‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 387 sur 1577 · SCENE VIL L'EMPEREUR, BERTAUD , EMMANUEL · texte numérisé non relu

SCENE VIL L'EMPEREUR, BERTAUD , EMMANUEL

l'empereur. Oui, je me lasserai. La puissance humaine a des limites. Un jour la force m'abandonnera. Ce sera cette fois la trahison de la nature , la dernière , la plus terrible des trahisons. Oh ! le proverbe arabe : « Mieux vaut être assis que debout, mieux vaut être couché qu'assis, mieux vaut être mort que couché. » (Se couchant sur son lit de camp.) Le fait est qu'on doit être bien dans la tombe, on a le repos , et c'est si bon le repos.

Emmanuel. Sire!

l'empereur. Ah ! je ne me croyais pas un si puissant enchanteur ; j 'invoqua la mort et la voilà.

LA BARRIERE CLTCHY.

Emmanuel. Sire, voici ce que Votre Majesté m'a demandé.

l'empereur. Quel est ce poison?

Emmanuel. Une conc°ntration d'opium.

l'empereur. En combien de temps cela me tuera-t-ii ?

Emmanuel. En cinq minutes.

l'empereur. C'est long. Monsieur, vous êtes chirurgien-major.

emmanull. Merci, Sire ; mais je l'avoue à Votre Majesté, je voudrais devoir mon grade à un moins triste service.

l'empereur. Vous avez tort, Monsieur; c'est le plus grand peut-être de ceux qu'on m'aura rendus.

bertaud s'est levé et est allé au chevet de V Empereur, Sire!

l'empereur Que veux-tu , mon ^ ieil ami?

bertaud. Sire, il y a une heure à peu près que Votre Majesté m'a dit : « Vous me direz ce que vous dédirez , Bertaud , et s'il est en mon pouvoir d'exaucer votre désir , ce que vous demanderez vous est accordé d'avauce au n m de ma femme et de mon enfant. »

l'empereur. C'est vrai , j'ai dit cela ; eh bien ! que désires-tu , Bertaud ?

BERTAUD. Je désire que Votre Majesté me donne une des deux bagues qu'elle porte à son doigt, c'est-à-dire la moitié du poison que lui a préparé Emmanuel.

l'empereur. Pourquoi (aire?

bertaud. Pour mourir le jour où l'Empenur mourra.

l'empereur. Bertaud , vous avez un fils ; Bei taud, vous avez une fille.

bertaud. Tous deux sont riches, grâce aux bienfaits de Votre Majesté , tous deux peuvent donc se passer de moi.

l'empereur. Bertaud, vous ftlés fou.

bertaud Sire, Votre Majesté est libre de me refuser ce poison, mais comme elle l'a dit tout a l'heure, on a toujoui s sous la main le pistolet de Beaurepaire. (IL va se rejeter sur son Ut.)

L'empereur. 11 le ferait comme il'ledit; allons, voilà qui console.

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