‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 707 sur 1577 · MIGNON, MAURIZIO · texte numérisé non relu

MIGNON, MAURIZIO

MIGNON. Dam! vous comprenez, monsieur le comte, c'est une chose sérieuse qu'une prise de voile, la professe surtout étant étrangère, et l'on tient à être en règle.

MAURizio. Eh! mon cher mon-ieur, vous y êtes, eu règle! Voici votre dispense, voici

la donation de six mille écus romains faite par la comtesse Albizzi a votre couvent, ou plutôt au couvent des Ursulines, dont vous êtes directeur. Enfin, voici pour vous la survivance a la cure de Saint-Pierre de Loudun, avec un bénéfice de trois mille livres pour vous faire prendre patience. Quant au reste, la chose est bien simple, mon Dieu ! Ha sœur, encore mineure, a é'é enlevée de la maison maternelle par un officier français qui, pendant (pie nous avions obtenu sa mise en reti.i te chez les Ursulines de Loudun, l'a abandonnée, et court l'Italie pour son plaisir.

URBAIN GRANDIER

D'ailleurs, il me semble que Bhnca ne vous fait pas résistance, n'est-ce pas?

mignon. Non, monsieur le comte; depuis qu'elle sait que M. de Sourdis ne l'aime plus, elle va au contraire au devant de 1 heure qu'elle semblait tant redouter auparavant.

MAURIZIO. Et dites-moi : les vœux une fois prononcés, ils sont eu France, comme en Italie, indissolubles, n'est-ce pas?

mignon, Oui, monsieur le comte.

maurizio. Oh! c'est que vous avez un diable de parlement !

mignon. Il ne connaît pas des araires ecclésiastiques.

maurizio. De sorte que quand même elle apprendrait, dame! il faut tout supposer, quand elle apprendrait que nous nous sommes trompés à l'égard de M. de Sourdis, et que M. de Sourdis l'aime toujours.. .

mignon. M. de Sourdis aime donc toujours votre sœur ?

maurizio. Eh ! mon Dieu 1 qui vous dit cela ? Je suppose, moi ! — Comment voulezvous que je sacheen France ce qu'il fait là-bas en Italie? On m'écrit qu'il va se marier avec la plus riche héritière de Turin, je le crois, et vous devez le croire aussi, vous, jusqu'à ce que vous ayez preuve du contraire.

mignon. Je le crois aussi, monsieur le comte.

maurizio. De sorte que lorsqu'elle apprendrait que nous nous sommes trompés, et que par conséquent nous l'avions trompée, une fois les vœux prononcés...

mignon. Il n'y a plus moyen de revenir dessus. Non, monsieur le comte, et il n'y a pas d'exemple,

maurizio. Bien, merci, c'est assez. Elle ignore que je suis ici, n'est-ce pas?

mignon. Elle vous croit à Mantoue. Et comme hier encore nous lui avons remis une lettre de vous qui est censé venir d'Italie...

maurizio; Bon, je suis là, derrière ce pilier; personne ne me connaît que vous, la supérieure et voire vicaire Barré; je ne paraîtrais que s'il était absolument besoin. Ah! voici qu'on ouvre. Oh ! ne vous faites pas attendre, beim!

mignon, se retirant. Monsieur le comte peut être tranquille. Tous les ordres sont donnés et toutes les précautions sont prises pour qu'il n'y ait aucun relard. (Ils' éloigne.)

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