SCÈNE m
Les Mêmes, CLAES.
CLAES
Me voici, maître. Nos chevaux sont bien repus, et nous pourrons nous remettre en route quand vous voudrez.
FRIDOLIN
Voyez-vous ça, docteur!.. Les chevaux ont imangé... alors tout est dit... Et nous, donc, (petit malheureux! et nous!.. (Ulrick tire Claes à il 'écart et lui parle bas.) C'est ça, recommencez vos chuchotteries... consulte-le, va, ce fils de sorcière... il ne te donnera que de sages avis, j'en suis sûr, et avec un si prudent conseiller, tu n'as vraiment pas besoin de moi... Aussi... dès demain...
ULRICK, étendant le petit mors magique.
Il faut que je sois chevalier aujourd'hui même... je le veux !
FRIDOLIN, qui n'a entendu que les derniers mots. Qu'est-ce que tu veux?
(Aussitôt que les mots je le veux ont été prononcés, Zisco entre au galop et s'élance vers le gros chêne. Dans ce brusque mouvement, il manque de renverser Fridolin, qui pousse un cri. Arrivé au pied du chêne, Zisco se dresse sur ses jambes de derrière et appuie celles de devant contre lu tronc de l'arbre. En tirant une petite branche, il abat une partie de l'écorce de l'arbre et en découvre le creux, dans lequel sont toutes les nièces d'une brillante armure et une bannière de chevalier. FriJulin est stupéfait.)
CLAES
C'est être servi à souhait, j'espère ! Maître Hrick désirait être chevalier, et voilà qu'à l'ins-
tant même ce brave Zisco lui découvre des armes !
FRIDOLIN
i C'est-à-dire que c'est incompréhensible !.. Il y a quelque diablerie là-dessous bien certaine- ' ment !
CLAES, faisant un signe à Ulrick.
Ah ! bah ! vous voyez le diable partout, vous, tant vou^ en avez peur !.. je suis sûr, moi, qu'il n'y a là rien que de très naturel au contraire.
FRIDOLIN
Très naturel de trouver des armures complètes dans le creux d'un arbre!.. Ce qui est naturel, petit malandrin, c'est qu'un chêne porte des glands, mais non pas qu'il porte cuirasse.
CLAES
En général, oui, vous pouvez avoir raison...
Comment, en général!
CLAES
Sans doute... Mais ici, je vous le répète, tout est simple et s'explique à merveille. (Fridolin lève les épaules de pitié.) Ecoutez, et vous serez de mon avis. Tout-à -l'heure, tandis que je gardais nos chevaux là-bas, j'ai entendu, sans être vu, deux bûclierons d'assez mauvaise mine, qui causaient entre eux de certain meurtre...
FRIDOLIN
Un meurtre!..
CLAES
Oui, commis depuis huit jours dans cette forêt, sur la noble perso nae d'un chevalier étranger... Je crois qu'ils ont dit un anglais... nommé... sire Arundel... chargé d'un message pour l'abbé de Saiut-Donat.
ULRICK
Qu'entends-je?
fridolin, tremblant.
Ah! ça, mais nous sommes donc dans un coupe-gorge, ici?
CLAES
Voyant venir les gardes du grand justicier, les assassins, dont faisaient partie ces pauvres bûcherons...
fridolin.
Ces pauvres bûcherons!..
C'est-à-dire ces coquins de bûcherons... Ils ont bien vite jeté le cadavre de leur victime dans le torrent de la Roche-Noire, n'ont emporté que son or et ses bijoux , et ont caché son armure dans le creux de cet arbre, où ils comptaient la reprendre plus tard... Et voilà comme quoi un chêne peut porter cuirasse, mon digne maître! (Il lui donne une tappe sur le ventre.) Voilà donc une succession ouverte; .V. acceptez-la, maître Ulrick ; présentez-vous ensuite bravement à la cour du comte de Flandre, où persotme. nô COU-
naissait l'illustre défont, et vous y serez bien reçu en sa place, je vous eu réponds!
(U \ a prendre l< le l'armure.)
HUDOI.IN.
Ta! ta! ta!., on voilà de beaux conseils!.. Mais. >etit pendard !