RICHMOND, TOM WOOD, SURREY
tom vood, entrant rapidement, à Richmond. Je suis à vos ordres, mylord.
richmond, l'apercevant.
Et Tom Vood, le boucher, sera le porteur de ta lettre au magicien.
sorrey.
Tom Vood de Tyburn?
tom wood, se découvrant.
Moi même, lord Henri Surrey.
SORREY.
Eh ! comment me connais-tu ?
tom.
Eh ! mylord, qui donc parmi les artisans des faubourgs et chez les bourgeois de la Cité ne salue pas lord Surrey quand il passe auprès de lui ? Courbés sous notre travail ou dans nos joyeuses orgies, nous chantons ses ballades; lord Surrey, notre jeune et brillant poète, mais c'est l'ennemi des grands qui veulent opprimer les petits; c'est notre ami à nous.
sorrey.
Et j'en suis fier, Tom Wood.
Et puis, vous ne savez pas, mylord, que nous marchons au même but, vous et moi, et que nous l'atteindrons bientôt, je l'espère; car la même pensée de haine, la même ardeur de vengeance nous anime contre le même homme.
sorrey.
Comment? tu hais aussi Clinton! oh! dis-moi, je te prie, les motifs de cette haine. tom, après un silence.
A vous deux, je le puis, parce que vous, lord Richmond, je vous ai souvent rencontré dans les tavernes, et que vous m'avez fait un présent plus précieux qu'une bourse de mille guinées, et je suis pauvre pourtant; parce que vous, lord Howard, vous avez composé de beaux vers qui m'ont consolé aux temps les plus durs de mes misères, car vous y plaignez ceux qui souffrent; parce que vous avez flétri, avec vos belles satires , les vices de la cour et de son maître, leurs débordement et leurs crimes.
SORREY.
Je les déteste tant, tous ces insolens valets!
RICHMOND
Par prudence, tais-toi, Tom Wood.
MAGASIN TIIEATJUL
TOli.
Oui, mylord. oui, car je sais comme vous que si Henri VIII soupçonnait une seule de ces satyres, demain le plus sombre cachot delà Tour ne serait ucore assez sombre pour le comte deSurrey. i qu'une redoutable accusation de rébellion insulte à la majesté royale l'atteindrait à l'instant, et une accusation lancée par Henri VIII équivaut à un arrêt de mort, n'est-ce pas? i\'e craignez rien, mylord, tous le^ hommes de Templc-Darr savent par cœur vos poèmes et les gardent dans leur mémoire comme un précieux trésor, sans les répéter à personne, et ils disent avec fierté que si vous êtes un seigneur de cour, vous êtes un gentilhomme de cœur, ce qui est rare en nos temps.
SURREY
Tu connais bien nos lords.
tom.
Oui.de riches épées, et pas de bras pour les soutenir-, des pourpoints brodés d'or et pas d'honneur dessous... voilà vos lords!
R1CHM0ND.
Tu es sévère.
TOM
Je suis juste... Écoutez, vous vous rappelez, mvlords , les troubles de Londres et des comtés , à cause de Catherine d'Aragon la catholique, qui refusa le divorce et s'en alla mourir dans un coin de royr.ume, sans bonheur, sans couronne et sans amis: eh bien ! pendant ces séditions, où le sang de t. nt de braves Anglais coula au nom du pape et de Luther, mon père était dans l'Herfordshire, chez un riche fermier qui nous fournissait du bétail-, je connaissais son humeur religieuse, son zèle pour la réforme , et son absense m'inquiétait; j'allais partir pour le rejoindre, c'était mon devoir, n'est-ce pas?... lorsqu'il entra dans mon abattoir avec une jeune fille toute pâle et exténuée de fatigue. «Fils, me dit-il, vois cette enfant, c'est Jeanne Resseil , la fille unique de Peters Resseil le fermier, qui m'a reçu chez lui; ses parens ont été brûlés au nom de la croix romaine, leurs fermes incendiées, leurs bestiaux égorgés; elle eit au monde sans un denier pour vivre, sans un toit pour coucher; notre pain sera le sien, fils, notre maison la sienne; me prometstu de veiller sur elle, de la protéger quand je serai mort?»— Sur mon honneur, père!» Et Jeanne Reisseil devint notre fille adoptive. Comme si l'oiveté corrompt le cœur, je m'inquiétai de la placer; ce ne fut pas long: lady Rocheford, la bellesœur d'Anne ac Boulen, à qui je la présentai, l'attacha a sot» service... elle était heureuse, la pauvre c™henrve... et moi, en la voyant si jolie, si bonne et s» aoyce, je l'aimai. Un soir... mon Dieu, nmords. nu il se passe de sales choses sous les lambris aoresi je rentrais songeant à en faire ma femme : Tom Wood! Tom Woodl entendis-je crier à ma porte, à mon secours!... j'ouvris, c'était elle! en larmes, en sanglots... « Mcu ami, mon frère, il m'a déshonorée!... » {Avec rage.) Qui
donc, malheureuse? criai-je à me briser la pot» trine. a Lord Clinton. »
Lord Clinton, le persécuteur démon pèrel
TOM
Oui! et le séducteur de ma fiancée I Ah ! mvlords, dès cet instant ce ne fut plus un désir de vengeance qui fit battre mon cœur, ce fut une fièvre qui alluma mon sang! Oh! le misérable! comment lui faire expier toutes les tortures dont il m'a rendu viciime? Que vous dirais-je de ri»*; un mois après, et malgré les touchantes consolations de la reine, malgré mes soins et mon dévouement, Jeanne ne comptait plus pour moi sur cette terre : Jeanne était folle |
H v» s'asseoir.
RICHMOND
Folle! oh! l'infortunée I