SCÈNE V
Les Mêmes, MADELEINE et HENRI.
Catherine. Bonjour , ma chère voisine; nous parlions de vous. (Elle l'embrasse.) Et la petite?
madeleine. J'ai réussi à l'endormir. (A part.) Je ne sais, mais... cette enfant... elle m'inquiète.
belphégor. El toi, ma bonne femme, astu dormi au motus?
madeleine. Moi, mon ami"! (A part.) Oh\ cachons-lui mes craintes.
BELPHÉGOR. Hein! qu'est-ce que c'est?
nous avons nos beaux petits yeux fatigués! C'est la petite qui t'a encore empêchée de dormir, hein?... Pauvre enfant! pauvre Madeleine! (Servant la soupe.) Mangerez-vous une cuillerée de soupe avec nous, marne Catherine?
Catherine. Ma foi, je veux bien ; ça fait qu'après je tiendrai compagnie à Madeleine pendant que vous irez travailler sur la place. (On se met à manger.)*
belphégor. Eh bien, Madeleine, tu ne manges donc pns?
madeleine. Non, je ne me sens pas d'appétit ce malin.
belphégor. Mange toujours, ça viendra en mangeant.
madeleine. Non, merci, mon ami. (Elle essaye de goûter à la soupe, et s'arrête.)
belphégor. C'est que la soupe n'est peutêtre pas comme tu l'aimes? je l'aurai trop salée ou pas assez salée, ou bien c'est c't abo-
Berpliégor, Catherine, Madeleine, et un peu dans le fond, Henri et Grain-d'Aniour.
PAILLASSE
qui l'aura laissée
minable Grain-d' Amour bouillir à la fumée.
grain-d'amour, la bouche pleine et avalant très-vile plusieurs cuillerées. A la fu mée! Oui, ^lie sent la fumée ; passez-moi vot' part, bourgeois.
belphégor. J'y suis... ce sont les légumes; — les poireaux sont trop verts et les navets trop murs. Oui .:st-ce qui a fait le marché aujourd'hui?
henri. C'est moi, mon papa.
belphégor. Eh bien ! vutre soupe est détestable, petit drôle.
HENRI. Mais non, papa...
belphégor. Tai. ez-v us ! voilà votre mère qui ne mange pas, a présent.
madeleine. Guillaume! mon bon, mon excellent Guillaume, la soupe n'a jamais été meilleure.
grain-d'amour. Fichtre, je crois bien !
madeleine. : lais je n'ai pas faim. [Apart.) Pauvre petite Jeanne!
belphégor. Alors c'est différent. Mais je n'ai plus faim non plus, moi... Allons, haut le pied, monsieur Grain-d' A tuour.j
grain-d'amour. Mais j'ai pas fini.
belphégor. Attends, j' vas commencer.
[Grain-d, Amour se lève effrayé.) Et vous, monsieur Henri, empoignez-moi la trompette.
HENRI. Oui, papa.
belphégor. Et le tapis, ma chaise d'équilibre, mes sabres, meséloupes, mes gobelets... Avez-vous le cerceau, Grain-d'Amour?
grain-d'amour. Oui, grand homme.
henri. Partons, papa.
belphégor, imitant le cri des bateleurs. Ah! ah! mon fiston! c'est aujourd'hui que nous essayons le grand tour... Je prends la chaise. . . regardez ça, marne Catherine ; Jacqninet se met dessus en équilibre, sur un pied, comme la renommée, je me pose le mm ;ur la tète, comme cela... et je fais ma petite quête pendant que le fiston joue du cornet à-piston.,. Ah! ah! ah!
Madeleine. Guillaume, tu me fais frémir.
belphégor. Laisse donc! une fantaisie d'artiste.
grain-d'amour. Et c't homme-là n'est pas à la tête des affaires!
henki. Sois tranquille, bonne mère; de la place où nous allons on voit cette mansarde, et je la tegardt rai, ça me donnera de l'assurance.
Madeleine. Chercnfanl!
Catherine. Au revoir, monsieur Guillaume.
!'.!•: lphégor, bas. Dites-lui que je l'aime, manie Catherine; dites-lui surtout que vous
avez connu des duchesses, des comtesses, des baronnesses qui n'étaient pas plus heureuses qu'elle... ça fera bien... {Voix de bateleur.) Ah! venez! venez voir! les exercices de l'inimitable Belphégor et de monsieur Jacquinet. (Voix naturelle.) Y sommes-nous, petit?
henri, criant comme au premier acte.
Oui, bourgeois.
belphégor. Va donc, gamin !
madeleine. Adieu, mon ami; à tantôt.
SCÈiNE VI.