SCENE V
*NAPOLÉON, CAULAINCOURT, Maréchaux.
NAPOLÉON
Eh bien, Mesieurs, nous allons recommencer la guerre ; on m'y force ; on rend inutiles tous mes sacrifices personnels... Qui m'aime me suive !..
LE MARÉCHAL
Sire, la guerre est finie ; elle ne peut recommencer...
Mais, si je le veux... n'ai-je donc plus de soldats?..
LE MARÉCHAL
Sire, voici la situation...
NAPOLÉON
Voyons, Monsieur, il paraît que vous êtes bien instruit...
LE MARÉCHAL
Les troupes étrangères occupent toutes les avenues de Fontainebleau... L'année russe se développe sur la rive droite de la Seine, depuis Melun jusqu'à Montereau... Un corps nombreux a pris position entre Essonne et Paris... D'autres corps barrent les routes de Chartreset d'Orléans... D'autres encore sont établis militairement dans tout le pays entre l'Yonne et la Loire; enfin, un vaste réseau nous cerne, et, au premier signal, cent-cinquante mille hommes peuvent fondre sur la petite armée qui nous garde...
NAPOLÉON
Et quand cela serait vrai. Monsieur, faudraitil nous résigner comme un troupeau d'esclaves?., n'avons-nous pas fait assez de grandes choses pour espérer d'en accomplir encore?.. N'y a-fil plus le même courage chez mes soldats, le même patriotisme dans la nation ; suisje dépossédé de mon intelligence et de mon énergie?..
LE MARÉCHAL
Sire, ce n'est pas une victoire douteuse qu'il faut envisager, c'est la guerre civile qu'il faut craindre...
La guerre civile!..
LE MARÉCHAL
Oui, Sire... car si beaucoup de Français marchaient avec vous, d'autres vous deviendraient hostiles; le pays veut le calme, épuisé qu'il est par l'invasion... Combattre encore, ce serait vous faire accuser de songer à des intérêts personnels...
NAPOLÉON
El celui-là mentirait qui oserait parler ainsi !.. Retirez-vous, Messieurs, ; il n'appartient à personne de m'imposer la résolution que je veux prendre... Restez, Cauiainconrt...