SCÈNE VII
FORTUNÉ seul, puis VICTOR.
fortuné. Ah! oui, le médaillon de la mère , on connaît cela. Comment, diable , le colonel a-t-il fait pour le donner à sa fille? Fes:e! il faut qu'il l'aime bien.
VICTOR , entrant par le perron du jardin. Fortuné!
fortuné. Ah ! c'est vous , monsieur Victor ?
victor. Dis-moi, que veut dire cela , le préfet ?. . .
fortuné. Eh ! mou Dieu , oui , monsieur Victor, il sort d'ici.
vigtop. D'ici! Et qu'y venait-il faire?
fortuné. Ah! voilà! qu'y venait-il faire ? Pas grand'chose de mal à ce qu'il paraît, attendu qu'en sortant il a dit à votre sœur qu'elle était une sainte, ce qui est aussi ma façon de penser.
victor. Et à mon père, a-l-il parlé à mon père ?
fortuné. Oui, il lui a dit qu'il allait donner ses ordres à propos de la Saint-Napoléon.
victor. Comprends-tu quelque chose à cela, Fortuné?
fortuné. Non, mais votre sœur peut tout vous expliquer.
victor. Sans doute, plus tard ; mais en ce moment-ci je n'ai pas le temps; quelques amis doivent venir me rejoindre ici, je les attends.
fortuné. Vous savez que les réunions audessus de vingt et une personnes sont défendues.
victor. Nous ne sommes que cinq ou six, D'ailleurs, nous ne conspirons pas, Fortuné.
fortuné. Vous ne conspirez pas, tant mieux; d'ailleurs tout le monde est libre de garder son secret; mais en tout cas si vous conspirez, prenez garde aux cocardes tricolores. . La cocarde tricolore, c'est leur caurVmar; ils seraient capables de faire fusiller mon caniche s'ils le rencontraient dans la rue avec une cocarde tricolore pendue à l'oreille : pourquoi ça? c'est qu'ils savent bien, voyez-vous, qu'elle reviendra un jour ou l'autre; aussi j'ai la mienne, moi, cousue dans mon bonnet de police, et comme je couche avec, elle ne me quitte ni jour ni nuit.
victor. C'est bien ! c'est bien ! Fortuné, tu apporteras de l'eau-de-vie, du rhum ei
(les citrons; c'est une soirée de garçons, nous faisons du punch ; ne parle à personne de cette petite débauche, pas à mun père surtout, encore moins à ma sœur.
fortuné. C'est dit. D'ailleurs vous êtes le second maître de la maison, et quand le premier est absent, libre en toute liberté, monsieur Victor, c'est ma façon dépenser.
yictor. Ecoute, Fortuné,
fortuné. Présent.
victor. J'attends les amis dont je t'ai parlé, par la porte du jardin. Comme cette porte donne sur une ruelle déserte et que notre maison est un peu suspecte, ils préfèrent entrer par là; ils frapperont trois coups ainsi, vois-tu : Pan ! pan !.. . pan ! Tiens-toi à la porte du jardin et ouvre. Ces messieurs arrivés, tu seras relevé de faction.
fortuné. Bien.
victor. Alors tu nous apporteras le sucre, le rhum, les citrons, et comme nous n'aurons plus besoin de loi, eh bien! mon cher Fortuné, tu pourras aller te coucher. Attends, il me semble qu'on frappe. Oui, va ouvrir.