SCÈNE II
Les Mêmes, LÎPPANI.
LTPPANI, entrant sur les derniers mots.
Lâche, dites-vous?... Vous n'écrirez pas ce mot, général, car me voilà !...
Bonaparte. Quel est cet homme et que me vtuL-il?
lippani. Le comte Lippani, gouverneur du Lido. sir-fiinr 'juttil uW
Bonaparte. Lippani !. .. et tu oses paraître devant moi!... Sais-tu le sort qui t'attend ?. . .
LiPPANL Oui, je le sais.. . Faites assembler \<i ronseii de guerre.
Bonaparte. Je ne te ferai pas cet honwènnl . Les assassins tels que toi sont fusillés sur-le-champ.
lippani. Fais-moi fusiller si tu ie veux, mais ne m'insulte pas !... Moi, un assassin !...
Bonaparte. Tu étais 1- urchef!... c'est au nom du commandant du Lido (pie Pavie. a é'é ensanglantée ; c'est au nom du i oiumandant du Lido qu'on a sonné les pàques véi o-
150MPARTE. W
SCÈiNE III.
Les Mêmes, JOSÉPHINE, entrant, suivie de
naiscs
lippani. On a abusé de mon nom ; Venise et ses moines m'ont trompé, comme ils t'ont trompa toi-même. Je ne porte pas de poignard, moi... je porte une épée; et, avant de te la rendre, c'est sur cette épée, c'est dur mon honneur de soldat que je jure que j'ai été indignement calomnié... Et quand je parle ainsi, le général Bonaparte, soîdat comme moi, doit me croire !. . .
BOlnapartE, après un moment de silence.
Mais cependant, à Lonato, tu t'étais déclaré contre moi?
lippani. C'est vrai!...
BONAPARTE. Pourquoi,'
Wppaml Pour me venger d un homme que j'admirais et qui a détruit mon bonheur.
Bonaparte. Quel est cet homme
lippani. Ne me questionne pas davantage; je ne le îiommmi pas.
Njdcli, oui se tient à l'écart.
Joséphine, à Bonaparte. Mais je le le nommerai, moi.
BO::aParte. Toi, Jo^hine?
Joséphine. Oui, mon ami... Celui qne le comte Lippani admirait h l'égal d'un dieu et pour qui, maintenant, il n'a plus assez de haine dans le cœur , c'est le général Bonaparte !..
BONAPARTE. Moi?
Joséphine. Toi-même, l'auteur involontaire du margeur de toute sa rie.. .
Bonaparte . Comment ? et qui a pu dire ? . . . Joséphine. La comtesse Lippa-i... ou plutôt h bonne, la douce Naddi * elle-mùme. (Naddi s'avance.)
tonaparte. Eh quoi ! vous serisz?...
naddi. La femme du comte '.ippao .-, oui, général, et c'est à genoux que j'implore la grâce de mon mati!...
lippani. Arrêtez, ip (la e ; il faut d':bcrd savoir si le comte Lippani tient assez à la vie pour l'acheter au prix de son honneur !...
Bonaparte. Je ne vous comprends pas, monsieur.
naddi. Eh bien! général, j'oserai tout vous dire...
bonaparie. Parlez, madame.
naddi. Apprenez donc gf'at) I omine, un miséraWe, a jeté dont; le fftkK du mon mari ! les germes d'un soupçon qui outrage à laj fois mon honneur die votre.- yéné- al... Cet : houi'iie, vous ne. pouvez l'avoir publié, car il élait déjà votre ennemi mortel a Toulon. bonÂpai-.te. Sal'ccUi?.. naddi. Il a remis au comte une lettre que je vous avais adressée de Florence ei aoni les tërWesj bien mieilement interprétés, ont enîlammô la <:ol re et la hHhiê fié
r.ON aparté, faisait un pas ver* Lipp En vérité, monsieur, il fuit que la jalousie ait t'a'al me-' 're raison, pour que vous
ay-z pu vous méprendre sur des sentiments si nobles et si pur.:... Je n'a: qu'un mot à vou.ï dire : c'est que la comtesse Li.»pani est une de ce.s fQUfflftf devant qui tout bon me d'IiouNi-ii | rgs -cet... {U
aie son cJiapaua) et qui ont !a gloire de leur sexe.. . Et si vous avez le malin ur d'en douter encore, c'est >nr mon épée, t'est sur mou honneur » e soldat que je le jure; et quaud le général Bonaparte parle ainsi, a votre tour, monsieur, vous devez le croire!...
lippani, avec enthousiasme. Oui, oui, je voils crois!... iNaddi, me pardounez-vous?...
Joséphine. Oui, elle vous pardonne !...
BONAPARTE
Bonaparte. Mlle vous sauve la vie et elle vous rend votre é|iée.
L1PPANI. C'est à vous, «général, que je les consacrerai toutes deux.
konaparte. J'y compte si bien, que je vous nomme gouverneur de Pavie, certain que la nouvelle république italienne ne me désapprouvera pas... Junot, sommes-nous prêts à partir ?
junot. Oui, général.
Bonaparte. Allons, Joséphine, fais tes a deux à la comtesse. (Joséphine embrasse Naddi ; les deux femmes sortent, ainsi que Lippani. Roulement. Officiers, Soldats, etc. Sur un signe de Bonaparte, le tambour cesse. Aux soldats. ) Soldats, la paix vient d'être signée entre l'empereur et la France... Je vais partir pour Paris. En me séparant de l'armée, je me console par l'espoir de me retrouver bientôt au milieu de vous, luttant contre de nouveaux dangers. Quelque poste que le gouvernement assigne à l'armée d'Italie, nous serons toujours les dignes soutiens du nom français. En vous entretenant des princes que nous avons vaincus, des peuples qui nous doivent la liberté, et des combats nombreux que nous avons livrés, vous aurez le droit d'être fiers, car vous pourrez dire : c'est l'armée d'Italie qui a fait cela, et j'en étais.
tous. Vive le général 1... (Alboise paraît avec six grenadiers; ils sont en grande tenue. )
junot, à Alboise. Que voulez-vous?
alboise. Parler au général, donc!...
Bonaparte, se retournant. Qu'est-ce? Ah!
c'est mon grognard... Eh bien, que me voulez-vous?
alboise. Général, les anciens que voici m'ont choisi en qualité du plus éloquent et du moins timide du régiment, pour avoir la chose de vous faire une manière d'allocution, si tant est que vous voulez bien le permettre...
Bonaparte. Je t'écoute, mais sois bref...
alboise. Ça y est, général... Vous avez fait la paix et vous allez partir. .. Ceci peut ne pas vous faire plaisir ; mais nous n'avons pas à nous immiscer, comme dit le quartiermaître; nous présupposons que vous n'oublierez pas les anciens ; mais il y a un proverbe qui dit : Les petits cadeaux entretiennent...
Bonaparte. J'entends... à quelques-uns d'entre vous j'ai promis des sabres d'honneur; vous les aurez, et peut-être un jour... mieux encore.
alboise. Merci... ça n'est pas de refus... dans l'occasion on vous en nui aichiia la mémoire... Mais ce n'est pas de e <iu '' *'a8 l ; c'est UOU9, au contraire, qui \< DUUS a cette fin de vous prier d'accepter un |>e il cadeau, comme qui dirait en guise de -ou\« nir.
BONAPARTE. L'n badeau, a moi?
ALBOISE. Voici l'objet .. Il prend un petit sac et en tire une numtrti
Bonaparte. Une moivre !...
alboise. Vu que ce le dont \ous tous servez, foi d'Alboise, ce n'est pas pour l'hu tuilier que Je le dis, mais elle ne iï"-l > n«s le soleil... e!!c file des heures à la uTnure... Nous nous en sommes aperçus à la prise de...
Bonaparte. C'est bien, j'accepte... Ce sera un souvenir de ma brave armée d'Italie...
junot. Tout est prêt, général.
Bonaparte. Partons.
tous. Vive le général !
Vingtième Tableau.