‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 258 sur 1577 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FLOUMANN, JOBARDEK, JULIENNE.

JULIENNE, refusant le bras de Floumann.

Merci, Monsieur, je marche toute seule, je ne vais plus à la lisière t

FLOUMANN, d'un air agréable.

Quand tous allez me donner la main.,» pour-

quoi me refuser le bras ?.. Ordinairement, ces choses-là se tiennent!

julienne, à part.

J'espère qu'il n'aura ni l'un ni l'autre.

JOBARDEK.

Oh ! là, là... je suis rompu...

FLOUMANN.

Quelle erreur, homme vénérable... vous n'êtes point encore cassé... (il offre des sièges. A Julienne qui refuse.) Vous n'êtes pas fatiguée, ma charmante?

JOBABDIK.

Parbleu , je crois bien, elle n'a fait que dormir !...

julienne, à part.

J'en faisais semblant pour penser à mon pauvre Josselin.

FLOUMANN.

Je me flatte qu'elle rêvait à mol , à mon bonheur...

JOBARDEK.

Ah ! ah ! je crois bien, je lui avais ordonné, et quand je veux une chose... j'ai du caractère, moi... je ne suis pas Breton pour des mirabelles!..

FLOUMANN.

En conséquence , nous n'aurons pas causé pour des prunes, et je serai votre gendre.

JOBARDEK.

Ah ! ah ! je crois bien !.. aussitôt que vous aurez assuré cette fameuse entreprise qui doit faire ma fortune , la vôtre, et nous rendre tous les deux riches comme des marchands de

FLOUMANN, l'interrompant.

Dindons, beau-père... dindons.

JOBARDEK.

Ça m'est égal... Quand ça sera-t-il fait?..

Ma lorlune?.. (A part.) Sitôt que j'aurai ton portefeuille. (Haut.) Quand vous voudrez souscrire les 2,315 actions que je vous ai réservées dans mon chemin de fer de Vaugirard à Constantinople... affaire d'or... dont les intérêts ne peuvent manquer d'aller en croissant.

JOBARDEK.

Je souscrirai dès que vous serez nommé pré* sident.

FLOUMANN.

Je viens de recevoir ma nomination!..

Vrai?,.

JOBARDEK.

FLOUMANN , appuyant.

Parole d'honneur, père Jobardck , honorable Jobardek ; et , faut-il vous l'apprendre, je viens de découvrir un procédé, un secret!.. Les locomotives n'ont plus besoin de chemins de fer, elles marchent partout , sur le sable, la terre , le

pavé de pierre, le pavé de bois... elle9 vont comme sur des roulettes!

JOBARDEK.

Ah ! bah !

FLOUMANN.

Quelle économie! plus de travaux à faire, plus de rails, plus de coussinets, mon cher!., tout est bénéfice!.. Si vous me donniez vos cent mille francs, votre capital serait doublé!..

JOBARDEK.

Doublé!.. Mais ça me va!... cent pour cent de bénéfice.

FLOUMANN."

Clair et net!.. Quelle différence avec les chevaux... il faut les acheter, il faut les nourrir.

JOBARDEK.

C'est vrai.

FLOUMANN.

Tandis que mes locomotives, elles n'ont besoin que d'air!., que d'air, Monsieur... il ne leur faut ni son , ni avoine, ni foin!..

JOBARDEK.

Ah ! saprelotte!.. et qu'est-ce qu'on en fera?

FLOUMANN.

Les administrateurs le mettront dans leurs bottes.

JOBARDEK.

Et la paille... la malheureuse paille?

FLOUMANN, à part.

Ça sera pour les souscripteurs.

JOBARDEK.

Eh bien, dites-moi donc, est-il encore temps d'avoir des actions?

Oui , mais il faut se dépécher... on se les ar« rache.

JOBARDEK.

Si je vous remettais mon portefeuille, il con« tient des bons sur la Banque pour cent cinquante mille...

FLOUMANN.

Des bons... ce n'est pas mauvais... Donnez!

JOBARDEK.

Mais êtes- vous bien sûr de votre secret?..

FLOUMANN.

Tous les chemins de fer vont se réunir au Champ-de-Mars pour faire l'épreuve de ces nouvelles locomotives ; j'y serai avec la mienne. Voyons, donnez-moi cela tout de suite, et je cours... (A part.) à Bruxelles.

(Il serre le portefeuille.) JOBARDEK.

Comment, vous nous quitteriez sans dîner?..

FLOUMANN, avec mystère.

Vous n'ignorez pas qu'on attend à Paris Méhémet-Ali...

JOBAADKK.

Ah! nous verrons Mahomet au lit?.. N'est-ce pas celui qui est sous-préfet en Egypte ?

Quelque chose comme ça... Il vient pour s'entendre avec moi, et me décorer de l'ordre du Richlam-lfllhar, comme l'uuteur de...

JOBARDEK.

Diable!.. Tu entends, ma Aille. .. ton époux

sera décoré !.. quel honneur!..

FLOUMANN.

J'y cours sur-le-champ... Adieu!

JOBARDEK.

Restez encore un instant!

JOBARDEK.

Je ne veux pas faire ton malheur, dans ce moment-ci, je veux faire ma couverture.

FLOUMANN.

Vous ne connaissez pas les Turcs!.. Si je faisais attendre Sa Haulesse une seule minute, il m'enverrait le grand cordon...

JOBARDEK.

Pour vous décorer?..

FLOUMANN.

Pour me faire pendre !.. et je ne désire pas qu'il m'élève aussi haut que cela.

JOBARDEK.

Oh ! Dieu, ma Aile, vois-tu ton mari pendu... quelle vilaine Dgure il ferait?..*

JULIENNE

Monsieur n'a pas besoin de cela !

FLOUMANN, à mi-voix.

Elle n'a pas l'air d'ètte folle de moi?.. Elle dissimule peut-être?..

JOBARDEK.

Elle n'ose pas devant vous... mais quand vous ne serez plus là!.. (A Julienne, à mi-voix.) Yeux- Ut bien, tout de suite?..

JULIENNE

Oh ! oui, j'aime bien mieux Monsieur quand je ne le vois pas!..

FLOUMANN.

Je m'en vais donc pour me faire adorer. Sans adieu chère future et cher beau-père!..

(Il s'en va.)

SÇÊtfE III.

Page 1