‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1456 sur 1577 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

D'ORBE , seul, puis CLAIRE.

Il est heureux! je le crois bien... ah! c'est pour le coup que ma femme dira qu je suis fou... que je perds la tète... on la perdrait à moins... (Appelant.) Claire ! (il marche vers le pavillon, et appelle encore* ma femme!.. Julie!., monsieur Charles .' venez, venez donc... mais arrivez donc, ma chère amie!

Claire, entrant en riant. Qu'est-ce que c'est, monsieur? autant que je puis le voir, vous avez repris enfin toute votre gaîté.

d'orbe. Oh! oui, toute ma gaîté... Eh bien, Claire , je l'ai vu , ton bel inconnu , cet être mystérieux que le ciel nous envoyait, disais-tu, pour exciter ma jalousie.

claire. Eh bien?

d'orbe. Je l'ai vu, j'ai causé avec lui, je l'ai reconnu, je l'ai embrassé... nous sommes les meilleurs amis du monde.

claire. Comment? que dites-vous?

d'orbe. Cet inconnu, c'est lui... luimême... c'est mon ami, mon cher Wolmar !

claire. Wolmar!

SAIXT-PREUX et JULIE , qui viennent d'entrer, ont entendu le dernier mot, et répètent avec Claire. Wolmar !

SCEiNE Vlïl.

Les Mêmes , JULIE , SAINT-PREUX.

CLAIRE , s' écriant. Ah ! mon pauvre d'Orbe... plaignez-moi, mes amis, je l'avais prévu, sa raison est égarée...

(Tout le monde s'empresse autour du vieillard.)

d'orbe. Là! qu'est-ce que je disais? .

n'est-ce pas que j'ai l'air d'un fou? ça ne m'étonne pas... et pourtant, c'est vrai! c'est bien vrai ! . . (Prenant les mains de S ai ni- Preux et de Julie.) Mes enfans! mes pauvres enfans, du courage! on ne signera pas le contrat... c'est impossible... Wolmar existe... je l'ai revu...

Claire, à ses amis. Vous voyez si je m'abusais; un accès de délire... oh! que je suis malheureuse!

JULIE. Mon tuteur, revenez à vous.

SAIM-PKEUX. Monsieur d'Orbe, voyez la tristesse de votre femme, la nôtre... rappelez-vous que votre ami , que mon oncle est tombé glorieusement sur un champ de bataille...

d'orbe. Oui, de bataille... ou a cru cela... on s'est trompé... Moi, moi seul, je connais la vérité... mais ne me plaignez donc pas... ne me regardez pas avec cet air de pitié. Je vous dis que je l'ai vu ici,

ici même... Claire, ce voyageur... c'était lui, bien Lui, Wolmar, sorti des prisons d'Angleterre après une affreuse captivité...

.il LIE. Ali! s'il ('tait possible!

saivi-preux. Mon oncle...

LIRE. Monsieur de de Wolmar!

d'oiibe. Il existe, il existe, je vous le jure... et vous-même, vous ne tarderez

pas à Le revoir Claire, loi qui me con-

bien, vois la joie qui brille dans mes yeux, vois quelle différence il y ;■ entre le d'Orbe de ce matin, accablé, anéanti par La douleur, et celui d'à présent, heureux, ranimé, rajeuni par le retour de son vieux camarade... Claire, mais dis-leur donc de me croire , dis-leur donc que je ne suis pas fou.

CLAIRE. Non! mes amis... non, il n'était pas ainsi, lorsque je craignais pour sa raison... il dit vrai sans doute, et 31. de Wolmar existe.

saint-preux et julie. Il existe!

saint-preux. Où est-il? ab! qu'il me tarde de le voir !

julie. De tomber à ses genoux!

saint-preux. Mais répondez donc, monsieur d'Orbe... ah ! ne nous faites pas attendre davantage... où est-il?

d'orbe. Patience! patience! il va venir! et vous tomberez , non pas à ses genoux, mais dans ses bras.. Il veut vous surprendre, c'est à vous de lui rendre la pareille. Hu'il trouve tout disposé pour le recevoir. Une fête...

JULIE. Oui, une fête, celle du retour.

saint-preux. Elle remplacera celle qui devait se célébrer aujourd'hui, et du moins Julie, le bonheur de cette soirée sera exempt de trouble et de remords.

claire. C'est bien, mes amis, c'est bien. . . que vos projets, que vos rêves soient pour toujours oubliés.

LES DEUX JEUNES GENS. Pour toujours.

D'ORBE, qui a remonte la scenc, appelant. Joseph!.. Pierre ! Dubois!., enlevez ce tableau... portez-le dans le grand salon... Ah! ce voile funèbre... ce crêpe il n'est plus de saison... qu'il disparaisse... Des fleurs, des fleurs partout... et puis, il faut courir à l'instant... non, j'irai moi-même prévenir le notaire... tout le village, que le motif de notre réunion est changé, qu'il ne s'agit plus d'une noce, mais d'un retour. Toi, madame d'Orbe, donne tes ordres pour la fête. Monsieur Cbarles, attendez ici . à ma place , recevez votre oncle ; et vous, Julie, changez de toilette : vous n'êtes plus veuve. Ah ! décidément, je suis fou... mais c'est de joie... de bonheur !.. Au revoir, au revoir, mes enfans.

claire, aux domestiques . Suivez-moi.

(Elle rentre avec eux dam le pavillon; d'Orbe sort

par le fond.)

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