas assuré?
Guillaume, ému. Oh!... oui... oui .. de c'côié-là, j'ai pas à me plaindre... au contraire... vous vous êtes conduit dignement...
laroche. Tandis que toi, qu'as-tu fait à ta sortie de prison? Au lieu de l'expatrier comme tu l'avais promis, juré... on te voyait rôder sans cesse autour de la maison... Tu venais pleurer pour que je te pienne dans mon chantier!
Guillaume. C'était plus fort que moi; mon san^r, ma vie étaient ici.
laroche. J'aurais été dans mon droit en te refusant... Eh bien, je t'ai donné une place chez moi, près d'elle!
Guillaume. Oui, oui... c'est encore vrai; et je ne l'oublie pas... et j' vous regarde comme mon bienfaiteur... Mais aussi, j' crois pas que vous ayez à vous plaindre de moi... J'travaille tant que j'peux dans vos intérêls... et jamais rien d'vant el e et qui puisse laisser croire... Oh! ça, jamais!...
laroche. Eh bien, alors, qu'est-ce qui te manque?... qu'est-ce que tu réclames?
Guillaume. Rien... rien pour moi. . . c'est
pour elle... Faudrait pas vous fâcher... si je vous dis ça... mais enfin. ..
LAROCHE, impatienté. Enfin?...
Guillaume. Je trouve que vous êtes bien sévère avec elle... Vous la brusquez !
larochf. Oh ! pas plus elle que d'autres.
Guillaume. Ah ben.... les autres... les autres... tant pire pour eux... mais elle !... elle!... jamais un petit mot d'amitié... jamais un baiser!... Dam... ça lui manque, à c't'enfant. .. ça lui manque..,
laroche. C'est possible... chacun son caractère.
Guillaume. Tenez, tout à l'heure... elle vous suppliait bien gentiment pour M. Armand*...
laroche. Oh ! quant à' lui!...
Guillaume. Dam! lui... vous le chassez, c'est dur, c'est injuste...
laroche. Guillaume!...
Guillaume. C'est vot' idée... bien!...
mais elle. .. fallait l'écouter.
Laroche . J 'avais mes raisons pour ne pas le faire... Madame Gervais m'a dit que cet Armand avait l'audace d'aimer Clarisse.
Guillaume, à part. Ah! la satanée vieillarde !... (Haut.) Eh ben!... quand ça s'rait!...
laroche. Comment !... un drôle qui n'a rien et qui me laisse voler!...
Guillaume. Oh ! si ce n'est que ça !...
laroche. Assez, Guillaume, assez!...
Guillaume. Oui , monsieur Laroche...
plus qu'un mot; j' crois que la petite a aussi un faible pour le jeune homme.
laroche. Elle! Clarisse!... c'est impossible. .. ça n'est pas !
Guillaume. J'crois qu'si... j'croisqu'si...
Laroche. Eh bien tant pis pour elle... car elle ne l'épousera jamais!...
Guillaume. Oh!... vous dites ça, mais je suis sûr...
laroche. De quoi te mêles-tu, toi?... tu n'as rien à dire... tu n'es rien ici !...
Guillaume. Comment!... même quand il s'agit du bonheur de ma f...
laroche. Elle n'est plus ta fille.
Guillaume, se fâchant. Cependant monsieur Laroche...
laroche. Pas un mot de plus, ou sinon... (// regarde au petit cartel.) Dix heures... et l'autre qui va venir... et ce Guillaume qui est encore là!... (Haut, d'un ton moins brasi/ile.) Allons, voyons, va-t'en... J'ai des comptes à mettre en ordre... laisse-moi**... Quant à ton... monsieur Armand. .. eh bien... nous en reparlerons... je verrai !...
Guillaume, à par t. Bon, le v'ià qui s' radoucit !... Maintenant, si la petite pouvait le
* Guillaume, Laroche.
" Laroche, Guillaume.
voir tout irait bien!... {Haut.) A demain , monsieur Laroche.
Laroche. Adieu!... adieu! (Guillaume sort.) Enfin !... j'avais peur que l'autre n'arrivât!
martial, passant sa tête à la porte de droite. Je suis là!