‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 439 sur 1577 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

bastien , à Jean Leroux. Appuyez vous sur moi. Voyons, vous autres, donnezlui donc une chaise. Eh bien, voyons, qu'avez-vous, mon ami?

jean leroux. J'ai, que j'ai marché une partie de la nuit et que je n'en puis plus.

bastien. D'où venez-vous donc? de Lyon?

jean leroux. Je viens du fond de la Russie.

une vieille femme. Du fond de la Russie ! pauvre cher homme. Entendez-vous, Mathieu, il vient du fond de la Russie.

bastien. Vous étiez donc prisonnier ?

JEAN leroux. Oui, blessé à Leipsick, j'ai été laissé pour mort sur le champ de bataille, et conduit avec les autres prisonniers du côté de Kiew, puis la paix est venue, puis on nous a dit que nous étions libres et que nous pouvions retourner en France ; nous nous sommes mis en route, à deux ou trois cents de notre troupe et nous sommes arrivés à dix. La fatigue et la misère avaient pris les autres.

bastien. Vous êtes donc du .Midi , que vous vous en revenez par ici?

jean leroux. Non ! je suis de Saint- Dizier.

bastien. On n'a donc pas voulu de vous dans votre pays, que vous voilà ?

jean leroux. Ça n'est pas ça ; mais dans mon pays, il y avait une jeune fille nommée Catherine ; nous nous aimions et ma foi, quand je suis parti , elle était mère, je lui ai dit : Sois tranquille, Catherine, après la campagne la noce. Mais après la campagne,

bonsoir, j'étais prisonnier. Aussi mon premier soin en arrivant a été de m'occuper d'elle, de demander de ses nouvelles ; j'ai apprs alors qu'elle s'était faite vivandière, qu'elle était partie avec son frère, qu'elle avait suivi l'Empereur à l'île d'Elbe. Alors je me suis reposé vingt-quatre heures en route et me voilà. Je viens dire à ma fiancée : Veux- tu de moi comme mari, Catherine ?

la vieille. Eh bien à la bonne heure, voilà un brave garçon !

bastien. Hein ! grand'mère, qu'est-ce que vous en dites ? ça se pratiquait-il comme ça du temps de Fontenoy ?

la vieille. Allons, allons , mes enfants, ne dites pas de mal du temps passé, il y a eu de braves gens à toutes les époques. Alors, mon ami, vous allez bien boire, bien manger et bien dormir, n'est-ce pas?

jean leroux. Je vais bien boire, bien manger et me remettre en route.

bastien. Vous êtes donc bien pressé?

jean leroux. Tiens, quand il y a trois ans qu'on n'a vu sa maîtresse et deux ans qu'on n'a vu son empereur.

bastien. Vous allez donc le voir l'Empereur ?

jean leroux. Je l'espère bien , à moins qu'on ne me crève les yeux.

bastien. Eh bien , vous lui direz de la part de Bast;en , de la ferme des Grenaux , ousqu'il a couché le soir de la bataille de Montmirail Y était mal couché tout de même, mais il y a bien dormi. En v'ià un qui n'a pas peur des revenants. Et puis, vous l'y direz encore , comme la ferme a été brûlée le soir de la petite affaire , que je suis venu m'éiablir ici à Lamure, sur sa route ; c'est cause que si y prenait l'idée de revenir

un paysan. Chut donc, Bastien.

bastien. Chut! Et pourquoi ça? Est-ce qu'il y a des mouchards ici ? Eh bien , que s'il lui prenait l'idée de revenir, il serait le bien venu, quoi !

jean leroux. Je lui dirai, soyez tranquille. Allons , mes amis , merci.

la vieille. Eh bien ! vous vous en allez?

jean lerodx. Que voulez-vous? Il faut se remettre en route. Allons. Adieu, les enfants, adieu, grand'mère! (On entend le tambour. ) Qu'est-ce que c'est que cela? {Une arant-garde de grenadiers.) Tiens, les grenadiers de la garde , je croyais qu'on leur avait changé leurs uniformes, à ces vieux braves.

bastien. Eh bien oui , ils leur avaient changé.

42 LA HAIUUEIU. I i li.lh

SCKNK II.

I \S (.111 \ vDJEilS I.I'S l'AVSWV Li S <;uE\Ai>lEiis. Bon nur, les amis, bon-

jour !

BA8TIF.N. Legarî'-z uone , ils ont la cocarle trcolore.

lorrain. Eli Mea ! oui , nous a\ons la cooardi tricolore. l*M M m1"' "' " ' i ,;is 'a coranl" iiJKin.iie tri nom : Oui, nous avons le drapeau tricolore. Est ce que ce n'est pas le dr.i p< -an dç 1 I in,) rcur?

insi un. Dfl l'empereur!

LORRAIN. Oui, jftOMMH l'Oiis sommes lawint-gaide du l'Empereur, vive l'Emper m !

jean leroux. L'Empereur! l'Empereur !

i \mien. Mais il vient donc, l'Empereur?

LOIRAIN. II non .■suit. 'cm •/., w.i à d'abord le tambour-major, qui m dni toujours ma demi-once de caporal, i : tambours,

et puis 1rs lan« i> r pol puis l empe-

reur, et pois lis vieux de la vieille, et puis tout le tremblement.

jean i eroux. Alors, mon ami, vous venez de l'île d'Elb ?

lorrain. Brètt comme un boulet de canon.

ji;an leroux, Connaisse .-vous Catherin^

lorrain. Catherine la vivandière? Calhcrine Michelin, veuve Jean Leroux? nu peu que je la connais.

jean leroux,. Hein?

lorrain. Oh! pour le bon motif. Ce i la Jeanne d'Arc des vivandien s.

jean li:roi \. Où est ejie .'

LORRAIN. A cent pas d'ici.

jean LEROUA. Oh ! Calli- r ne ! Catherine !

tous les paysans, i, 'Empereur ! l'Empereur !

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