SCÈNE III
JOBARDEK, JOSSELIN, LE MARCHAND DE CHEVAUX, M. MAGAZIN-MONSTRE, LE CACHEMIRE, LA GUIPURE, M. COTON- LAINÉ.
M. MAGASIN, porte un costume bariolé de toute espèce d'étoffes; il a plusieurs parapluies et ombrelles sous le bras et des cabas et autres objets à la main. Il arrive à cheval au milieu des deux autres qui sont à pied, il lient une perche qu'il élève au-dessus de leurs têtes des pièces d'étoffes rouges, blanches, etc. comme les étalages des marchands de nouveautés.
Gmrrand déballage! Voulez- vous des soieries, des calicots, des foulards, des parapluies, des deniellcs, des cabas, du mérinos, du caoutchou, des parapluies?.. Je vends de tout, je tiens tout, je livre tout à soixante pour cent au dessous du prix de fabrique... Voyez, examinez, faites-vous servir... c'est solide, c'est bon teint; le blanc surtout, très boa teint,,. Examines mes
échantillons... Vous faut-il autre chose? J'ai amené avec moi quelques uns de mes articles. (Remontant la scène, à la cantonnade). Holà ! VOUS autres! arrivez donc, flâneurs et flanelles. (Entrent le Cachemire, vêtu dechAlcs. La Guipure, toute habillée de dentelle. M. Coton-Laiué. habillé comme les mannequins chez les bonnetiers : il a un gilet de flanelle, un caleçon piqué en couleur sur le ventre ; grands bas, des jarretières élastiques, des gants de " coton blanc, un faux col et sur la tête un de ces bonnets de coton de voyage, en couleur, qui encadrent le visage.) Voici un de mes meilleurs associés... M. Coton-Lainé... Il prouve l'inutilité du pantalon et la superlluité du paletot... La Guipure !.. je l'ai mise à la portée de toutes les fortunes et même des marchandes des quatre saisons... Cela coûtait fort cher autrefois, maintenant cela se fabrique avec de vieilles serviettes. Le Cachemire... 11 n'est pas si turc qu'il en a l'air. Tel que vous le voyez, c'est un grand séducteur près du beau sexe, pour les conquêtes, à lui la palme... Mais je ne dois pas oublier ce qui m'attire eu ces lieux. Vous êtes marchand de chevaux?
J01ÏARDEK.
Non, Monsieur, non...
JOSSELIN
Mais mon oncle l'est.
JOBARDEK.
Ce monsieur laid ? ça se voit tout de suite.
LE MARCHAND
Me voilà; que désire Monsieur?
Une cinquantaine de chevaux pour le service de mon établissement.
JOBARDEK.
Comment cela?
Eh ! sans doute !.. j'ai inventé le magasinomnibus; j'ai créé le magasin encyclopédique, le magasin-ville, avec ses rues, ses carrefours, ses places publiques... Enfoncé le petit commerce ! Au diable les petites boutiques de nos pères! Voulez- vous avoir un aperçu de mon établissement?., en voici le dessin, (il déploie le plan d'un monument gigantesque.) Voilà le magasin-ville. 11 y a la rue du Calicot, la place de la Lingerie, le passage de la Filoselle, le cul-de-sac de la Mousseline...
Au: Viiu<l(TÎII« ùe la cinsjc au renard.
Dans ces palais, qu'envi:aient F.ome et Sparte, Sitôt qu'on entre, on se croit égaré, Mais au public nous en donnons la carte.
(A M. Coton.)
Faite-la voir...
(Coton déroule une carte.)
Une lieue au degré.
De nos comptoirs, c'est la topographie.
JOBARDEK.
Ah ! ça, mon cher, comment diable fait-on, S'il faut connaître la géographie, Pour acheter un bonnet de coton.
Il faut connaître, etc.
Vous ne voyez ici qu'une faible portion de mon établissement; je l'agrandis... Je veux qu'il soit aussi vaste que Paris, et ;iour cela, j'ai affermé les Catacombes. C'est une idée qui doit enterrer toutes les autres... « Aux Catacombes, magasin de nouveautés ! » Sept lieues de long sur six de large. Chaque article aura son quartier, son arrondissement, son maire et ses adjoints. Le chaland sera obligé de faire une demi-douzaine de kilomètres pour acheter un écheveau de fil ou une aune de ruban. Ce sera magnilique, admirable. Mais pour ne pas trop fatiguer ce même chaland et afin qu'il puisse faire plusieurs emplettes dans la même journée, nous tiendrons à sa disposition des voitures et des chevaux de selle qui circuleront dans notre magasin... Allons! hop!..