LES PIERRES
CHOEUR (de Roberl-le-Diable).
Mortel téméraire Que l'on doit punir.
Retourne en arrière.
Ou tu vas périr.
hassan. Vos voix ne m'épouvanteront pas.
fariboussoul. Cœur de pierre ! Ce n'est pas à toi que je parle , c'est à ce chœur de vieilles pierres.
hassan frappe un second coup sur le bloc, Génie ! à moi ! (Bruit de tam-tam. Au même instant des hiboux, des chauves-souris , des lions, des ours et un crocodile paraissent avec des yeux flamboyants et tournent en cercle autour de Hassan.)
fariboussoul, tombant la face contre terre. Ah!...
hassan. Je vous brave!... (Il frappe un troisième coup. Bruit de tam-tam. — Un monstre gigantesque sort du milieu du granit rouge. Hassan le frappe de son épée; Cépée se brise; alors Hassan s'élance sur le monstre , le saisit à la gorge et le terrasse.)
le derviche. Ton intrépidité l'a vaincu , et je suis délivré !
(Tous les animaux disparaissent. A la place du monstre est un génie ailé, à genoux.)
fariboussoul, relevant la tête. Est-ce fait?
le génie , à Hassan. Maître , je suis ton esclave.
fariboussoul , se relevant. Notre esclave?., nous avons un esclave... (Au Génie.) Ah! ah! mon gaillard, te voilà à nos genoux!... (Voyant le Génie faire un mouvement.) C'est bien, restes-y. (Il se recule vivement.)
le génie, à Hassan. Qu'ordonnes - tu , maître ?
hassan. Je veux le talisman.
le génie. Le voici. (// lut présente un sac et disparaît.)
HASSAN, qui a pris le sac. Qu'est-ce donc?
fariboussoul, Rapprochant. Un sac!..»
LE SAC A MALICES
montre donc. .. eh mais, c'est un jeu de loto.. . et un vieux encore !. . . le beau cadeau, C'est amusant ! J'y joue tous les soirs avec ma femme pour m'endormir...
hassan, au Derviche. Peux-tu m'expliquer?...
le derviche. Chacun des numéros contenus dans ce sac est un talisman... le chiffre qu'il représente est celui des semaines que tu perdras en formant un s uhait.
faiuboussoul. Comment! s'il voulait par exemple devenir aussi beau que moi, et qu'il tirât pour ça le n° 3...
le derviche. Il dépenserait trois semaines de sa vie.
fariboussoul. Ce serait bien peu cour un si grand avantage. C'est-à-dire qu'il jouerait à qui perd gagne.
hassan. Que m'importent après tout quelques jours de plus ou de moins !.. .
le derviche. Ne t'y trompe pas : en addit onnant ces quatre-vingt-dix numéros , tu trouveras quatre mille cent trente-cinq semaines ; c'est quatre-vingt-deux ans que tu tiens là dans ta main.
fariboussoul. C'est un beau denier...
Economise, mon cher, économise des semaines pour tes vieux jours.
hassan. Oh ! je brûle de faire l'expérience de mes talismans...
le derviche. Tu le peux.
fariboussoul. Allons , remue bien le fond du sac.
le derviche. Que désires-tu ?
haisan. Je veux connaître mon père.
fariboussoul. Tire !..
hassan. Vingt-deux ! (Le n° 22 se dessine en trait* tir foi sur le mur.)
fariboussoul. Les deux cocotes !
LE derviche. Tu va être exaucé. (Changement.)
Quatrième Tablean.
Le fond de la grotte s'ouvre et laisse voir un riche paysage au fond duquel est un palais en perspective, qui s'approche peu à peu.
le derviche. Le manoir de tes pères dans le royaume de Cachemire. Tu es le fds d'un puissant prince; mais un magicien africain a fait périr ton père et s'est emparé de ses états. Tu venais de naître ; ta mère est devenue son esclave.
hassan. Ah ! ne puis-jc au moins les venger, reconquérir mes états ?
le derviche. Ce palas est enchanté ! le magicien t'en défendrait l'approche. Regar-
de, et écoule ce qui s'y passait il y a vingt ans.
Cinquième Tableau.
Le palais se sépare et laisse voir l'intérieur d'un salon magnifique. Un sultan, richement vêtu , est auprès d'une dame en grande parure.
le derviche, à Hassan en lui montrant le sultan. Ton père.
le sultan, au fond, à la dame. Chère Zobéide, sultane de mon âme, lors de ma première expédition, je laissai dans ce palais Morgane ma première épouse , qui eut l'indignité de me préférer un esclave noir; à mon retour, je les fis étrangler tous les deux. Lorsque je partis pour la seconde luis, j'abandonnai mes états à ma deuxième femme Adine dont l'avarice, les violences et les cruautés soulevèrent contre elle tout mon royaume ; je ne pus en reprendre possession qu'en livrant aux muets l'auteur de tant de maux. Maintenant, chère Zobéide, je le confie la garde de mon palais, de mes trésors et de mon peuple ; tout est à toi, tout, excepté cette petite fiole que tu conserveras intacte jusqu'à mon retour.
zoibéide. Je vcus le jure, monseigneur.
le sultan. Adieu, défie-toi surtout du magicien africain, mon éternel ennemi.
Viens m'accompagner jusqu'au berceau de noire enfant. (le sultan et la daine sortent.)
le deviche, à Hassan. Cet enfant, c'est toi ; tu as entendu les recommandations de ton père et la promesse de la sultane. Vois maintenant comme elles ont été exécutées. (Un vieillard entre, soutenu par quelques esclaves.)
un esclave. Par .ici, bon vieillard, asseyez-vous; ma maîtresse est charitable ; elle voudra vous secourir.
•zobéide, entrant. Pauvre vieillard, on vous a trouvé à la porte de mou palais, mourant de faim et de fatigue. (On apporte une table.) Reprenez des forces, et bénissez le nom d'Allah !
LE vieillard. Je bénis le vôtre, belle Zobéide, ei je veux vous prouver ma reconnaissance; heureusement le ciel m'en a donné les moyens... la science que j'ai acquise m'a appris que tu possèdes un secret dont lu ignores la puissance; on sterel d'éternelle jeunesse et d'éternelle beauté.
zobéide. Que dis-tu?
LE vieillard. Dans la fiole que ton époux t'a laissée en partant est un élixir dontla venu est telle qu'une seule goutte de cette précieuse liqueur arrête le cours des années e^ prévient les ravages du temps. Ton époux a
LE SAC A MALICES
refusé de t'ap rendre le pouvoir de cel élixir, il t'a défendu d'y toucher.
zobéide. Oui,' pourquoi?
le mi n.i. Mil). Parce qu'il sait que tu aurais à les pieds 1rs plus grands trésors de I ûni?ers, e pour cria, je te le répète, une goutte de cet élixir suffit
zodéide. Oui, je veux être éternellement jeune et belle. Merci, vieillard. (Elle boit, coup de ta m -ta m.)
le yiEiLLARD, se redressant et changeant decostume. Im, moi je te dis aussi merci, femme, merci ! tu m'as livré mon ennemi, ses états et .••a puissance.
zoréide. Qn'entends-je ?
LE VIEILLARD. Je suis le magicien africain qui ai voué à ton époux, à toi, à tous les siens uue haine mortelle. Deux femmes ont déjà failli ; la troisième faute d'une femme devait être le signal de mon triomphe. Vous m'appartenez tous; mourez donc !
zobéide, tombant à genoux. Ah !...
UN génie, sortant de terre. Abufar, tu es vainqueur; mais Allah suspend encore le châtiment. Ce palais et le rovaume entier resteront enchantés, jusqu'au jour où un descendant du puissant sult;m de Cachemire réparera les maux causés par des femmes indignes du trône, et ramènera dans ce palais une femme parfaite ; jusque-là, silence et néant. (Il fait un signe; le magicien et la femme restent immobiles. Le palais se referme, puis diminue et s'éloigne : on le revoit en perspective comme auparavant, et enfin le fond de la grotte reparaît.)
Sixième Tableau.
^ Hassan, qui était tombé à genoux pendant l'apparition. Ma mère !
le derviche. Tu as entendu l'oracle. Pour rompre l'enchantement, il faut trouver une femme parfaite.
fariboussoul. je ne t'offrirai pas la mienne...
hassan. Ah ! je la chercherai... je la découvrirai.
Air du Serment.
LE DEKVICHE.
Va donc chercher cette merveille Qui se dérobe à tant de gens ; Cette trouvaille sans pareille Sera due à tes talismans.
FAIUl'.OUSSOUL.
Il s'agit seulement, cher frère, D'attraper un bon numéro.
Dans le sac je vois ton affaire, Ce serait un quine au loto.
ENSEMBLE
(Ils remontent l'escalier.)
Septième Tableau.
l.'l.MKIULLIX d'lXE CABANE.
Quelques chaises , un lit.