ULRICK, JEANNE MARTENS, FRIDOLIN
(Fridolin a pris place près du feu. et ne tarde s'endormir sur son gros livre. Jeanne a ter, Richard jusqu'à la porte et la referme sur lui • puis elle revient près dllrick, qui est resté assis et pensif dans son coin, et le regarde un moment en silence.)
jevnne MARTENS, prenant sa main.
Mon fils, écoute-moi.
ulrick, se levant.
Je vous écoute, ma mère.
JEANNE MAnTENS.
Ulrick, tu n'aimes pas ton frère.
ULRICK
JEANNE MARTENS
Non.
Pourquoi ?
ULRICK
Parce que vous l'aimez trop, vous, ma mère.
JEANNE MARTENS
Insensé!., je l'aime trop... plus que toi, peutire?
ULRICK
Peut-être.
JEANNE MARTENS
Ulrick, tu es injuste et ingrat... Qu'ai-je donc lit pour lui, que je n'aie fait pour toi ?.. Quand ar le conseil du vénérable abbé de Saint-Donat, m père se décida à consacrer une petite sucïssion qu'il venait de faire à l'éducation de Ritiard, n'ai-je pas obtenu que les leçons de labre Fridolin, fussent partagées entre vous eux?
ULRICK
C'est vrai, et je vous en remercie.
JEANNE MARTENS
Il faut, avait dit encore l'abbé, que Richard )it, au besoin, propre au métier des armes, n des plus braves cavaliers de Flandre fut apelé alors, et comme Richard encore, lu profits de ses leçons.
C'est vrai.
Eh bien !
ULRICK
JEANNE MARTENS
ULRICK
Eh bien!., pourquoi cette éducation pour obscurs vassaux, pour les Dis d'un méfier?.. Tenez, ma mère, il y a dans tout ceci i secret que vous ne voulez pas m'apprendre, ais que je finirai par découvrir.
JEANNE MARTENS
Un secret?
ULRICK
Richard... oui, je le sens là, Richard n'est pas on frère !
JEANNE MARTENS
N'es-tu donc pas mon fils, toi ?
ULRICK
Moi, oh! si fait... et j'en bénis le ciel, car je ius aime de toutes les forces de mon âme !.. ais Richard...
JEANNE MARTENS
Richard nous a été donné par Dieu comme i... nous l'avons élevé et aimé comme toi... li a t-on épargné la faligue? N'est-il pas argé des travaux les pins pénibles du moui? Et s'est-il jamais plaint, s'cst-il montré jaux, lui? A-t-il jamais porté ses vœux plus haut ,e notre modeste fortune, comme?..
Comme moi
ULRICK
JEANNE MARTENS
Eh bien! oui, comme toi... car tu es ambitieux, mon pauvre Ulrick, et tu rougis maintenant de l'élut de ton pore.
ULRICK
Je n'en rougis pus, mais si je ne devais jamais viser plus haut, pourquoi ces leçons, pourquoi?..*
JEANNE MARTENS
C'est vrai, oui, je le vois bien à présent, j'ai eu tort de vouloir tout cela pour toi.
ULRICK
Tort de le vouloir pour moi, mais pas pour lui, n'est-ce pas? Vous voyez donc bien, ma mère, que vous avez un secret, que vous me taisez !
JEANNE MARTENS
Et quand cela serait, si un serment me lie, si ce secret n'est pas le mien, pourquoi chercher à le pénétrer ?
Et Richard le sait-il, lui?
JEANNE MARTENS
Richard ignore tout, et il est content de son sort.
ULRICK
Oui, il n'a pas de cœur.
JEANNE MARTENS
Ah! c'est affreux ce que tu dis là!.. Pas de cœur, lui!.. 11 en a eu assez pourtant pour exposer sa vie et te sauver, quand tu allais périr, l'an dernier, sous les glaces.
ULRICK
Et si je voulais mourir, moi !
JEANNE MARTENS
Mourir!., mais tu es fou!., mourir, quand le sort le plus heureux se prépare pour toi.
ULRICK
Le plus heureux?
JEANNE MARTENS
N'aimes-tu donc plus Niocelle ?
ULRICK
Si ma mère, je l'aime... je l'aime à l'idolâtrie, et c'est pour elle surtout que je voudrais une grande et noble fortune!
JEANNE MARTENS
Pour elle, qu'en a t-elle besoin?.. Tu sais bien quels riches et brillans partis elle a refusés pour loi... jusqu'au fils de Mathias Brower, le grand justicier.
ULRICK
Un chevalier, oui, un chevalier qui a répondu à ses refus par l'insulte, et que je n'ai pu punir, moi, parce que je ne suis qu'un misérable
vassal!.. Oh! mais cela changera, ma mère, cela changera, j'en réponds, ou je périrai!
JEANNE MARTENS
Tais-toi, tais-toi... on vient... Voyons, chasse toutes ces idées nui t'attristent et te rendent injuste... Ne vise qu'où Dieu te permet d'atteindre... et entre l'amour de l'ange qu'il le donne et la tendresse d'une mère dévouée, tu verras qu'il peut encore y avoir assez de bonheur pour toi au vieux Moulin de Saint-Donat.