CLARISSE, LAROCHE
larocite. Clarisse, depuis hier vous avez été hors d'état de m'entendre ; je n'ai donc pas insisté, je vous ai laissée seule.
CLARISSE. Et je vous en remercie... J'avais besoin de me recueillir, de demander à Dieu force et courage... j'avais besoin de pleurer!
LAROCHE. Maintenant que vous êtes plus caltn<\ une explication de\ient indispensable entre nous. Cette nuit...
Clarisse. Oh! non, non, je vous en supplie, ne me teparlez jamais de ce que j'ai vu cette nuit.
Laroche, lui saisissant la main. Clarisse! vous oubliez que nous sommes entourés de gens qui peuvent s'élonner de votre pâleur, de voire agitation... Soyez donc maîtresse de vous!
Clarisse. Ah ! pourquoi m'avez-vous ordonné de venir à cette fête ?
Laroche, la prudence le commandait! Il faut que l'on vous voie auprès de votre père, calme, heureuse, prenant part à la joie de nos amis.
CLARISSE. Heureuse !... oh! il n'y a plus de bonheur possible pour moi !... mais, du moins, je m'efforcerai de vous obéir, et, puisque votre sûreté l'exige, j'assisterai à cette fête, sans (pie personne puisse deviner sur nus traits la douleur qui me lue!
Laroche. C'est bien, Clarisse; mais ce n'est pas assez p«.ur moi que vous gardiez un secret fa al : il me faut plus encore.
CLARISSE, avec effroi. Mon Dieu!... que voulez-vous donc ?
Laroche. Je veux me justifier !
Clarisse. Vous, monsieur!
Laroche. Dites votre père, Clarisse, car, je le sens, ce titre seul peut me protéger !
Clarisse. Vous justifier !... (Avec abandon.) Eh bien! oui, oui, vous avez raison! Il
LE CANAL SAINT-MARTIN
est si cruel de savoir ce que je sais, et d'accuser son père. .. Cette pensée- là est horrible, voyez-vous ! elle me rendrait folle . . Et peutêtre qu'un jour , oui , malgré moi , la vérité sortirait de ma bouche !
laroche. Malheureuse !
Clarisse. Oh ! ce serait affreux, je le sens bien!., mais puis -je répondre de la lièvre, du délire. .. depuis cette nuit , je n'ai plus la tête à moi !
Laroche , à part. C'est là ce que je redoute et ce qu'il faut empêcher !
Clarisse , avec anxiété. C'est moi maintenant qui vous en conjure... parlez... je vous écoute : il doit être si facile, quand on est innocent , de le prouver à sa fdle !
LAROCHE, à voix basse et rapidement , après avoir jeté un coup d'oeil autour de lui. Ecoule-moi donc!... Ce Martial que tu m'avais présenté toi-même hier malin, et que je n'avais pas reconnu d'abord, était mon ennemi le plus implacable !
CLARISSE. O ciel !
Laroche. Des événements antérieurs à ta naissance , et que je ne puis expliquer, l'attachaient à moi par des liens que je croyais rompus pour jamais. Il est venu me les rappeler insolemment , me menacer dans ma réputation, dans mon existence, compromettre la mémoire de ta mère !.. .
Clarisse. Ma mère ! ah ! c'est la première fois que vous me parlez d'elle.
Laroche. Il est venu me disputer une fortune acquise au prix de mes sueurs et de mes veilles... une fortune destinée à te rendre heureuse...
clakisse. Oh ! il fallait la perdre cent fois ! plutôt que de...
Laroche. Commettre un crime!... j'achève ta pensée, n'est-ce pas ?.. . Mais si , profitant de la solitude... de la nuit... cet homme s'était porté à des violences... si j'avais dû défendre à la fois nos richesses et ma vie ?
CLARISSE. O mou Dieu !
Laroche. Que veux-tu, Clarisse, dans ces moments suprêmes, ou ne réfléchit pas... Un moyen de vengeance et de salut s«- présente, on s'en empare!... et le crime est commis avant même que l'on ait pu en concevoir la pensée! Voilà ce qui s'est passé... Maintenant il suffit d'un mut... d'un soupçon, pour que l'échafaud se dresse devant moi !
clarisSe, se cachant la tête dans ses mains. Horreur!
laroche. Ce soupçon, Clarisse, vous seule pouvez le faire naître si vous manquez de force et de prudence.
Clarisse. Oh ! je me tairai, je vous le jure... Et la mort m'aura frappée avant que je prononce une parole qui accuse mon père l
laroche. C'est bien , ma fille , je reçois ton serment ! *
Il remonte un peu.
Clarisse, à part. O mon Dieu! j'en appelle à votre miséricorde! puis-je ne pas croire mon père quand il seju.-tifie? Pardonnez lui , mon Dieu, pardonnez-lui son crime, s'il est vrai qu'il ne l'ait commis que pour se défendre et garder la mémoire de ma mère !
laroche, revenant à elle. Allons, allons., plus de larmes, de tpstesse... le souvenir de cette nuit fatale s'effacera , et tu pourras m'ai mer encore!
Clarisse. Que voulez-vous dire?
laroche. Tu vas le savoir , car voici Guillaume.
CLARISSE. Monsieur Armand !
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