SCÈNE I
Les Mêmes.
ULRICK
Où sommes-nous ?
DJINA.
Dans l'écurie de Satan, et voilà Zisco, son cheval. Tout homme qui ose appeler à lui ce merveilleux coursier, peut aspirer à tout. Son premier maître a été Mahomet, le prophète. Il a depuis, reparu plusieurs fois sur terref pour conduire d'autres ambitieux à la plus brillante fortune.
ULRICK
Oh ! je ne voudrais, moi, qu'être chevalier, noble comme Richard, avoir droit de combattre, de m'illustrer par mon courage, et revenir ensuite enrichir ma bonne mère et Niocelle, mes seules amours !
On est toujours libre de borner ses vœux : on renvoie le cheval alors, et tout est fini.
ULRICK
Et pour devenir maître de ce cheval, il faut ?..
DJINA , au page.
Approche, Claes.
ULRICK
Claes... mais c'est le nom du petit palefrenier du moulin.
DJINA.
C'est aussi celui du page de Satan... Il y a peut-être quelque parenté entre eux. (Prenant le
petit mors que tient Claes.) Pour être maître du cheval, il faut posséder ce mors magique.
ULRICK
Et le prix?
DJINA.
Oh ! moins que rien : cinq ans de la vie de celui qui l'accepte, pour chaque vœu qu'il forme et qu'il voit s'accomplir. Pour toi, par exemple, ce serait bien peu de chose, puisque la carrière qui t'est promise est de quatre-vingts années, que tu n'as encore atteint que la vingtième, et que tu ne comptes former qu'un seul vœu... Eh bien! le marché te convient-il?
ULRICK, s'emparant du mors. Oui, donne.
DJINA, aux palefreniers.
Mettes la housse au cheval.
ULRICK
Quelle est cette housse?
- DJINA.
Elle a appartenu aussi à Mahomet... Tu vois ces douze rayures noires.
ULRICK
Oui, eh bien ?
DJINA.
Chacune d'elles vaut cinq années de ta vie. Chaque fois qu'après un vœu formé, tu auras dit : je le veux, soit en agitant le mors magique, soit en passant la main dans la crinière de Zisco, une rayure s'effacera delà housse, et cinq coups se feront entendre. Tu seras toujours ainsi averti de la situation de ton compte avec nous... Oh ! nous avons de la probité en enfer, et nous ne prenons personne par surprise... Eh! bien, acceptes-tu toujours ?
ULRICK
Oui, une seule rayure s'effacera, j'en réponds !
DJINA.
Cela dépendra de toi.
ULRICK
A moi donc, Zisco, j'accepte !
(Zisco piaffe. Les palefreniers vont lui mettre la housse. A ce moment, on entend la choche de la chapelle, et un chœur lointain. La nuit la plus profonde couvre alors de nouveau le théâtre.)
CHŒUR
De Saint-Donat la cloche1 vous appelle!
Jeunes amans, vite réveillez-vous.
Venez, venez, à la sainte chapelle Vous enchaîner par les nœuds les plus doux.
(Par une nouvelle transformation, l'écurie infernale a disparu, et l'on revoit le moulin, éclairé par le jour naissant.)
ULtUCK, à Djiii3.
Et le cheval ?
DJINA.
Sois tranquille, il est déjà dans ton écurie, à la place du tien, avec le page de Satan, quiaremplacé aussi le petit palefrenier Claes.
Jeanne martens, dans la coulisse.
Ulrick ! Ulrick !
DJINA.
Surtout, que personnene soupçonne jamais d'où te viendra ton pouvoir, tu serais perdu !
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