‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 418 sur 1577 · CAMPBELL · texte numérisé non relu

CAMPBELL

l'empereur, discutant. Oui, certes, Monsieur , l'Angleterre est une grande nation,

et la prouve, c'est que ma politique éternelle, colle à qui je dois d'être ici , a et''1 de vouloir la ruiner. Mais la France, croyez-moi, a dans l'avenir une mission bien autrement providentielle que l'Angleterre.

Campbell. Providentielle ! Sire , et pourquoi Dieu alors , malgré l'exergue de vos pièces de cinq francs , prolége-t-il si mal la France à l'endroit de l'Angleterre? Pourquoi n'avez-vons que Tail'ebourg et Foulenoy à opposer à... ?

l'empereur. Oh! dites hardiment, Wonsieur, à Poitiers, à Crécy , à Azincourt , à Aboukir, et à Trafalgar.

campbell. C'est vous, Sire, qui avez prononcé ces cinq no us de ba failles.

l'empereur. Oui, et ces cinq noms de batailles résument tome notre histoire. Ces cinq mots expriment chacun une de ces défaites dont on croit qu'un pays ne se relèvera jamais , une de ces blessure s par lesquelles on croit qu'un peuple va perdre tout son sang, et cependant, Monsieur', la France s'est toujours relevée, et cependant le sang est rentré dans les veines de son robuste peuple. L'Anglais nous a toujours vaincus, mais nous l'avons toujours chassé; Jeanne d'Arc a reconquis à Orléans la couronne que Henri VI avait r-éjà posée sur si tète, 8! moi, avec l'épée de Marcngo <t d'Aus'erlilz , j'ai, à Amiens, gratté les Heurs dfl lys dont s'érarteiait depuis quatre centsans le blasai rie Georges IV. Il est vrai que les Anglfia ont brûlé Jeanne d'Arc à Itouen ; il est vrai que les Anglais, s'il faut en croire certains bruits , qui transpirent au congrès de Vienne et qui arrivent Jusqu'à moi, me rés* rvent encoie pis. Mais qu'ils y prennent garde! les Français ont fait de Jeanne d'Arc v,\)t> sainte, il ne me manque que le martyre pour qu'ils fassent de moi un Dieu.

campbell. Sire, en vous fais nt immortel d'avance , vous leur avez épargné les trois quarts de la besogne.

l'empeheur,* ■•luriunt. C'est ma faute, capitaine; je vous avais donné la réplique, C0BWK dit mon ami ïalma. Maintenant d'où vient Celte haine qui attaque sans ce-.se, d'où vient celte force qui repousse : terneliemeit ? d'où vient ce flux qui depuis cinq siècles apporte l'Anglete, Kfl db B nous, et ce rell ix qui depuis cinq siéolea la reporté chez elle? Ne serait-ce pas, dites-moi , Monsieur, que dans l'équilibre des mondes, elle représmterait la force et nous la pensée, elle le fait, et nous l'idée? Tenez, Monsieur; je vais vous matérialiser mes paroles : autrefois, aux deux côtés de la Méditerranée, existai, nt deux peuples personnifiés par deux villes :

d'ici l'on pourrait voir la place où est l'une et la place où fut l'autre. Elles se regardaient comme des deux côtés de l'Océan se regardent la France et l'Angleterre ; ces deux villes , c'était Rome et Carthage. Aux yeux du monde, à cette époque, elles ne représentaient que deux idées matérielles : lune le commerce, l'autre l'agriculture; l'une le vaisseau, l'autre la charrue. Après une lutte de deux siècles, après Trébie, Cannes et'irasimène, ces Crécy, ces Poitiers, ces Azincourt de Rome, Carthage fut anéante à Zama, et la charrue, victorieuse du va i-seau, passa sur la cité de Didon, et e sel fat semé dans les sillons de la chai rue, ei les malédictions infernales furent suspendues sur la tête de quiconque essaierait de réédificr ce qui venait d'être détruit, Pourquoi fut-ce Carthage qui succomba et non p inl Rome ? Estce parce que Scipion fut plus grand qu'Annibal? Non, au contraire, le vainqueur disparaît tout entier dans l'ombre un vaincu; non, c'est qde la pensée éait aveê Rome, c'est qu'elle portait d'avance dans ses flancs féconds la parole du Christ , c'est-à-dire la civilisation du monde. C'est qu'elle était, comme phare, aussi nécessaire aux sièvles écoulés, que l'est la France aux siècles à venir. Voilà pourquoi la France n'a pas éié engloutie à Aboukir et à Trafalgar. C'est (pie la France catholique , c'est Rome ; c'est que l'Angleterre protestante n'est que Carthage. L'Angleterre peut disparaître de la surface du monde, et le momie sur lequel elle pèse battra des mains; mais que la lumièie qui brille aux mains de la France, tantôt torebc, tantôt flambeau, s'éteigne, et le monde tout entier poussera, d ns les ténèbres , un long cri d'agonie et de désespoir.

campbell. En attendant, Sire. l'Angleterre s'étend et la Fiance diminue.

l'empereur. Et oroyea-Vous, monsieur, que la force soit louj -ur-. en ra'son de l'étendue? Ecou ez, j'ai repoussé, et cela inconsidérément, j'en ;i bien p ur. la oY-cuverle d'un de vos conipatriotet) nommé l-'ulion : il m'apportait la foudre dans sa main, mieux que la foudre, la vapeur. Mes savants ont décidé que c'était ; n foui la po.léritéoass peut être ce jugement. En attendant, savezvous ce que préic'ri lait cel homme? c'est q, ave uil seul ch-uiui chargé de vapeur il pouvait traîner vingt, trente, soixante chariots chargés d'hommes, e: g a le pierres, chargés d< plomb, et, tuai ré eux, malgré leur imrt'e, les conduire où il voudrait; il appelai! ce preninr chariot, plus for! à lui seul que les cent autres parce qu'il renfermait le feu divin, une loc fltottvè: Kh bien! monsieur, comprenez- ons ce que vous faites

de la France en lui enlevant ses colonies d'Amérique, ses colonies de l'Inde, ses frontières du Rhin, ses limites de la Savoie? vous la chargez de vapeur, vous la lancez à la tète des autres peuples, vous en faites la locomotive qui conduira le inonde à la liberté! Hein, qu'y a-t-il? que me veut-on?

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