SCENE H
Les Mêmes, HERCULE.*
hercule. Mon oncle !
le duc. Eh bien , monsieur, l'on a biei de la peine à vous avoir.
hercule, balbutiant. Pardon, monsieui le duc, c'est que je. ..
le duc. C'est que vous...
hercule. Je... j'ai chez moi un professeur, et je. ..
le duc. Un professeur ! quand je le disais
hercule , à part. S'il savait que c'es Flora...
le duc. Un professeur de quoi?
hercule. De... de... un professeur de..
de courgemont. De philosophie , san:
doute?
le duc. Est-ce que vous ne savez plu quelle science vous enseigne votre professeur?
hercule. Si fait, si fait, monsieur le duc c'est un professeur de... de contrebasse.
le duc. De...
de courgemont. De contrebasse !
le vidame. Contrebasse !
hercule, à part. .Je crois que je n'ai pa bien choisi l'instrument.
LE nue, à part- Est ce qu'il commence rait à se former... (Haut.) Ah! c'est pou apprendre la contrebasse, que majeur depui huit jours, et mettant à profit votre liberté vous avez quitté Carignan et êtes veau vou cacher dans cette mystérieuse villa ! Diable i.l un des chasseurs qui l'accompagnent. Monsieur de Verneuil, veuillez, je vous prie
' Hercule, de Courgemont, le Duc, k Vidame.
TAILLASSE.
îoutcr dans l'appartement du vicomte, et ites à la personne qui s'y trouve que le vionite l'attend ici.
HERCULE. Comment ! monsieur le duc, ous voulez qu'elle. .. qu'il. ..
LE nue. Je ne serais pas fâché de vous oir prendre une leçon t!e contrebasse deam moi I
hercule. Devant vous ! leçon devant vous!
LE duc. S;ms doute.
le vidame. Sans doute I
DE COURGEMONT. Sans doute !
HERCULE. Mais... mais c'est im|)ossibIe!
DE COURGEMONT. Eb bien ! qu'a-t il donc? 1 va s'évanouir 1
j.e nue. Impossible!... pourquoi? (On ntend une roulade dans la coulisse,) Eh 1 eue/., j'entends votre professeur.
■ scène ni.
Les Mêmes, FLORA.*
FLORA, Hercule me demande?
hercule. Ah !mou Dieu !
flora. Oh ! du monde !
LEDUC. Approchez, mademoiselle. .. Appeliez donc !
FLORA. Ah ! mais je ne me trompe pas... les connaissances! Miss:curs... (Elle salue.)
DE coURCEMOYr. Tiens, c'est la danseuse.
LE VIDAME. Tiens, c'est vrai !
LEDUC. Ah ! c'est là voire professeur ?
hercule. De grâce, monsieur le duc...
le vidame. De contrebasse !
LEDUC, ( de Courgtmonl. J'aime mieux &!
1)E COURGEMONT. Eh ! cil !
LE vidame. Eh! eh !
flora, a elle-même. Je parie qu'Hercule a fait quelque sottise !
HERCULE.*PardoniK'z-ijioi, mon oncle.
FLORA. Ciel ! c'est l'oncle.
hercule. Mais je ne pouvais pas vous dire..
LE DUC. Que vous m'aviez trompé en promut pour prétexte de votre retraite ici les ïrojets d'étude les plus sérieux.
le vidame. Sérieux ! Oh !
LEDUC, à Flora. Approchez! approchez!
FLORA, Monsieur le duc désire me parler?
LE DUC. Elle n'est pas trop mal.
DE COURGEMONT. Très-agréable !
LE vidame. Agréable, c'est le mot.
LE DUC, prenant Hector par l'oreille. ** Savez-vousbien, mon drôle, que c'est un excellent choix que vous avez fait là !
hercule. Dame ! mon onde, quand on prend du. ..
* Hercule, Flora, le Duc, de Courynuont, le Vilaine.
** Ilcnule, le Duo, Flora, etc.
le duc. Hein".'.
flora. Hercule 1...
le ut <;. Voyons, mademoiselle, expliquonsnous. Vou* a,\ez eu l'honneur d'être distinguée par un Montbazon, mademoiselle ! et vous comprenez, cet honneur oblige...
de coi rgemont. Certes !..
FLORA. A quoi? h ne pas ruiner te vicomte?.. Oh ! soyez tranquille, monsieur le duc, les convenances, l'économie...
LE DUC. Hein ?
hercule. Bien ! très bien !
LE duc. Qu'est-ce qu'elle dit ?.. de l'économie ?.. Ah ça, nous sommes donc des traitants, des agioteurs, des paltoquets?
FLORA. Mais, monsieur...
le DUC. De l'économie !...
DE COURGEMONT, De l'économie! ils nous ont aussi gâté nos danseuses!
le DUC". Mademoiselle, je n'ai qu'un mot à vous dire : les Montbazon, à qui le roi a daigné rendre tous leurs bu ns, comptent seize cent mile livres de ren:e, et comprennentp u ce mol : économie. Si vous ne trouvez moyen de dépenser deux cent mille livres par an, vous n'êtes qu'une sotte et je vous casse aux gages.
flora. Ah ! bah !
hercule. Juste ciel !
de courgemont. Bravo ! monsieur le duc! (À Flora.) Voilà comme nous sommes, uous autres !
flora, Ah ! vous le prenez sur ce ton-là ! (A part.) Tiens, il faut que je m'amuse. (Haut.) Eh bien ! moi aussi je n'ai qu'un mot à vous dire, monsieur le duc : j'ai croqué sous i'enipire un gros fournisseur des armées, plusieurs fermiers des jeux ; deux petits vicerois et toutes les Républiques américaines dans la personne de leur ambassadeur. J'ai croqué tout cela, monsieur le duc, et j'ai encore boa appétit.
le duc A la bonne h ure ! nous commençons à nous entendre, et d'abord, une I is à Paris, vous aurez équipage.
flora. Avec quatre alezans brûlés, quatre laquais par-derrière, un coureur par-devant, et nos armoiries aux portières.
le duc. Ben !
HERCULE. Comme elle va !
le duc. Elle va bien, monsieur !
hercule. Oui, grand-oncle.
LE duc. Une loge à l'Opéra.
Fi.O'.A. Une aux Bouffes, une à la Comédie, et chaque soir à l'hôtel souper de vingt couverts eh sortant du spectacle.
HERCULE. Mais, mon oncle,..
le duc. Elle va très-bien, monsieur !
hercule. Oui, grand-oncle.
PAILLASSE
LE DUC. Et quant à la talette...
flora. Les dentelles d'Angleterre, les cachemires de l'Inde, les diamants de chez Halphen, les fleurs de chez Mariette, les chapeaux de chez Herbeau, les plus belles soieries de Lyon, et je veux que pour mes robes on brise le métier afin d'être la seule à porter me-; étoffes ! Oh ! soyez sans crainte, monsieur le duc, j'éclipseï ai les princeses du sang, et je lutterai sans désavantage avec les demoiselles de l'Opéra.
hercule. Ah ! grand Dieu ! mon oncle I
le duc Elle va superbement, monsieur !
hercule. Oui, grand-oncle !
le vidame. Superbement !...
le duc. Touchez là, Mademoiselle, vous nous ferez honneur !
flora. J'en réponds! et justement, je débute ce soir par une fête splendide.
leduc. Ah ! ah ! Bravo!
flora. Ces messieurs veulent-ils me peri; retire de kur faire les honneurs du parc et du jardin ?
DE COURGEMONT, lui offrant la main.
Nous tommes aux ordres de la reine de ces lieux.
LE vidame. La reine... j'allais le dire... Madame..'. [Il s'empare de l'autre main de Flora et ils sortent par le kiosque.)