SCENE IV
I Les Précédens , un Cent-Suisse , un Polonais, ux Paysan, MISCOT.
le cent-suisse, en dehors. Je veux le voir, ! je veux entrer !
le polonais et le paysan. Nous aussi, | nous aussi !
le capitaine. On n'entre pas.
napoléon. Qu'est-ce ?
le capitaine; lîn Cent-Suisse de la mai- I son de Louis XVIII, et en grand uniforme.
NAPOLËox.UnCcnt-Suisse ! le roi de France | et de Navarre veut donc m'effrayer? Qu'il entre : y a-t-il aussi là des étrangers, des ! voyageurs?
le CAPITAINE. Oui, sire.
NAPOLÉON. Laissez-les tous approcher; il y en a peut-être dans le nombre qui arrivent de France.
'■■ capilatBC fait un signe; le Cent-Suisse, le Polonais et Miâcot entrent.
XAioi.i.ox. Ah ! ah! e'est toi, Petit! tu fais doDC toujours du tapage ?
peut. Dam ! sire, un tambour-major !
MAGASIN 1IIIATHAL.
■afolêob. Comme te voilà affublé)
petit. Sire, ne m'en parlez pas... Ils ont prétendu , parce que j'étais tambour-major dans Totre garde , que j'étais assez bel bomme pour me faire Cent-Suisse; mais je n'ai pu oublier que j'ai été un de vos grognards, et j'ai déserté.
HAPOLBOB. A te parler franchement, ton ani n ii uniforme t'allait mieux.
PETIT. Au diable les côteletles !
Il .1 îiJcLourgs.
napoléon. Tu as déserté ; sais-tu que c'est une faute grave?
ri m. Sire, j'en conviens , mais je n'y pouvais plus tenir.
hapolEob. On vous traitait donc mal?
petit. Faites excuse ! Quant à la paye , c'était bien; mais quant à l'honneur, à la considération... quel déchet! Lorsque les enfans nous voyaient passer, ils disaient : Tiens, un Cent-Suisse! c'est-il drôle ! Et puis, les femmes... Enfin, j'en ai eu bien vite de trop, et me voilà. Sire, je viens vous demander l'ancienne capote et les boutons à l'aigle.
napoléon. Je te recommanderai à Cambronne.
petit. Grand merci , mon Empereur.
napoléon , au Polonais. Un lancier polonais ! Ami , qui t'amène ?
le lancier. Le malheur; le czar de Russie , roi de Pologne , nous a réclamés comme ses sujets , et Louis XVIII nous a renvoyés comme étrangers.
napoléon, à part. Quelle faute! (Haut.) Vos lettres de naturalisation ont été signées avec du sang sur vingt champs de batailles... Que puis-je faire pour toi?
le polonais. Sire , je ne demande qu'une lance et du pain.
napoléon. Les Polonais ont des droits sur le dernier morceau de pain de Napoléon...
miscot. Il est toujours le même... Hum! hum !
napoléon. Ah! ah! encore une vieille connaissance. Eh bien! mon pauvre Miscot, que viens-tu faire ici? voudrais-tu quitter la garde?
miscot. Il n'y a plus de garde impériale ; il y a les grenadiers royaux , et encore sont-ils à Metz , tandis que les mousquetaires gris et rouges , les chevau-légers , les gendarmes, les Cent-Suisses, les gardes de la porte, etc., etc., sont aux Tuileries et à Saint-Cloud.
napoléon , à part. Ah ! quelle faute ! quelle faute encore ! Quoi ! retrouver le plus beau trône après vingt ans d'exil , et recommencer les mêmes fautes ! inquiéter le peuple sur son existence, le blesser dans les sentimens d'égalité qui lui sont chers, humilier les soldats , les dégrader pour ainsi dire, en leur enlevant leurs vieux uniformes, leurs vieux drapeaux, les insignes de leur ancienne gloire , leur seule et véritable dotation ! Mais ces Bourbons ,c'est donc la fatalité qui les aveugle!... J'avais renoncé à toutj
une nouvelle existence commençait pour moi dans cette île , et \oila que leurs folies semblent vouloir m'en arracher !...