‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 718 sur 1577 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

URSULE, dans Vin pace, GRANDIER et DANIEL, de Vautre côté de la grille.

Daniel. Viens, mon frère, nous approchons.

grandier. Nous approchons, dis-tu ?

Daniel. Oui, tiens, là. (// montre du doigt.)

URSULE. Oh! mon Dieu! mon Dieu!

grandier. Mais il y a une grille qui nous empêche d'arriver jusqu'à elle.

ursule. C'est sa voix ! c'est sa voix !

daniel. Attends 1

URBAIN CKANDIEH.

grandier. Que fais-tu 7

DANIEL. Attends, le dis-je? (// touche les harrcaux de la grille les uns après les autres.) Secoue ce barreau, frète; il est rongé par la rouille, il cédera-

grandier. Celui-ci?

DANIEL. Oui.

grandier. Mon Dieu, donnez-moi la force.

ORSFLE. C'est lui ! c'est Urbain ! [Elle essaie de briser su chaîne.) Urbain, c'est Ursule ! Urbain, à moi, à moi, je suis ici 1

grandier, secouant le barreau. Attends!

attends ! nie voilà ! [Tout deux réussissent cntnêmetemps dans un violent effort . Ursule rompt sa chaîne et Grandier arrache le barreau, ils se précipitent en même temps et se trouvent d'un côté de la grille de fin face. Daniels assied immobile.)

tous deux. Ursule !

URSULE. Grandier ! Ah 1 je savais bien qu'il me trouverait.

grandier, regardant sa robe. Mon Dieu!

mon Dieu ! en la revoyant j'avais tout oublié... Ursule, pardonnez-moi.

Ursule, tombant à genoux. Votre bénédiction, mon père !

grandier. Oh ! oui, soyez bénie, ange du ciel qui p mr moi avez souffert comme un martyr, soyez bénie, vous que Dieu me défend d'aimer comme une amante, ma s me permet d'aimer comme une sœur.

ursule. Hélas! hélas !

grandier. Ursule, ma sœur, ayez pitié de moi, aidez à mon courage au lieu de l'affaiblir. Ursule, l'important est d'abord de vous faire sorti d'ici : ouest la clef de cette grille?

ursule. Cette femme qui me tient prisonnière : la porte éternellement à son cou, et vous ne parviendrez pas à la lui enlever.

grandier. Peut-être. (Appelant.) Daniel !

Daniel, se levant et venant. Me voilà I

Ursule. Mon Dieu, qu'a-t-il donc? je ne reconnais ni sa voix ni sa démarche; on dirait qu'il est mort.

grandier. Soyez sans inquiétude, Ursule.

Daniel, cette femme qui était ici tout à l'heure, celte femme qui tient Ursule renfermée, est-ce la même que celle que lu as vue faisant ouvrir le tombeau ?

daniel. Oui, c'es'. la même.

grandier. La connais-tu ?

DANIEL. Oui, je la connais.

grandier. Comment sa nommc-t-eHc?

daniel. Jeanne de Laubardemont!

grandier. Je m'en doutais ! La clef de cette grille la quitle-t-elle quelquefois ?

Daniel. Jamais I

GRANDIER. Où la porlc-t-el'e?

daniel. Ursule te l'a dit, à son cou.

grandier. Ya-t-il un mojen delà lui enlever?

daniel. Celui auquel lu penses.

grandier. Tu crois donc que je réussirai?

daniel. Avec l'aide de Dieu, oui !

GRANDIER. Où la trouverai-je en ce moment?

DANIEL. Dans le cloître où elle donne un: fête à ses religieuses.

grandier Par où y pénétrerai-je ?

daniel. Ce chemin y condu t.

GRANDIER. Ursule, avant une demi-heure vous serez libre ou je serai mort.

ursule. Seigneur, Seigneur, que sepasset-il donc ? et ce que je vois de mes yeux estil bien réel ?

daniel. Ne crains rien, ma sœur, Dieu est avec lui. (firan lier repasse par V ouverture d s'éloigne rapidement, en faisant signe à Ursule qu'il va revenir. Ursule le suit avidement des yeux, la tête passée à travers les barreaux de la grille.)

Septième Tableau.

LE cloître du couvent des ursulines.

Le. devant dans la lumière : à travers les arcades, l'herbe et les cyprès du jardin éclairés par la lune. A gauche, le cloître s'enfonce dans une profondeur infinie.

Au lever du rideau, deux religieuse* vêtues de blanc, et couvertes d'un long voile, traversent la scène. Nogaret entre et aperçoit deux religieuses en costumes mondains, il fait signe à Baracé d'approcher, chacun d'eux prend le bras d'une religieuse.)

Jeanne de. Laubardemont entre à son tour, les seigneurs se rangent à son approche ; elle s'assied sur un tombeau, alors on lui apporte une harpe d'une forme antique.

BALLET

Le dernier pas est dansé par deux Espagnoles, c'est un boléro très-vif. Au moment oîi dans une figure de la danse, les lèvres des deux femmes se touchent, un changement de musique annonce l'apparition de Gronder. Tout le monde s'enfuit, Jeanne veut aussi s'éloigner, mais elle demeure comme attachée aux marches du tombeau.

Urbain s'approche d'elle avec un gtstc impérieux; elU détache la clef de son cou, et Urbain s'éloigne lentement. Jeanne reste immobile.

URBAIN GRANDIER

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