‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 140 sur 1577 · NAPOLÉON, CAULAINCOURT · texte numérisé non relu

NAPOLÉON, CAULAINCOURT

NAPOLÉON

Eh bien ? Caulaincourt?

CAULAINCOURT

Sire...

NAPOLÉON

Tout est consommé , n'est-ce pas?., vous avez remis I acte d'abdication... Je ne suis plus Empereur, mais mon liis me succède... Que l'ait-on de moi ?.. parlez...

CAULAINCOURT

Sire, l'acte que vous avez envoyé était déjà un acte de grande abnégation^ et pourtant il ne sullît pas !..

NAPOLÉON

Que voulez-vous dire?..

CAULAINCOURT

Les victoires des ennemis, l'occupation de Paris, les manœuvres de quelques misérables font exiger un plus grand sacrifice...

NAPOLÉON

Ah!..

CAULAINCOURT

On veut, maintenant, on veut une abdication pure cl simple, sans réserve...

NAPOLÉON, courant prendre son épée qui est sur un fauteuil.

C'est donc la guerre, encore la guerre, toujours la guerre!., aime mieux cé\a... ne me

dites rien, Caulaincourt... Croient-il donc, ces arrogans vainqueurs, qu'ils soient maîtres de la ' France, parce que la trahison leur a ouvert les portes de Paris!.. J'appellerai le peuple à moi; ils ne savent donc plus qu'un homme comme moi ne cesse d'être redoutable que lorsqu'il est couché dans la tombe ?.. mais, demain, je puis me relever à la tète de cent mille combattans. .. Tenez, Caulaincouit, suivez mon calcul; j'ai ici, autour de moi, vingt-cinq mille hommes de ma garde; ces géans seront le noyau auquel je rallierai l'armée de Lyon, forte de trente mille hommes; les dix huit mille de Grenier qui arrivent d'Italie, les quinze mille de Suchet et les quarante mille que Soult commande, voilà une armée de cent trente mille hommes!.. Je suis maître de toutes mes places fortes de France et d'Italie... je suis encore debout, appuyé sur cette même épée qui m'a ouvert toutes les capitales de l'Europe; je suis encore le chef des plus vaillantes troupes du monde entier... J'appeleraià la défense du pays tous les hommes de cœur, je ferai incrire au-dessus de mes aigles Indépendance et Patrie, et mes aigles redeviendront terribles... Si les chefs de l'armée qui doivent leur illustration à mes conquêtes, à mes admirables soldats, si ces chefs amollis veulent se reposer, qu'ilss'en aillent!., je trouverai sous les épaulettes de laine des généraux et des maréchaux !..

CAULAINCOURT

Sire, je supplie Votre Tûajesté de prendre le temps de réfléchir...

Tout est réfléchi; je n'ai pas le choix des moyens... Tout est rompu !.. La guerre!..

CAULAINCOURT

Oh! Votre Majesté cède à une irritation bien légitime... vous savez si je vous suivrais partout, même dans un abîme... Mais, songez-y... les circonstances, ont acquis une cruelle gravité.. Faudra-t-il déchaîner d'inutiles tempêtes, provoquer des évènemens où votre génie s'aveuglerait, où la patrie pourrait disparaître!..

NAPOLÉON

Je vous le dis encore, je veux aller combattre; ma place est marquée dessus ou dessous le terrain d'un champ de bataille...

l'aide-de-camp.

Sire , les maréchaux sont là qui demandent à être introduits...

NAPOLÉON

Qu'ils viennent!..

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