‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 375 sur 1577 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

L'EMPEREUR, BÊRTHIER, l'état-major, la population se pressant autout de lu>.

l'homme. Oh ! Sire! Sire ! vous voilà donc! Quel bonheur! oh! nous ne craignons plus rien maintenant, l'Empereur est avec nous, vive l'Empereur!

l'empereur. Merci, mes amis, merci! Eh bien, voyons, qu'y a-t il?

pierre. Il y a, Sire, que tout est en feu aux environs. Il y a que nous sommes entourés d'ennemis, et qu'ils étaient là tout à

l'heure, les gueux, les brigands, et qu'ils ont tué un homme.

l'empereur, Un homme du pays?

pilrre. Oui, Sire, un vieillard de 80 ans.

l'emphreur. Les misérables! Berthierl

berthier. Sire?

l'empereur. Cinq cents francs pour la famille.

FORTUNÉ, paraissant arec son fusil à deux coups. Inutile, Sire.

l'empereur. Ah ! c'est toi, Michelin. Pourquoi inutile ?

fortuné. Parce que c'était mon père.

l'empereur. Ton père ! mon pauvre Michelin.

fortuné. Oui, le vieux, le vieux de la guerre de Sept ans. ♦

l'empereur. N'était-ce point pour soigner ce vieillard que lu m'as demandé ton congé ?

FORTUNÉ. Oui, Sire; mais il n'a plus besoin de rien, pauvre vieux, hinon...

l'emperlur. Sinon d'être vengé, n'est-ce pas?

fortuné. Oh ! quant à oela il doit être content. J'ai fait coup double sur le colonel et le major du régiment que mon colonel est en train de reconduire. Mais ce n'est pas cela qui lui ferait plaisir.

L'empereur. Eh bien ! voyons; dis.

fortuné. Eh bien ! ce qui lui ferait plaisir, c'est quand on va le porter en terre tout à 1 heurt-, ça serait que les tambours lui battissent un pauvre petit ban, comme cela... Uamplan! ramplan ! accompagné de quelques coups de fusil , qui lui rappelassent ses vieilles guerres; il demandait toujours cela, pauvre vieux, à son enterrement. C'était sa façon de penser.

l'empereur. C'est bien ; ce sera fait.

fortuné. Merci, mon empereur.

l'empereur. Voyons, mes enfants, lesquels d'entre vous peuvent me donner des renseignements?

EMMANUEL. Moi, sire, si Votre Majesté le permet.

l'empereur. Vous! Soit; approchez. (// s'approche de la table sur laquelle on a étendu des cartes.) Que savez-vous?

EMMANUEL. Je puis dire d'une manière précise à Votre Majesté où est l'ennemi.

l'empereur. Où est l'ennemi?

Emmanuel. En revenant de Bar-sur-Aube, j'ai été pris par les Prussiens et conduit à Bliicker, -qui m'a gardé deux jours. Je me suis sauvé il y a un quart d'heure seulement.

l'empereur. Comment cela ?

EMMANUEL. Un régiment français , guidé par nnejenne fille de ce village, par là sœur du soldat qui tool à l'heure avait l'honneur de parler à Votre Majesté, est tombé à l'improvfete sur le campement prussien, de tforte qu'au milieu du désordre j'ai pu sauter sur un cheval et venir rassurer nia pauvre mère qui me croyait perdu.

l'empereur. Ht que pouvez -vous me dire?

EMMANUEL. Sire, le maréchal Blùcker et le général Sacken ont passé cetie nuit à Bar- Bur-Aube et doivent être en ce moment aux environs de Brienne, marchant sur Tro\es pour y donner la main aux Autrichiens. Le corps que nous venons de rencontrer ici est relui du général Lanskoi, qui suivait celui du général Sacken. Enfin les troupes restées on arrière sont celles du général York, chargées de contenir la garnison de Metz.

l'empereur. Ah! ah! Ainsi nous venons de couper en deux l'armée de Bliicker, au moment où elle passe de Lorraine en Champagne.

EMMANUEL, Justement, Sire.

l'empereur. Comment savez vous tout cela, monsieur?

Emmanuel. On ignorait que je connusse la langue allemande, de sorte que l'on ne se cachait point de moi.

l'empereur. Qui êtes-vous, monsieur?

Emmanuel. Sire, je me nomme Emmanuel de Mégi igny ; je suis neveu du colonel Bertaud.

L'EMPEREUR. Bien; que faites-vous?

EMMANUEL. J'étudie la chirurgie à Troyes. Je venais près de ma mère que je ne voulais pas laisser seule et exposée au milieu des ennemis, lorsque j'ai été pris par les Prussiens.

l'empereur. Voulez-vous être attaché à mon état-major?

EMMANUEL. Sire, ce serait un si grand honneur que je n'ose l'espérer.

l'empereur. C'est bien. Berthier, inscrivez ce jeune homme.

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