SCENE PREMIERE
GRELU, JEAN JOSON, Paysans, Paysannes. {Ils ont des fleurs à leurs chapeaux.)
GRELU, monté sur une chaise devant, son auberge. Paysans et paysannes du hameau de Courgemont, commune de Landreci, arrondissement de Marbeuf... la loi vous autorise à vous divertir aujourd'hui 5 juin 181ft, qui est la fête de Saint-Boniface, notre patron; conséquemment je vous invite à ne pas vous ménager sur la boisson, attendu que c'est moi, votre adjoint, qui la débite.
les paysans. Vive monsieur l'adjoint !
grelu. Vous m'attendrissez, mes enfants.
J'ai à vous communiquer une ordonnance de monsieur le sous-préfet, en date du 2 juin 18U. — Celte ordonnance porte « qu'on prendra un air joyeux, très-joyeux, et qu'on s'en ira, musiqueen tête, sur uu air également des plus joyeux, à la rencontre de iM. le grand bailli de Courgemont, qui rentre en France, après de longues années passées hors
du royaume, et qui a bien voulu se détourner de sa route afin de visiter ses bien-aimés vassaux et va Vassaux.
jean joson. Va, va, sot, et triple sol 1
grelu. Joson , je vous interdis la parole !
joson. Je ne dis rien !
grelu. Si, que vous dites !...
JOSON. Mais, non, je vous dis....
grelu, lisant, a Ses vavassaux, afin qu'ils » aient !e bonheur de contempler un instant » leur seigneur légitime et de lui rendre les » hommages qui lui sont dus. »
JOSON. C'est entendu ! monsieur Grelu.
un paysan. Le plus souvent ! Je vas biner mon champ en attendant l'heure de la fête. .
un autre. Moi , je vas sarcler mes épinards.
un autre. Moi, je vas rentrer mes vaches.
JOSON. Moi, je vas manger du veau.
grelu. Mais écoutez-moi donc...
joson. Nous reviendrons au son de cloche pour la fête.
tous. Oui, oui, pour la fête !
PAILLASSE
joson. Ohé! vouez donc!... Qui est-ce qui arrive là? sont -ils drôles ! ah ! mon Dieu, sont-ils drôles !
GRELD. C'est monsieur le grand bailli et
pssujte... Allons! allons à leur rerfeofHre !
Tout 1rs paysans se sauvent.) Eh bien '. ils
m ■ plantent là!... (Aux carrons.) Vit*, voD8 autres, allez au devanl des voyageurs... Ma foi, tant pis, je retourne à in es fourneaux. (Tous sortent.)
sci;>;e ii.
DE BLANGY, DE COURGEMONyr, LE VIDAME, Wu DE VERMANDOIS, IIKH- CIJLE DE MONTBAZON. *
DE COur.c.KMoNT. Par ici, par ici, belle dame... j'ai aperçu tous mes bons paysans qui se précipitaient à notre rencontre.
Mllc vermandois. Mais je ne les vois plu:;, vos bons paysans !
de ffLAKGY. Ils ont bvm plutôt l'air de vous fuir, ce me semble. ..
LE vidame. De vous fuir... c'est ce que j'allais dire.
HERCULE, remontant. En effet.,, je crois...
m"1 de vermandois, le rappelant. Ici , Hercule !
HERCULE, revenant. Oui, grànd'tantc {...
Mlle de vermandois. Si c'est là l'accueil que vous font vos vassaux...
de courgemont. Nous avons vu cependant des préparatifs de fête, (les fleurs, des guirlandes... Ces bonnes gens, pris d'abord au dépourvu, nous préparent sans doute une surprise, des rafraîchissem nts offerts par les plus joftes filles de i'endroit et h s plus vertueuses, hé! hé! mon bailliage en était tout éinaillé de jolies filles très-ver tueuses.
hercule. Oh ! il y a de jolies filles ? (// remonte.)
M11' de yarmandois. Ici, Hercule!
hercule, revenant. Oui, grand' tan le !
MUe DE vermainDOIS. Mauvais sujet ! souvenez-vous que vos vingt et un ans ne s'accompliront que dans un mois, et que jusque-là je réponds à monsieur le duc de Montba/.'.n de votre conduite.
HERCULE. Oui, grand'iante !
PE BLANGY. Eh bien, messieurs, nous voilà rentrés dans ce beau pays de Fiance! Je suis curieu\ de savoir ce qu'en a lait M. de . lîonaparte.
M,,e DE vermandois. Messieurs... est-ce que nous restons longtemps ici?
COURGEMONT. Du tout, nous allons à mon château.
Mllp de vermandois. C'est qu'il fait une chaleur mortelle. . . Je me meurs de soif.
Rlangy, Hercule, M. de Vermandois, Courgemont, le Vidame. (Les indications sont prises à la gauche du spectateur.)
de COURGEMONT. Que lie parlie/.-vous , mademoiselle i Holà! quelqu'un !
SCKM. III.
Les Mêmes, GFTELU, puis JOSON.
GRELU , revenant en hôtellier. Voilà !
voilà!... ((Ha t son bonnet.) Ces messieurs m'ont fait l'honneur de m'appeler?
de COURGEMONT. A la bonne heur ! Vite, mon garçon, un verre d'eau sucrée pour mademoiselle.
grelu, sortant. A la minute, monseigneur !
DE COURGEMONT. Vous voyez, voilà comme sont mes vassaux !... Eh ! mais je suis ici sur mes terres .. et je puis vous offrir un fruit.. . (// va pour en cueillir.) Justement j'en ai là de superbes. .. (// tire une braneh* qui pend au-dèêtuê d'un mur.)
JOSON, paraissant au haut du mur. l)itesdonc, lâchez- vous ça ?. ..
de courgemont. Comment, drôle, tu oserais. . .
joson. C'est à moi ce verger-là, c'èsf à moi ce fruit-là, et le premier qui y touche, tant pis pour lui !. .. je gaule ferme !
tous. L'iiisolent !
LE vidame , tranquillement et prenant une prise. Insolent, c'est le -mot.
hercule, allant à lui. Vil manant !
JOSON, le menaçant de sa fourche. De quoi ?
M,le DE VERMANDOIS. Hercule, ici, Hercule 1
hercule. Eh ! gand'tante !...
de rlangy. Allons, allons, je les trouve fort amusants... vos vassaux, mon cher; je crois décidément que nous aurons du mal à déraciner en France ce qu'y a planté monsieur de Bonaparte.
de coi kgemont. Bah! ce paysan est nu drô* . . mais heureus-m, nt voilà l'eau sucrée de ce brave h imite.
GRELU, rentrant. Voilà, voilà, madame!
m"' de VERMANDOIS. .Mademoiselle, s'il vous plaît. . [$lle prend le verre et le I
GRELU. Oui, mademoiselle.
Mll(' DE vermandois, rendant le verre.
C'est bien, allez... Merci, mon bràvehommé!
GRELU. Oh ! il n'y a pas de quoi ! c'est dix sous, voilà tout.
de courgemont. Comment ! dix sous!...
tous. Dix sous \
de courgemont. Comment! Jt payerais sur mes terres?
grelu. Vos terres !
de courgemont. Sans doute, et vous al lez me conduire à mon château.